Bourget 2025 : malgré le crash d’Air India et la hausse des droits de douane, l'aéronautique veut confirmer son retour en forme

Le salon de l’aéronautique et de l’espace, organisé au Bourget du 16 au 22 juin, va confirmer le retour en forme de l’industrie aéronautique, portée par une forte hausse du trafic aérien depuis la fin de la pandémie. Mais le crash d’Air India et la hausse des droits de douane assombrissent ce tableau. Au-delà du match des commandes entre Airbus et Boeing, l'événement va mettre en avant une multitude d'acteurs qui tentent de rebattre les cartes.

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Airbus Bourget
Le salon de l'aéronautique et de l'espace, organisé au Bourget du 16 au 22 juin, s'ouvre alors que le trafic aérien est au beau fixe.

La grand-messe de l‘aérien ouvre à nouveau ses portes. Du 16 au 22 juin, le salon de l’aéronautique et du spatial du Bourget va mettre en lumière quelque 2400 exposants de 48 pays au cours de sa 55e édition, durant laquelle sont attendus quelque 300000 visiteurs. «Ca va être un Paris Air Show record», a pronostiqué Guillaume Faury, le patron d’Airbus, vendredi 13 juin, lors d’une rencontre avec la presse. Et le dirigeant d'ajouter aussitôt : «Nous sommes dans un environnement volatil, imprédictible, complexe et ambigü».

Certes, le grand public va pouvoir venir en masse découvrir le secteur et ses multiples facettes. Mais la filière aéronautique civile, qui relevait à peine la tête après les années Covid, fait face à de sévères turbulences qui vont tempérer l'enthousiasme général..

Le crash du Boeing 787 d’Air India, survenu jeudi 12 juin dans la ville indienne d'Ahmedabad, et ayant causé la mort de plus de plus de 260 personnes, a jeté un froid dans le secteur, à quatre jours de l’ouverture du salon. Il s'agit de l’un des accidents aériens les plus meurtriers depuis le début du XXIe siècle. Alors que les causes de la catastrophe sont encore inconnues, le patron de Boeing, Kelly Ortberg, ainsi que la responsable de la branche commerciale du groupe, Stéphanie Pope, ont annulé leur venue à Paris. Les dirigeants de Boeing comptaient évoquer le redressement du groupe, englué dans une crise industrielle depuis plus de cinq ans : ils vont devoir faire profil bas.

Les droits de douane destabilisent la filière

La filière aéronautique affronte un nouvel obstacle depuis quelques mois qu’elle n’avait pas vu venir et qui sera dans toutes les bouches dans les allées du salon : la hausse des droits de douane, lancée par la nouvelle administration américaine. Une guerre tarifaire, menée de manière erratique, qui déstabilise déjà les chaînes logistiques et promet de tirer les prix vers le haut. De quoi mettre des bâtons dans les roues d’une filière qui s’ingénie à augmenter ses cadences de production pour répondre à la demande des compagnies aériennes. Durant le salon, les échanges entre industriels iront bon train pour tenter d’élaborer des stratégies d’adaptation. Quant aux tensions géopolitiques actuelles, elles promettent de mettre sur le devant de la scène les activités liées à la défense et au spatial, bien souvent en arrière-plan lors des précédentes éditions.

Contre vents et marées, les acteurs de l’aéronautique civile espèrent assurer une bonne partie du spectacle. Question rituelle, comme avant chaque salon du Bourget : Airbus et Boeing préparent-ils un feu d’artifices de commandes ? «Vous savez, dans Paris Air Show, il y a le mot air et le mot show», a répondu, sourires aux lèvres, Christian Scherer, le patron de la branche commerciale d’Airbus, quelques jours avant le salon à l’occasion d’une rencontre avec la presse sur le site du groupe, à Toulouse (Haute-Garonne). Et d’ajouter, sans fournir davantage de précision : «Il faut s'attendre à quelques annonces». Des centaines d’Airbus pourraient être commandés par des compagnies chinoises, rapportent Reuters et Bloomberg, entre 300 et 500. Mais les contrats pourraient n’être signés qu’en juillet, lors de la visite de dirigeants européens à Pékin, dont Emmanuel Macron.

Les avionneurs croulent déjà sous les commandes

Pour autant, le match entre Airbus et Boeing risque de ne pas atteindre cette année l’intensité de certaines éditions précédentes. Air India faisait en effet partie des compagnies aériennes susceptibles de faire grimper le compteur des commandes, elle qui avait commandé 470 Airbus et Boeing lors de l’édition 2023. Le crash du 12 juin la contraint de décaler toute commande d’appareils. Par ailleurs, la guerre tarifaire tend à faire des contrats d’achats d’avions une monnaie d’échange avec les Etats-Unis, réduisant l’intérêt de corréler leurs signatures avec l’organisation de salons. La commande passée mi-mai par le Qatar auprès de Boeing pour 210 avions, en présence de Donald Trump, en est l’illustration.

Nombre de compagnies aériennes ont par ailleurs fait le plein d’appareils lors de l’édition 2023 du Bourget : en pleine reprise du trafic aérien, après trois années de pandémie, le salon avait été celui de la sortie de crise pour la filière aéronautique. Sur l’ensemble de l’année 2023, Airbus et Boeing avaient totalisé 3408 commandes nettes, d’après le décompte du cabinet Archery Strategy Consulting. Un record absolu, suivi en 2024 d’un score bien en deçà, avec 1203 commandes. Qui plus est, les grands avionneurs croulent déjà sous les commandes. Fin mai, Boeing alignait un total de 5943 commandes et Airbus de 8630 avions en attente de livraisons. L’avionneur européen parviendra-t-il à dépasser le seuil symbolique des 9000 appareils commandés ?

Un trafic aérien ultra dynamique

In fine, le cabinet spécialisé IBA table pour cette nouvelle édition du Bourget pour un volume de commandes compris entre 700 et 800 appareils, incluant les options et intentions d’achats. Soit un cru inférieur au salon 2023, avec cette année-là un bilan proche de 1200 commandes, l'un des meilleurs scores pour le Bourget toutes éditions confondues. Des estimations effectuées avant le crash d’Air India. Pas de quoi inquiéter Airbus et Boeing qui ont dévoilé, à la veille de ce Bourget, de très optimistes prévisions de croissance du transport aérien, alors que le trafic a redépassé depuis le début de l’année le niveau qui avait été atteint en 2019.

Les deux avionneurs pronostiquent en effet un besoin de voyager par les airs sans précédent, portés par l’augmentation des classes moyennes, en particulier dans des pays comme l’Inde et la Chine. Soit 3,6% de croissance annuelle du trafic aérien pour les 20 prochaines années, selon l’avionneur européen. Ce dernier table du coup sur 43420 nouveaux appareils de plus de 100 places d’ici 20 ans, dont 24480 pour soutenir la croissance, 18930 pour les besoins de remplacement et 5800 restants en service. Soit une flotte d’avions en service de plus de 100 places qui passerait de 24730 à 49220 appareils. Tout aussi optimiste, Boeing envisage un besoin pour 43600 nouveaux avions d’ici 20 ans, incluant les avions régionaux.

CFM International, vainqueur annoncé du salon

Reste pour les deux géants de l’aéronautique à parvenir à augmenter leurs cadences de production, malgré les tensions au sein de la chaîne de fournisseurs, en phase d’apaisement, et le climat géopolitique. Ils ne parviennent pas à satisfaire la demande, mais sont tous deux sur une pente ascendante, après le creux de 2020. Airbus et Boeing avaient livré un total de 1584 appareils en 2019, selon le cabinet AlixPartners et devraient dépasser ce niveau entre 2027 et 2028, témoignant du lent rétablissement industriel du secteur. En 2029, les deux avionneurs pourraient livrer selon les scénarios entre 1768 et 2010 appareils.

Quant à savoir qui d’Airbus ou de Boeing remportera ce match, la réponse est déjà connue : il s’agira de… CFM International. La société commune entre le français Safran et l’américain GE Aerospace équipe avec son moteur Leap les deux tiers des Airbus A320neo et la totalité des Boeing 737 MAX. Les deux monocouloirs représentent environ les trois quarts des commandes des deux grands avionneurs. A chaque Bourget, l’entreprise repart ainsi avec des milliards d’euros de contrats sous le bras, le moteur constituant l’élément le plus coûteux des avions.

Ceci dit, à la veille du salon, CFM International s’est fait rappeler à l’ordre par Airbus, qui a fait savoir que 40 de ses A320neo étaient en mal de moteurs du fait de retards de livraisons. Le motoriste pourrait en outre connaître des difficultés pour assembler ses moteurs en Chine pour les besoins des Airbus A320neo assemblés à Tianjin, en raison de la guerre commerciale.

Une escadrille d'avionneurs prêts à en découdre

Quoi qu’il en soit, les commandes accumulées par Airbus et Boeing ne doivent pas occulter le dynamisme d’autres acteurs de l’aéronautique civile. C'est bien sûr le cas du chinois Comac : même si son C919 ne volera pas durant le salon, ce concurrent des Airbus A320 et des Boeing 737 pourrait engranger quelques contrats s'ajoutant au millier de commandes déjà enregistrées. Le brésilien Embraer et le franco-italien ATR pourraient régaler plusieurs compagnies aériennes avec leurs appareils régionaux.

Autant d'avionneurs qui vont devoir s'atteler à réduire l'empreinte environnementale de leurs avions. La croissance du secteur promet de faire bondir la part de l'aérien dans les émissions mondiales de CO2, qui s'élève aujourd'hui à environ 2,5%. Le salon sera-t-il l'occasion d'annonces en matière d'énergies alternatives? Au vu du contexte géopolitique, beaucoup craignent que cet enjeu ne passe cette année au second plan.

D'autres acteurs, plus modestes, se lancent justement dans des aéronefs moins énergivores, à voilure fixe ou tournante. L’escadrille des acteurs développant des engins hybridés ne cesse de s’étoffer. La France n’a pas à rougir avec des acteurs tels qu’Aura Aero, VoltAero, Ascendance, Beyond Aero ou bien encore Blue Spirit Aero. Mais ils côtoieront toute la semaine durant d’autres entreprises dynamiques, comme Beta Technologies, Wisk, Archer ou bien encore Joby. Entres autres. Autant d’entreprises qui laissent entrevoir une nouvelle forme de mobilité aérienne et qui pourraient également multiplier les annonces de commandes et de partenariats.

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