Avec l'acquisition de Fosroc, Saint-Gobain étend sa chimie de la construction au Moyen-Orient et en Asie

Le groupe français reprendra pour environ 960 millions d’euros Fosroc, un grand acteur des spécialités chimiques pour la construction en Inde, Moyen-Orient et Asie du Sud-Est. Déjà très présent en Europe et aux Amériques sur ce segment, Saint-Gobain complétera ainsi son offre et son réseau mondial de production et solutions, accroissant aussi ses positions dans les applications pour les infrastructures dans les pays émergents.

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Grâce au vaste développement d'infrastructures au Moyen-Orient, en Inde et en Asie du Sud-Est, le groupe Fosroc, spécialiste de la chimie de la construction, permettra à Saint-Gobain de compléter son empreinte mondiale sur ce segment.

Après les acquisitions du français Chryso en 2021 et de l'américain GCP l’année suivante, Saint-Gobain vient de signer un accord définitif pour l’acquisition de Fosroc, pour une valeur de 1,02 milliard de dollars (environ 960 millions d’euros). Lors d’une conférence en ligne le 27 juin, jour de l’annonce, le PDG du groupe français Benoit Bazin évoquait un «grand chelem dans la chimie de la construction», estimant que Saint-Gobain a acquis en moins de cinq ans les «marques et savoir-faire de référence »dans le domaine, en ajoutant une empreinte géographique désormais pleinement mondiale.

Toujours numéro 2 mondial du secteur derrière le suisse Sika, le groupe français aura plus que doublé son chiffre d’affaires sur ce segment en cinq ans, avec une activité passée de 2,8 milliards d’euros en 2019 à plus de 6,2 milliards en 2024. Saint-Gobain y a aussi mis les moyens, investissant 5 milliards d’euros pour cette croissance externe. Sur ce segment, le groupe dénombre désormais 300 sites dans 73 pays et 13000 salariés dédiés.

Les spécialités chimiques pour la construction, marché fragmenté de 100 milliards d'euros

Le rachat de Fosroc, prévu pour être finalisé au premier semestre 2025, représente la 36e opération de fusion-acquisition depuis 2021 pour le groupe pour son activité de spécialités chimiques pour la construction, laquelle regroupe les additifs pour ciment, les adjuvants pour béton, et bien d’autres solutions comme les matériaux d’étanchéité. Sur ce marché mondial évalué à 100 milliards d’euros par an en valeur, Saint-Gobain n’a pas seulement procédé à de grandes acquisitions mais également à de multiples petites opérations ces dernières années, comme au Brésil ou en Egypte. Benoit Bazin décrit un marché mondial encore très fragmenté et estime qu’il reste «encore beaucoup d’opportunités de consolidation», en particulier avec «de nombreux acteurs locaux et nationaux» opérant un peu partout sur le globe.

Fondé au Royaume-Uni en 1972, passé ensuite dans le giron de BP jusqu’en 2002, Forsoc était depuis la propriété de l’entrepreneur écossais James Hay, avec de fortes positions établies au Moyen-Orient, en Inde et en Asie du Sud-Est à travers un développement de ses produits pour les marchés des infrastructures. Surfant sur une croissance moyenne annuelle de 11% depuis 2021, cet acteur non coté devrait afficher des ventes de 487 millions de dollars (454 millions d’euros au cours actuel) pour une marge d’Ebitda de 18,7% cette année.

Spécialiste des adjuvants pour béton et additifs pour ciment (qui représentent un tiers des ventes) ainsi que de spécialités comme des adhésifs, des colles, des matériaux d’étanchéité ou encore des revêtements de sol, Fosroc dénombre 3000 employés dans le monde avec 20 usines, dont deux en Europe (Espagne et Royaume-Uni), cinq au Moyen-Orient, autant en Inde, et le reste en Asie du Sud-Est.

Saint-Gobain bientôt leader en Inde

L’intégration de Fosroc va dans un premier temps offrir une très forte complémentarité géographique à la division de Saint-Gobain. Thierry Bernard, directeur général Chimie de la construction du groupe, parle d’une acquisition qui vient «compléter parfaitement le puzzle». Très implanté en Europe et le bassin méditerranéen avec Chryso, et en Amérique du Nord et du Sud avec GCP, le groupe trouve avec Fosroc un acteur fortement présent à l’est de la planète. Si 16% de ses ventes sont générées dans la zone Asie-Pacifique, 37% le sont au Moyen-Orient et 37% également en Inde. Soit des régions émergentes qui bénéficient d’une très forte croissance sur le développement des infrastructures, qu’il s’agisse de ferroviaire, de route, de ponts, de tunnels ou encore de bâtiments résidentiels et non résidentiels avec l’accroissement des populations. L’opération permettra aussi à Saint-Gobain de compléter ses gammes et de développer de nouveaux marchés dans ces pays émergents pour des produits plus techniques et plus bas-carbone.

Sur le marché indien, le groupe français dispose déjà d’une empreinte d’envergure avec 77 sites de production, plus de 9000 salariés ou encore plus de 7000 points de vente. Il va pouvoir y ajouter à ses positions de leader du verre plat, des plaques de plâtre et de l’isolation, un statut de numéro un de la chimie de la construction. Segment sur lequel il bénéficie dans ce pays d’une croissance à deux chiffres depuis trois ans.

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