Neuf ans que la Nasa et les astronautes américains et tout un pays attendent cet événement ! Mercredi 27 mai vers 22h30 (heure française), depuis le centre spatial Kennedy à Cap Canaveral en Floride, deux astronautes devaient prendre place dans le module Crew Dragon de SpaceX lancé par une fusée Falcon 9 pour se rendre dans la Station spatiale internationale (ISS). Le président Donald Trump avait précisé qu’il ferait spécialement le déplacement en Floride. La météo a cependant joué les trouble-fêtes.
Le 27 mai, une dizaine de minutes avant le décollage de la fusée de SpaceX, les autorités de lancement de Cap Canarveral ont été contraintes d'abandonner le tir à cause des risques d'orages et de foudre. Le prochain lancement est prévu ce samedi 30 mai à 15H22 heure locale. Une grande partie des Américains devraient assister à la retransmission du lancement, tant l’événement est considéré comme historique.
Pendant presque une décennie, les Etats-Unis ont reposé sur le grand rival russe pour envoyer leurs astronautes vers l’ISS. Un comble, voire presque une humiliation pour la première puissance spatiale mondiale ! D’autant plus que l’autre grand rival, la Chine, dispose également de son propre programme de vol habité.
Boeing en compétition avec SpaceX
Comment expliquer une telle absence? Au début des années 2000, la NASA a décidé de mettre ses coûteuses navettes spatiales au hangar, leur exploitation s’étant révélée nettement plus coûteuse et plus dangereuse que prévu avec la perte de deux équipages suite à des explosions. Consciente alors de sa dépendance vis-à-vis de la Russie, elle a engagé rapidement un programme de vol habité en s’adressant aux acteurs privés. Space X avec son offre Crew Dragon et Boeing avec sa capsule CST 100 se sont détaché de la dizaine de prétendants et ont décroché les contrats de développement auprès de l’agence américaine.
Le développement n’aura pas été sans mal. Une capsule de SpaceX a explosé au sol lors de la phase des tests en avril 2019 tandis qu’une capsule de Boeing a subi une erreur de trajectoire en décembre 2019 suite à un mauvaise calcul de poussée… Au final le premier vol programmé à l’origine en 2016, aura subi un retard de quatre ans.
Si l’événement est historique pour les Américains, la prouesse technologique reste à relativiser. La fonction du Crew Dragon ou demain de la capsule de Boeing n’est ni plus ni moins que la fonction qu’assure de façon remarquable le Soyouz depuis de très longues années. Le grand défi c’est la sécurité de l’équipage. "Tous les maillons de la chaîne sont fiabilisés au maximum. Le lanceur doit être spécifique et fiabilisé. L’engin spatial doit permettre à tout moment de sauver l’équipage grâce à un système de sauvegarde. L’ensemble du système doit permettre de récupérer rapidement les astronautes après leur retour à n’importe quel moment", précise Lionel Suchet, directeur général délégué du CNES.
80 millions de dollars par astronaute
En cas de succès, ce premier vol habité mettra en lumière deux grands acteurs. D’une part, la Nasa. Elle met enfin fin à sa dépendance russe. Au-delà d’une fierté nationale retrouvée, elle réalisera aussi des économies. Profitant de sa situation de monopole, l’agence spatiale russe avait tendance à faire grimper ses prix, allant jusqu’à facturer le siège 80 millions de dollars par astronaute.
L’autre grand vainqueur est évidemment SpaceX. Si le tir se passe bien, la société prouvera encore une fois sa capacité à innover et être au rendez-vous. La société d’Elon Musk a également remporté sa course technologique contre le rival Boeing pour offrir la première solution de transport d’équipage à la NASA. Elon Musk crédibilise également ses projets de colonisation de la planète Mars même si d’autres jalons technologiques sont encore à franchir.
L'EUROPE brille par son absence
Et l’Europe dans tout ça ? Elle semble être isolée, seule puissance spatiale à ne pas disposer d’un programme de vol habité autonome. Même l’Inde affiche ses ambitions dans le domaine pour rejoindre un club très restreint composé de la Russie, de la Chine et à nouveau des Etats-Unis.
Ce n’est pourtant pas une question de technologies. Grâce à son ancien véhicule spatial, l’ATV, l’Agence spatiale européenne avait montré qu’elle maîtrisait les technologies de vol et d’amarrage automatisé à la station internationale, de désorbitation… "L’Europe n’a pas exprimé jusqu’ici la volonté politique de faire du vol habité un programme autonome. C’est une question de priorité et de budget. L’utilité du vol habité, nous pouvons l’obtenir de façon intéressante en coopérant de façon internationale", indique Lionel Suchet, directeur général délégué au CNES. Pour développer et soutenir un tel programme, il faudra dépenser entre 2 et 3 milliards d’euros par an, soit près des deux tiers du budget spatial européen.



