Petit retard à l’allumage pour la RE2020. Il faudra attendre six mois de plus pour l’entrée en vigueur des premiers dispositifs de la nouvelle réglementation environnementale, le 1er janvier 2022. Un délai censé permettre à la filière, dont les concepteurs et promoteurs, d’adapter leurs projets à venir aux nouvelles exigences. Trois salves de nouvelles règles interviendront en 2025, 2028 et 2031. “C’est une réglementation absolument nécessaire pour l'objectif de lutte contre le dérèglement climatique”, martèle Emmanuelle Wargon, ministre déléguée auprès de la ministre de la Transition écologique, chargée du Logement. Elle rappelle que le bâtiment émet environ le quart des gaz à effets de serre français.
Destinée, selon le gouvernement, à donner la priorité à la sobriété énergétique et à la décarbonation de l’énergie, à diminuer l’impact carbone de la construction des bâtiments et à garantir le confort en cas de forte chaleur, la RE2020 s’appliquera - sauf exception - aux permis de construire déposés après le 1er janvier 2022 (les textes doivent être publiés dans le courant du premier semestre 2021) pour des logements, avant d’inclure ultérieurement, en 2022, les bâtiments de bureaux et d’enseignement (après consultation du Conseil supérieur de la construction et de l’efficacité énergétique) et, à une date non déterminée, les bâtiments tertiaires techniques.
L’ACV dynamique maintenue
“La grande nouveauté de cette réglementation est d’inclure la partie construction, qui est plus énergivore que l’exploitation du bâtiment”, a indiqué la ministre jeudi 18 février à l’occasion d’un point d’étape sur le projet. Avec pour méthode phare l’analyse de cycle de vie (ACV), qui promet d’intégrer les émissions du bâtiment sur toute sa durée de vie, de sa construction jusqu’à sa démolition. Malgré de nombreuses réserves émises par plusieurs organisations professionnelles, ce mode de calcul a été maintenu.
“Une tonne de CO2 émise aujourd’hui commence à réchauffer le climat dès aujourd’hui, alors que la même tonne émise dans vingt-cinq ans ne commencera à produire ses effets que dans vingt-cinq ans” explique le ministère de la Transition écologique pour justifier la méthode “dynamique” retenue pour le calcul de l’ACV. Le pouvoir de réchauffement des gaz à effet de serre autres que le CO2, comme le méthane ou les oxydes d’azote, ne variera pas dans le temps. La France entend porter ce modèle à l’échelle européenne.
La méthode retenue de calcul de l’analyse du cycle de vie prend en compte le stockage temporaire du carbone, ou “la capacité de certains matériaux ayant capté du carbone pendant leur vie «biologique» à stocker le carbone et à ne le réémettre en partie qu’en fin de vie”, selon le ministère. Le bois, ainsi que les isolants et aménagements intérieurs biosourcés, sont ainsi cités en exemple. Le recours aux matériaux “géosourcés”, comme la pierre de taille ou la terre crue, sera aussi encouragé. Le gouvernement ambitionne d’abaisser, par ce moyen, les émissions du secteur de la construction d’au moins 30% en 2031.
Bisbilles sur l’impact matériaux
“L’avantage artificiellement donné pour favoriser les produits biosourcés est tel que le seul levier valable pour réduire l’empreinte carbone des bâtiments de demain sera une utilisation massive de ces produits, avec une logique de surconsommation de bois, au détriment d’une réflexion de fond relative à la conception des bâtiments, aux modes constructifs ou au mix matériaux”, regrettent collectivement, par voie de communiqué, les représentants des filières béton, métaux, aluminium, tuiles et briques, plasturgie et isolants en laines minérales manufacturées. “La RE2020 ne nous est pas défavorable”, reconnaissait récemment, dans nos colonnes, Luc Charmasson, président du Comité stratégique de la filière bois.
“La maison bois ne sera pas le seul mode constructif possible en 2030. Nous voulons favoriser la mixité technique et la diversité des matériaux, à condition que ceux-ci fassent des efforts et utilisent d’autres leviers, comme le second œuvre. Les filières (brique, béton, ciment…) ont pris des engagements publics et fermes de décarbonation à l’horizon 2030. On ne fait pas un pari sur des engagements qui n’existent pas”, explique pour sa part le ministère de la Transition écologique, qui entend pousser la mixité des matériaux.
Pour une maison individuelle, le seuil maximal de l’exigence carbone sur le volet construction passera de 640 kg de CO2/m2 en 2022 à 415 kg en 2031. En logement collectif, il descendra de 740 à 490 kg de CO2/m2/an.
Une nouvelle clause de revoyure
Des ajustements ont néanmoins été annoncés. Un observatoire du suivi de l’application de la RE2020 sera instauré entre 2022 et 2025. Une clause de revoyure sera ajoutée au projet. “La Fédération française du bâtiment se félicite que la clause de revoyure permette, dans les prochaines années, d’adapter les exigences 2028 et 2031 à l’aune du retour d’expérience. Nous allons nous engager pour relever le challenge. Il faudra toutefois s’assurer de mesures d’accompagnement suffisantes pour permettre à nos clients de supporter les surcoûts associés à cette nouvelle marche et à nos entreprises de se structurer, se former et s’équiper en conséquence”, a réagi son président, Olivier Salleron, après avoir longuement ferraillé contre certains aspects de la réglementation.
“Il y a un enjeu de soutenabilité économique, dans un univers où on produit déjà cher et où d’autres réglementations vont tirer les prix vers le haut”, estime pour sa part Alexis Roucque, de la Fédération des promoteurs immobiliers, tout en reconnaissant que la RE2020 devrait permettre de favoriser l’innovation et d’attirer les jeunes générations, plus sensibles à l’enjeu écologique, vers les métiers du bâtiment.
Les particuliers devraient pour leur part mieux vivre les périodes de fortes chaleurs : il sera interdit de dépasser un seuil haut maximal de 1250 degré.heure (DH), équivalant à une période de 25 jours durant laquelle le logement serait continument à 30 °C le jour et 28 °C la nuit. Le seuil bas s’établira à 350 DH. La qualité et le bon fonctionnement de la ventilation à la réception des travaux devront être inspectés par des tiers. De quoi mieux supporter d’éventuels reconfinements...



