Le gouvernement en avait une affaire de défense de ses intérêts stratégiques. Après près d’un an d’une bataille politique et économique, elle a enfin trouvé une solution de reprise nationale pour la PME Photonis, considérée comme un fournisseur stratégique des armées françaises. Mise en vente par le groupe Ardian, elle avait été fortement convoitée par le groupe américain Teledyne. Finalement, la société basée à Brive (Corrèze) va être reprise pour 370 millions d’euros par le fonds d’investissement HLD Europe qui compte parmi ses actionnaires les familles Decaux, Dentressangle ainsi que Claude Bébéar.
"Avec l’appui de son nouvel actionnaire, Photonis pourra poursuivre sa démarche d’innovation technologique et de développement de nouvelles applications à la fois de façon organique et à travers des acquisitions", précise le communiqué de presse diffusé le 16 mars par les trois entreprises impliquées par la transaction.
Deux ministres au front
Le destin de cette PME de 1000 personnes qui réalise 150 millions de chiffre d’affaires, avait mobilisé deux membres du gouvernement, Bruno Le Maire, ministre de l'Economie et des Finances et Florence Parly, ministre des Armées. Ils se sont opposés à la volonté du groupe américain Teledyne qui avait fait part de son intention de racheter Photonis en avril 2020. La raison de leur veto : le caractère sensible des technologies développées par Photonis. "L’offre de rachat de Photonis par l’industriel Teledyne n’a pas fait l’objet d’un agrément au titre de la réglementation relative aux investissements étrangers en France. Cette décision s’inscrit dans une volonté de protection des intérêts stratégiques de la France, dont Photonis fait partie, tout en assurant la pérennité de cette entreprise d’excellence", avait précisé le ministère des Armées dans un communiqué de presse en décembre 2020. La PME a développé une expertise connue pour la fabrication de tubes amplificateurs de lumières nécessaires notamment pour les jumelles nocturnes et détient aussi des activités dans le domaine nucléaire.
Les industriels aux abonnés absents
Début 2020, Bruno Le Maire avait sollicité les industriels Safran et Thales pour voir si une reprise était possible. "Je souhaite que tout le monde, pas simplement l'Etat mais aussi les entreprises industrielles, se relève les manches pour se demander si on ne peut pas trouver une solution industrielle française pour reprendre Photonis et garantir que ces technologies de visée nocturne qui sont sensibles, qui équipent l'armée française, restent françaises". Il ne sera pas entendu. Même le ministère des Armées, pourtant son premier client en matière de défense, ne les convaincra d'intervenir. La DGA (Direction générale de l'armement) n'est alors pas en reste et rappelle qu'elle veillera à ce que tout acquéreur étranger respecte ses engagements en termes de pérennité de l’outil industriel, de savoir-faire, de maintien du bureau d’études… In fine, La solution sera donc financière avec l'intervention du fonds d'investissement HLD Europe.
Le nouvel actionnaire estime que Photonis pourrait doubler son chiffre d’affaires à un horizon de 5 à 10 ans. Il envisage pour cela de renforcer la R&D de la société pour accroître son offre sur le marché de la défense mais également étendre son portefeuille de produits sur les marchés civils comme sur le segment des spectromètres de masse qui permettent d’identifier des molécules dans des corps inertes. HLD n’exclut pas non plus des acquisitions pour renforcer Photonis.



