Alors que le chef de l’Etat a présenté jeudi 4 mai la réforme des lycées professionnels, lors d’un déplacement en Charente-Marine, certains secteurs se sont déjà emparés du sujet. C’est notamment le cas des professionnels de l'électronique et du numérique qui revoient cette année leur filière de formation. Jusqu’à présent dénommée « Systèmes numériques », elle deviendra dès la rentrée des classes la filière CIEL (Cybersécurité, Informatique et Réseaux, Électronique). Elle se décline en quatre diplômes : un baccalauréat professionnel, un BTS, et deux mentions complémentaires (l’une porte sur la cybersécurité et l’autre sur la production et la réparation de produits électroniques). Parmi les axes phares de cette rénovation se trouvent le développement des compétences en cybersécurité, dans le cadre de la stratégie nationale sur le sujet, mais aussi et surtout le retour de l’enseignement de l’électronique.
Une réflexion commune
Pour comprendre l’enjeu de cette rénovation, il faut remonter en 2016, date à laquelle l'électronique a disparu des programmes de formation, au profit du numérique. Alors que la réindustrialisation est aujourd'hui une préoccupation majeure en France, les entreprises du secteur font face à une crise des recrutements et alertent les syndicats professionnels tels que le SNESE (Syndicat National des Entreprises de Sous-traitance Électronique) et ACSIEL (Alliance des Composants et Systèmes pour l'Industrie Électronique). Rapidement, l’UIMM (Union des Industries et Métiers de la Métallurgie) s'est emparée du sujet :« Notre travail consiste aussi à porter ces sujets au niveau de l’Éducation nationale » explique Sophie Vidaud, chargée de mission titres et diplômes pour la fédération patronale. « Nous sommes un intermédiaire clef entre les entreprises et le ministère. » L’UIMM a ainsi rédigé un rapport d’opportunité sur la nécessité de revoir l’offre de formation. De plus, la fédération n’a pas hésité à inviter l’Éducation nationale au sein des entreprises, afin que les inspecteurs généraux en charge du dossier puissent observer par eux-mêmes les besoins du secteur.
Cette consultation, parfois chronophage mais indispensable, a été poussée encore plus loin : afin de définir les grandes lignes de la formation, le ministère a directement fait appel aux entreprises, via la création d’un groupe de travail. Ainsi, à raison d’une à deux journées par mois tout au long de l’année 2022, l’Éducation nationale, l’UIMM, des entreprises (CIF, Polygone CAO et STMicroelectronics) et des fédérations (SNESE, FEDELEC) ont orienté les travaux du ministère en fonction de leurs observations sur le terrain. « Il faut un maximum de monde autour de la table, afin de collaborer, de reconstruire cette formation ensemble » explique Federico Berera, inspecteur général pour le ministère de l’Éducation nationale. « Évidemment, chacun a ses intérêts à défendre, et il faut dépasser certaines postures, mais je pense qu’il y a eu une réelle écoute des besoins. » Résultat, le 3 janvier dernier, les référentiels des quatre nouveaux diplômes ont été publiés. Les lycées professionnels ont donc huit mois pour s’adapter à cette nouvelle filière CIEL, développer l’enseignement de la cybersécurité, et réintégrer l’électronique.



