La Commission européenne a annoncé, ce vendredi 26 avril, accorder son autorisation au soutien de l’Etat français à la construction et l’exploitation par STMicroelectronics et GlobalFoundries de leur usine commune de puces à Crolles (Isère), en France. Elle estime que cette mesure «renforcera la sécurité d'approvisionnement, la résilience et la souveraineté numérique de l'Europe dans le domaine des technologies des semi-conducteurs, conformément aux objectifs énoncés dans la communication relative à l'action européenne sur les semi-conducteurs. Elle contribuera également à mener à bien la double transition écologique et numérique.»
Le projet de cette mégafab a été annoncé en juillet 2022 dans le cadre de l’évènement « Choose France » pour un investissement de 5,7 milliards d’euros. Il prévoit la création sur le site de STMicroelectronics à Crolles d’une nouvelle usine d’une capacité annuelle de production de 620 000 plaquettes de 300 mm de diamètre, partagée à environ 42% pour STMicroelectronics et 58% pour GlobalFoundries. L'usine mettra en oeuvre, entre autres, des technologies développées dans le cadre du projet important d'intérêt européen commun (PIIEC) sur la microélectronique, approuvé par Bruxelles en décembre 2018.
La Commission européenne se garde bien de révéler à ce stade le montant de la subvention que l’Etat français a consenti d’accorder aux deux entreprises. Mais cette aide devrait se situer aux alentours de 40 % du montant total d’investissement, soit environ 2,3 milliards d’euros. Une aide comparable en intensité à celle accordée par l’Etat italien à STMicroelectronics pour son usine de substrats de carbure de silicium à Catane, en Sicile.
Un modèle de coopération unique
«La mesure autorisée aujourd’hui soutient une coopération unique entre un fondeur de semi-conducteurs et un fabricant de circuits intégrés qui permettra de doter l’Europe de capacités supplémentaires de production de puces électroniques et de renforcer la chaîne d’approvisionnement en semi-conducteurs, commente Margrethe Vestager, vice-présidente exécutive de la Commission européenne en chargée de la politique de la concurrence. Grâce à cette mesure, notre industrie disposera d’une source fiable de semi-conducteurs économes en énergie pour toute une série d'applications. Ces puces sont nécessaires aux véhicules électriques, stations de recharge et bien d’autres applications qui jouent un rôle important dans la transition écologique. La mesure créera également des emplois hautement qualifiés et des possibilités de développement en Europe, tout en limitant les distorsions de la concurrence.»

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La construction a débuté comme extension de l’usine existante de STMicroelectronics de production de puces sur plaquettes de 300 mm. Sa mise en service est prévue en 2024. Mais c’est en 2027 qu’elle est censée atteindre sa pleine capacité. L’investissement total approuvé par Bruxelles se monte à 7,4 milliards de dollars. Il est supérieur au montat de 5,7 milliards indiqué par Bercy lors de l'annonce du projet en juillet 2022. Le projet a-t-il évolué entre temps pour devenir plus important que prévu au départ? Ou inclut-il l'inflation des couts des entrants comme l'énergie? STMicroelectronics n'a pas été en mesure de répondre à nos questions.
L’un des arguments qui a convaincu Bruxelles d’accorder sa bénédiction est le caractère unique de cette usine avec la capacité de produire les prochaines générations de puces en technologie FD-SOI (Fully depleted silicon-on-insulator ou silicium sur isolant totalement déplété). Cette technologie, développée dans l’écosystème de Grenoble notamment par Soitec, STMicroelectronics et le CEA-Leti, offre l’avantage de réduire la consommation énergétique dans des applications de traitement dans l’automobile, le spatial, la défense, l’industrie ou l’Internet des objets. Elle est aujourd’hui en production pour une finesse de gravure de 28 nanomètres chez STMicroelectronics à Crolles et Samsung en Corée du Sud, et 22 nanomètre chez GlobalFoundries à Dresde (Allemagne). Le projet vise à passer d’abord à la génération de 18 nanomètres, développée conjointement par Samsung et STMicroelectronics, puis aux générations d’après jusqu’à celle de 10 nanomètres qui font l'objet d'un partenariat R&D entre STMicroelectronics, GlobalFoundries, Soitec et le CEA-Leti.
Partage des super bénéfices avec l'Etat
En contrepartie du feu vert de Bruxelles, STMicroelectronics et GlobalFoundries se sont engagés à honorer les commandes classées prioritaires par l'Union européenne en cas de pénurie de puces, à continuer à investir dans le développement des prochaines générations de technologies FD-SOI, et à mettre à la disposition de PME et de tiers des capacités leur permettant de tester et de développer leurs produits dans un environnement de production industrielle réel, contribuant ainsi au renforcement de l'écosystème européen des semi-conducteurs. Les deux entreprises ont également accepté de partager avec l’Etat français des bénéfices supplémentaires potentiels au-delà des attentes actuelles.
La Commission européenne voit dans cette usine, unique par les technologies mises œuvre à grande échelle, le moyen d’assurer la résilience de la chaîne d'approvisionnement en puces de l'Europe, de renforcer l'écosystème européen des semi-conducteurs et de favoriser le développement d'une main-d'œuvre hautement qualifiée et de technologies performantes sur le plan environnemental. Le projet est présenté par ses deux porteurs comme une contribution à l'objectif du Chips Act européen de porter la part de l'UE dans la production mondiale de semi-conducteurs à 20 % en 2030, contre à peine 10 % en 2022.



