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Ce que contient le projet industriel d'Europlasma pour les deux sites de Valdunes

Le 1er février 2024, Europlasma a déposé une offre de reprise pour le sous-traitant ferroviaire Valdunes, en redressement judiciaire depuis novembre 2023. L'Usine Nouvelle a pu consulter l'offre de reprise, où Europlasma décrit son projet industriel. Celui-ci projette la construction d'une unité de traitement de combustibles solides de récupération (CSR), une unité de production d'énergie à partir des CSR, et une ferme solaire, sur le site de Leffrinckoucke (Nord).

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Valdunes Roland Lescure
Emblématique, le dossier Valdunes bénéficié d'une grande couverture politique auprès du ministère de l'Industrie, mais aussi auprès de députés de différentes couleurs politiques. (Photo d'archives)

On approche de la fin. L’unique offre de reprise du sous-traitant ferroviaire Valdunes, déposée le 1er février par Europlasma, spécialiste du traitement des déchets, laisse espérer une clôture proche du dossier. L’entreprise a été lâchée par son actionnaire, MA Steel, le 4 mai 2023, puis placée en redressement judiciaire le 20 novembre. Depuis, ses quelques 300 salariés vivent dans l’incertitude et mènent une lutte de longue haleine, faite de grèves, d’aller-retours à Bercy et de prospections auprès de la SNCF ou d'Alstom.

Pendant ce temps, plusieurs industriels ont exprimé leur intérêt, mais aucun ne souhaitait reprendre les deux sites de Valdunes ensemble : le site de Leffrinckoucke, près de Dunkerque (Nord), doté d’une forge, et celui de Trith-Saint-Léger, près de Valenciennes (Nord), qui est le lieu d’usinage des pièces. Le groupe français Europlasma est le premier à vouloir reprendre les deux implantations. «Aujourd’hui, le sentiment est assez positif, indique Philippe Lihouck, délégué syndical à la CGT Valdunes. Mais tant que ce n’est pas signé sur un papier, les salariés ont toujours un doute.»

La reprise devrait être officialisée le 20 mars, mais la CGT souhaite que cela soit avancé au 28 février, pour que les salariés soient fixés sur leur sort. «On travaille pour limiter les licenciements. Nous avons envoyé un état des lieux de toutes les catégories de personnel présentes à Valdunes à Europlasma, qui doit maintenant faire son choix», explique Philippe Lihouck. Europlasma propose le maintien de 175 emplois sur les deux sites, sans en préciser la répartition.

Des installations jugées obsolètes

À peu près 130 salariés devraient donc être licenciés, compte tenu des évolutions importantes qu’Europlasma compte apporter aux deux sites, s’appuyant pour cela sur une étude de faisabilité produite par Grant Thornton en novembre 2023. Dans l’offre de reprise que L’Usine Nouvelle a pu consulter, le potentiel repreneur décrit le site de Leffrincoucke comme étant «caractérisé par l’ancienneté et l’obsolescence de ses machines en particulier sur la partie forge. Cette obsolescence est à l’origine de nombreux éléments de perte de productivité».

Le site de Trith-Saint-Léger est, pour sa part, «fonctionnel mais vieillissant, voire obsolète sur les ilots d’usinage simple» mais comporte «beaucoup de pertes de productivité». Pour le site de Leffrinckoucke seul, le rapport de Grant Thornton évalue le montant d’investissement nécessaire à «entre 20,5 et 57,7 millions d’euros». Concernant Trith-Saint-Léger, aucun chiffre n’est précisé dans l’offre de reprise.

Vers une transformation des deux sites

Le projet industriel d’Europlasma prévoit la création d’une nouvelle société, baptisée «NewCo». L’objectif de l’entreprise sera de «produire en France des roues de train vertes en complétant le site (de Leffrinckoucke, ndlr) avec une unité de production électrique à partir de CSR (combustibles solides de récupération) de 36 mégawatts électriques ainsi qu’une unité de production de ceux-ci in-situ». Europlasma compte donc mettre à profit sa compétence en préparation de CSR, acquise grâce à sa filiale Chopex, pour verdir la production de Valdunes. Selon les documents consultés, Europlasma indique que «l’unité de traitement de CSR permettra la création de 66 postes sur le site de Dunkerque à horizon 2025». De son côté, le centre de production d'énergie devrait permettre la création de 57 emplois.

Mais ce n'est pas tout : Europlasma envisage de faire passer l’énergie d'un «centre de coût» pour Valdunes à «un centre de profit» en vendant l’énergie produite, soit pour «combler le vide du four du centre de valorisation énergétique de Dunkerque» et alimenter le réseau de chaleur du dunkerquois, soit pour la vendre à des industriels locaux, soit enfin pour l’exporter vers la Belgique, les Pays Bas, la Suède ou la Finlande. Selon Europlasma, l’unité de traitement de CSR permettra de réaliser «dès 2025, un chiffre d’affaires de l’ordre de 36 millions d’euros», l’unité de production d‘énergie à partir des CSR, permettra, elle, de réaliser «un chiffre d’affaires de l’ordre de 42 millions d’euros en 2026». En outre, l’entreprise ambitionne d’implanter une ferme solaire, pour «se prémunir d’un changement de législation en matière de CSR».

Des financements majoritairement publics

Sur le site de Trith-Saint-Léger, Europlasma «prévoit une mise en sommeil» de la production d’essieux, «avec néanmoins la conservation d’une partie des effectifs pour honorer les contrats en cours», et prévoit la poursuite de la commercialisation de roues, «nécessaire au projet de retournement des sites de Dunkerque et Valenciennes». Côté porte-monnaie, «le financement de l’opération de reprise et des investissements sera assuré par des apports en fonds propres d’Europlasma, des financements publics (subventions et prêts FDES) et des financements privés associés aux projets tels que la construction de l’unité de production d’énergie CSR». Le plan d’investissement pour les activités historiques des deux sites «s’élève au global à 24,2 millions d’euros sur trois ans».

Concernant les activités liées aux CSR, l’unité de production d’énergie prévoit «3,6 millions d’euros de fonds propres, 25 millions d’euros de financement privé et BPI (sic) ou équivalent et 7 millions d’euros de subventions publiques», pour un total de 36 millions d’euros. L’unité de traitement de CSR, quant à elle, nécessitera 85 millions d’euros d’investissement pour 2024 et 2025, et sera financée sur fonds propres à hauteur de 8,6 M€, par des financements privés et Bpifrance ou équivalent notamment des obligations «vertes» à hauteur de 60 M€ et des subventions publiques à hauteur de 17 M€. Dans les deux cas, les projets seront donc financés à 10% par des fonds propres du groupe français.

Toutefois, rien n’est fixé, pour l’instant. L’offre de reprise comporte pas moins de 16 clauses suspensives, qui portent sur les engagements financiers des collectivités territoriales et de l’État, la révision des contrats de fourniture d’électricité et de gaz, l’entrée au capital «à hauteur de 5% dans un premier temps de BPI (sic) ou toute entité de participation équivalente», entre autres. Selon nos informations, un Plan de sauvegarde de l’emploi sera initié par l’administrateur judiciaire le 15 février, date à laquelle le ministre délégué à l’Industrie et l’Energie, Roland Lescure, devrait rencontrer Jérôme Garnache-Creuillot, PDG d’Europlasma, et les élus locaux.

Contacté par L’Usine Nouvelle, le ministère assure être «extrêmement attentif à la situation de chacun des salariés qui ne seraient pas repris, et un accompagnement spécifique sera mis en place». Sur l’aspect financier, le ministère indique qu’«il y aura des discussions sur les modalités (subventions, prêts, foncier) mais c’est un travail qu’on aborde avec beaucoup de confiance dans les prochaines semaines». Egalement contacté par L'Usine Nouvelle, Europlasma n'a pas répondu à nos questions.

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