Ce que l'on sait sur le projet d'hydrogénoduc entre l'Espagne et la France

Le projet BarMar d'hydrogénoduc a désormais un nouveau nom : H2MED. Une annonce faite en marge du sommet UE/Méditerranée le 9 décembre à Alicante, en Espagne.

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Pedro Sanchez Emmanuel Macron sommet Alicante AFP NE PAS REUTILISER
Le premier ministre espagnol Pedro Sanchez et le président français Emmanuel Macron le 9 décembre à Alicante.

Il faudra s’y habituer : le projet de pipeline entre Barcelone et Marseille, baptisé dans un premier temps BarMar, s’appellera désormais le H2MED, (H2 pour la formule de l’hydrogène). En marge du sommet UE / Méditerranée à Alicante, Emmanuel Macron, Pedro Sanchez, Antonio Costa et la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen ont pris le temps de se rencontrer pour évoquer cette infrastructure aussi coûteuse qu’incertaine.

Après cette réunion, il n’y a officiellement plus de divergence entre Paris et Madrid sur ce projet qui remplace le MidCat, le gazoduc entre Barcelone et Carcassonne, rejeté par l’Elysée. Pourtant, l’enthousiasme de l’Espagne contraste avec la prudence de la France.

Mise en service possible en 2030

Trois tracés sont à l’étude pour cette canalisation sous-marine qui reliera le port de Barcelone à celui de Fos sur Mer. Le plus court (369 kms) longe la côte, les deux autres sont plus éloignés et plus longs (465 et 476 kms). Après des études préliminaires et l’obtention des permis, la construction du pipeline pourrait commencer en 2026 pour une mise en service en 2030. Son coût est estimé à 2.5 milliards d’euros.

Au départ, Madrid entendait faire passer dans ce tube sous-marin du gaz liquide puis de l’hydrogène. Mais la France a réussi à imposer ses vues : il n’y aura que l’hydrogène propre : c’est le seul moyen d’obtenir les financements de Bruxelles. L’Union européenne pourrait fournir la moitié du budget si H2MED obtient le statut de "projet d’intérêt commun". Le tube transportera 2 millions de tonnes d’hydrogène par an, soit 10% de la consommation européenne.

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Divergence sur le nucléaire

Le chef du gouvernement espagnol s’est montré plus enthousiaste et plus précis qu’Emmanuel Macron. Sans doute parce qu’il a plus envie de cette infrastructure que la France. Pour produire de l’hydrogène vert par électrolyse de l'eau, il faut des énergies renouvelables. La péninsule ibérique en produit énormément grâce à ses champs de panneaux solaires et ses éoliennes. «L’Espagne est très motivée par ce projet car elle veut devenir la championne de l’hydrogène vert en Europe» explique Jean-Michel Noé, directeur de Géomethane, une entreprise basée à Manosque, spécialisée dans le stockage souterrain de gaz. L’Espagne va construire la plus grande usine de production d’hydrogène vert. 3 milliards d’euros seront investis par le groupe Cepsa dans le sud pour un projet baptisé Andalusian Green Hydrogen Valley.

«Et puis la France a moins besoin d’interconnexions énergétiques car elle n’est pas isolée géographiquement comme l’Espagne et ne mise pas tout sur l’hydrogène vert. Elle veut aussi développer l’hydrogène bas carbone à partir du nucléaire.» C’est la principale nuance qui existe aujourd’hui entre les deux pays : quand Pedro Sanchez ne parle que d’hydrogène vert, Emmanuel Macron préfère le terme d’hydrogène propre, qui inclut l’hydrogène fabriqué avec de l’énergie nucléaire. «Notre intention est de transporter uniquement de l’hydrogène vert, pas de l’hydrogène issu du nucléaire», a insisté une source proche du gouvernement espagnol.

«Finalement, cette canalisation sera peut-être intéressante pour la France, remarque Enric Juliana, directeur adjoint du journal La Vanguardia, spécialiste des interconnexions. La France va pouvoir vendre et exporter vers la péninsule ibérique de l’hydrogène produit grâce à son parc nucléaire».

Mais le projet très coûteux reste encore un pari sur l’avenir car produire de l’hydrogène vert est très cher (le kilo d’hydrogène vert coûte 5 euros, contre 1,5 pour l’hydrogène gris). «Évidemment que pour l’instant ce n’est pas rentable, reconnaît Jean Michel Noé. La filière de l’hydrogène propre doit être aidée par des investissements publics. Mais si on s’en donne les moyens on y arrivera. Et puis c’est vital pour décarboner l’industrie et notamment nos industries dans la région de Marseille ».

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