Comme tous les deux ans, le secteur aérospatial pose son chapiteau au Bourget. Sept jours durant, du 16 au 22 juin, le salon de l’aéronautique et de l’espace promet de faire le spectacle et de capter l’attention des politiques et des industriels. Et ce avec une dimension internationale et une intensité inédite. «Cette édition se déroule dans un contexte particulier, a souligné Guillaume Faury, patron d’Airbus et de la filière aéronautique française (Gifas), à l’occasion de la conférence de presse de lancement de l’événement, jeudi 5 juin à Paris. L’édition 2023 était celle du renouveau, après la crise Covid et l’annulation du salon en 2021. Cette année, le contexte est plus complexe, avec des conflits armés et des rapports de force sur le plan commercial. Le salon va encore progresser par rapport à 2023.»
Certes, le salon du Bourget conservera cette année sa fonction de vitrine du savoir-faire des acteurs aéronautiques mondiaux et de faire-valoir pour une filière européenne bousculée de toutes parts. Mais la grand-messe s’érigera plus que jamais en lieu d’échange privilégié, en cette période marquée par d’importantes tensions internationales. «Nous allons accueillir des commissaires européens et pour la première fois, le conseil de l’Organisation de l'aviation civile internationale (OACI), s’est réjoui Frédéric Parisot, le délégué général du Gifas. Il y aura aussi presque deux fois plus de délégations institutionnelles qu’en 2023.» Au total, plus de 300 délégations officielles sont attendues. Cette édition pourrait ainsi accueillir davantage de visiteurs qu’il y a deux ans, avec cette année-là 293000 personnes recensées, dont 127000 professionnels.
100 terrains de football pour fêter l'aéronautique
Le plus grand salon aéronautique du monde est donc plein à craquer. «On est au maximum de ce que l’on peut installer, a précisé Emmanuel Viellard, le commissaire général du salon. Il faudrait pousser les murs de l'aéroport si l’on voulait mettre davantage de chalets.» Résultat ? Sur une superficie de 70 hectares, soit une centaine de terrains de football, l’événement accueillera 2400 exposants issus de 48 pays. La France sera au passage bien représentée, avec à elle-seule 1110 exposants, suivie des États-Unis (449 exposants) et de l’Italie (122 exposants). À noter, la présence inédite de deux pavillons : celui de l’Inde, reflétant ses ambitions aéronautiques, et celui de l’Ukraine, malgré le conflit en cours avec la Russie. La participation d’entreprises israéliennes, polémique en raison du conflit à Gaza, reste suspendue à la décision du tribunal de Bobigny.
Quant aux avions, taxis volants, drones et autres hélicoptères, ils seront quelque 150 à assurer le spectacle, au sol et dans les airs, dont le Rafale de Dassault Aviation, le F-35 de Lockheed Martin et l’Airbus A350. Entre autres. Le C919 de Comac, un temps pressenti, ne sera finalement pas de la partie. Il faut dire que le nouveau concurrent des Airbus A320 et des Boeing 737, n’a de toute façon pas décroché sa certification européenne et que moins d’une vingtaine d’exemplaires ont été assemblés à ce jour. Son compatriote Ehang, qui développe le taxi volant EH216-S, ne pourra pas non plus faire voler son engin comme cela avait été envisagé. D’autres acteurs ayant mis au point des petits aéronefs décarbonés pourraient en revanche créer la surprise, marquant un nouveau palier dans la maturité de leurs projets. La thématique de la décarbonation sera d’ailleurs au cœur du Paris Air Lab, dédié aux projets les plus innovants.

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Une forte coloration défense et spatiale
Les taxes douanières mises en place de manière erratique par l’administration américaine ne manqueront pas d’être dans toutes les bouches, en particulier en ce qui concerne l’aviation commerciale. «Les industriels américains seront nombreux sur le salon et nous allons échanger avec eux, a pronostiqué Guillaume Faury. Nous allons beaucoup discuter parce que les chaînes de valeur de l'aéronautique sont en grande partie nord-atlantique.» Et le dirigeant de préciser : «Nous n’aurons pas d’activité de lobbying, mais nous aurons beaucoup d'échanges avec nos concurrents, nos partenaires, nos fournisseurs, nos clients, sur les conséquences de cette situation et la façon de s'adapter à cet environnement réglementaire sur lequel on a quand même, soyons honnêtes, un impact assez limité».
Mais sans surprise, les organisateurs du Bourget ont confirmé la forte coloration défense et espace de cette nouvelle édition. Ainsi, ce sont plus de 200 délégations militaires, souvent représentées par le chef d’état-major de leur armée de l’air qui arpenteront les allées du salon, ainsi qu’une trentaine de ministres ou de secrétaires d’État d’armées étrangères. Pas moins de 45% des exposants représenteront le secteur militaire, en forte hausse par rapport à l’édition précédente. «Ce domaine avait été au second plan les années précédentes», a souligné Frédéric Parisot. À côté des acteurs établis du secteur de la défense de nouvelles sociétés exposeront pour la première fois comme l’Américain Anduril et la société franco-américaine Helsing. Ces nouveaux-venus se distinguent par leurs recours à l’intelligence artificielle, notamment pour doper l’efficacité de leurs drones kamikazes.
Les femmes à l'honneur
La filière spatiale sera également mise à l’honneur : elle disposera d’un hall dédié de 2500 m², le Paris Space Hub. Il concentrera une cinquantaine d’exposants dans ce domaine. «Le spatial prend une envergure d’importance croissante, a précisé Guillaume Faury. On est face à des acteurs Chinois et Américains qui investissent beaucoup dans le spatial civil et le militaire. On attache beaucoup d’importance à ce que l’Europe et la France montent en puissance à la fois sur les niveaux des dépenses et sur l’utilisation de ces technologies». Le dirigeant d’Airbus a encore rappelé la nécessité pour les industriels européens de se structurer dans un environnement mondial et très concurrentiel. Par ailleurs, le président de la République, Emmanuel Macron, attendu sur le salon le vendredi 20 juin, devrait présenter les grandes lignes de la nouvelle stratégie spatiale française.
Malgré ce contexte international particulier, le salon du Bourget s’érige toujours en fête populaire. D’autant que la filière française (220000 emplois) compte procéder à 25000 embauches cette année. Elle espère séduire les jeunes pour garnir ses rangs, notamment grâce à l’Avion des Métiers : un espace de 3000 m² qui offre un aperçu complet des métiers du secteur, du niveau bac pro à bac+8. En parallèle, l’initiative L’Aéro Recrute permettra d’échanger avec les représentants de 150 entreprises françaises et de déposer directement des candidatures. Et le secteur espère bien attirer davantage de profils féminins, représentant seulement 30% des effectifs dans l’aéronautique et 27% dans le spatial. D’où une opération inédite cette année visant à les attirer, intitulée «Femmes de l’Aéro et du Spatial». Avec un message simple : la filière aéronautique est ouverte à toutes.
Olivier James, avec Hassan Meddah



