Ce mercredi 28 juillet, le ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation Julien Denormandie et la ministre déléguée chargée de l’Industrie Agnès Pannier-Runacher doivent présenter aux représentants de la filière forêt-bois les modalités de l’enveloppe de 100 millions d’euros annoncée samedi 24 juillet. Accompagné de Bérangère Abba, secrétaire d’Etat chargée de la Biodiversité, et de Franck Riester, ministre délégué chargé du Commerce extérieur et de l’Attractivité, le Premier ministre Jean Castex a rendu visite au scieur-transformateur Piveteaubois aux Essarts-en-Bocage (Vendée) et fait part de plusieurs mesures en faveur du secteur.
Piochée dans le plan France Relance, la somme de 100 millions d’euros, dont le fléchage reste à déterminer, s’ajoute aux 200 millions d’euros déjà débloqués : 150 millions en faveur du renouvellement forestier (pour planter environ 50 millions d’arbres destinés, selon le gouvernement, à capter 150 000 tonnes de CO2 par an) et 50 millions pour la modernisation des industries du bois en aval.
“Nous estimons que ces aides doivent principalement aller à destination du reboisement, au-delà des 45 000 hectares initiaux. L’enjeu du reboisement est d’aider la forêt à remplir l’ensemble des fonctions qu’on attend d’elle. Le bois mort ne stocke pas de carbone et n’est pas attrayant. On peut relancer l’économie avec les pépiniéristes, les coopératives ou les opérateurs de travaux”, indique Tammouz Helou, secrétaire général de l’Union de la coopération forestière française (17 coopératives, 113 000 propriétaires forestiers privés, 2,1 millions d’hectares de forêts, 7,2 millions de mètres cubes de bois commercialisés par an).
Tensions sur les matières
Ces fonds supplémentaires ont été annoncés dans un contexte de tensions sur les matières, la consommation mondiale de bois s’étant accrue de 10% depuis un an, notamment sous l’effet de l’essor du marché de la rénovation. D’autres produits, tels que les palettes, subissent de fortes hausses tarifaires, suite à la reprise de l’activité économique. Le gouvernement a demandé à la Commission européenne d’intervenir.
Délégué général de la Fédération nationale du bois (FNB), Nicolas Douzain se félicite de la prise de position de Julien Denormandie sur les exportations de grumes. “Sur beaucoup d'appels d'offres, des forêts publiques ou des forêts privées, vous avez des traders, notamment localisés en Europe de l'Est, qui viennent surenchérir, pour acheter sur pied des grumes, notamment de chênes, de feuillus, mais aussi de résineux, qui les scient, les exportent et les envoient vers des pays qui sont extrêmement demandeurs”, avait indiqué le ministre mi-juillet lors du Forum Bois construction, à Paris. La FNB alerte depuis plusieurs années sur l’impact des exportations de grumes, principalement de chêne, vers la Chine.
“La venue d’un Premier ministre dans une scierie n’était pas arrivée depuis longtemps. Que ce soit organisé dans une scierie membre de la FNB est un signal fort sur la prise en compte de la crise des approvisionnements des scieurs, et de la fuite de matières en Chine. Le sujet est enfin pris très au sérieux par l’Etat, qui essaie d’en faire une opportunité pour resserrer les rangs de la filière bois”, explique Nicolas Douzain.
De forts besoins d'investissement
Parallèlement à ces annonces, l’Office national des forêts aura pour mission de développer au maximum la contractualisation avec les scieries françaises. Un mode de fonctionnement déjà bien connu des coopératives forestières, les contrats pluriannuels représentant environ 70% des volumes commercialisés. Autre échéance déjà programmée, celle de la tenue d’Assises de la forêt et du bois, qui seront organisées “dès la rentrée” sous la houlette de Julien Denormandie, Agnès Pannier-Runnacher et Bérangère Abba.
Lors de la première phase du plan de relance, les mécanismes d’appels à projets et d’appels à manifestation d’intérêt ont été bien intégrés par les acteurs de la filière. “La participation de la filière est de très haut niveau. Il y a entre trois à cinq fois plus de demandes que d’argent disponible. Les propriétaires sont pressés de retrouver un couvert forestier d’avenir, et les industriels d’investir pour répondre à la demande de la RE2020”, poursuit Nicolas Douzain, qui chiffre à 450 millions d’euros par an les capacités d’investissement nécessaires des scieries pour relocaliser la fabrication de produits de second œuvre (lamellé-collé, bois d’ingénierie…), contre 380 millions actuellement investis par an.
Pour Tammouz Helou, “cette première étape a été accueillie avec enthousiasme. L’enjeu résidait dans la soudaineté des dossiers à monter. Nous devons allier le temps long de la forêt et les délais assez contraints, jusqu’à l’année prochaine au plus tard, pour réaliser les demandes d’aides.”
L’entrée en vigueur, en janvier 2022, de la nouvelle réglementation environnementale RE2020 donnera un coup de projecteur supplémentaire à la filière, par l’intermédiaire de nouvelles règles favorisant le recours aux matériaux de construction biosourcés.



