Il y a moins d’une chance sur des millions que se produise, en France, une catastrophe nucléaire comme celle de mars 2011 à Fukushima, au Japon. Mais le risque ne peut pas être écarté. Raison pour laquelle plus de 300 pompiers, formés spécifiquement pour intervenir en cas d'accident sur un site nucléaire, se tiennent prêts à intervenir. On les appelle la Force d’action rapide nucléaire, ou Farn. L'Usine Nouvelle les a suivis, à l'entraînement, pour mieux comprendre de quels moyens ils disposent pour combattre la plus inquiétante des catastrophes.
Dès mai 2011, deux mois après Fukushima, l’autorité de sûreté du nucléaire française a demandé à EDF de réévaluer la sûreté de ses centrales, et de faire des propositions pour parer, dans les meilleurs délais, aux situations les plus inimaginables. L’opérateur national s’est exécuté et a proposé un programme d’actions "post-Fukushima" s’étalant jusqu’en 2030. Ce plan comprend la construction, sur chaque site, d’un centre de crise local, capable de résister à des événements extrêmes de type séisme ou inondation, ainsi que l’installation de générateurs diesel d’ultime secours pour chaque réacteur. L'électricien a, enfin, constitué une équipe capable d’intervenir en 24 heures en toute autonomie sur n’importe laquelle des 18 centrales nucléaires du pays, la Farn.
Se préparer à l'inimaginable
La création de cette force a été décidée dès avril 2011 par le président d’EDF de l’époque, Henri Proglio. Elle est devenue réalité le 1er janvier 2013. Dotée d’un budget total de 80 millions d’euros, la Farn compte 310 personnes et est dirigée par Pierre Eymond, directeur de crise de la division production nucléaire. Elle est constituée d’un état-major de 26 personnes, basé à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), et de quatre services régionaux installés sur les sites du Bugey (à Saint-Vulbas, dans l'Ain), Civaux (Vienne), Dampierre (Loiret) et Paluel (Seine-Maritime), où nous nous sommes rendus les 18 et 19 janvier. Chacun de ces sites comprend cinq équipes, ou "colonnes", de 14 équipiers, salariés d’EDF volontaires engagés pour cinq ans, qui s’entraînent toute l’année à l’intervention en situation de crise. Soit 310 pompiers du nucléaire, prêts à éteindre des feux qui ne s’allumeront jamais.

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Guittet Pascal Trois colonnes de la Farn venues de Paluel, Bugey et Civaux se sont retrouvées à Paluel, du 18 au 20 janvier, pour une simulation d'accident sur un site nucléaire. Photo Pascal Guittet.
À la moindre anomalie, un réacteur nucléaire s’arrête immédiatement. Il faut alors le sécuriser. Toutes les équipes d’exploitation s’entraînent régulièrement à gérer les situations de crise, dans un simulateur installé dans chaque centrale. Sous l’œil d’instructeurs, les cinq équipiers déroulent les procédures pour répondre à un scénario - même le plus improbable -, inconnu à l’avance. Des scénarios qui empirent à chaque fois qu’un problème est résolu, mais qui permettent de tester leur sagacité et leur cohésion d’équipe.
Guittet Pascal Chaque centrale est équipée d'un simulateur où s'entraînent aussi les équipes de conduite des réacteurs du site, pour faire face aux situations de crise extrême. Photo Pascal Guittet.
Alors à quoi sert, précisément, la Farn ? Pour assurer la sûreté d’une centrale, c’est-à-dire assurer qu'aucun rejet radioactif ne s'en dégage dans l’atmosphère, il faut qu’il y ait toujours de l’eau, pour refroidir le réacteur, et de l’électricité pour pomper cette eau.
Compléter le dispositif de sûreté des centrales
Fukushima a démontré que les générateurs diesels de secours des centrales pouvaient eux aussi être détruits. Et que rétablir le courant ne suffisait pas toujours. La mission de la Farn est donc d’alimenter le site en eau, en air et en électricité un site, coûte que coûte et en toute autonomie. Dans chaque colonne, trois équipiers peuvent aussi reprendre le pilotage d’un réacteur. Les colonnes peuvent être déployées en 24 heures.
Guittet Pascal La Farn dispose de tous les équipements pour acheminer l'eau nécessaire au refroidissement des réacteurs. Photo Pascal Guittet.
En situation réelle, ces colonnes seraient précédées sur place d’une d’équipe de reconnaissance, qui installerait une base arrière entre 20 et 30 km de la centrale, sur un site assez grand pour accueillir le matériel d’intervention. Y sont montés très rapidement un poste de commandement et des tentes climatisées, avec sanitaires autonomes, pour accueillir les colonnes. C’est de là que sont décidés les manœuvres, les travaux de renseignements, la gestion des équipes et du matériel acheminé par terre, mer, voie fluviale ou aérienne…
Guittet Pascal En base arrière, une tente est réservée au poste de commandement, où sont recueillis les renseignements et où sont coordonnées toutes les actions sur le terrain. Photo Pascal Guittet.
La Farn dispose de 40 équipements, dont un hélicoptère, des barges, des pick-up 4x4, des semi-remorques, des camions plateaux avec ou sans grue pour apporter et déplacer les groupes électrogènes, les tuyaux, les câbles, les pompes, le carburant… Tout ce qui est nécessaire pour dégager une route, assurer une alimentation électrique et une "source froide" (eau permettant le refroidissement) pour le site nucléaire. La Farn vient aussi de s’équiper d’un sas logistique. Ces tentes bleues et blanches permettent de créer une interface sanitaire pour ses équipes, entre zone potentiellement irradiée et zone saine. Mais l’autonomie a ses limites. Et pour les douches de décontamination, il faudra attendre… les pompiers.
Guittet Pascal La Farn s'est équipée depuis peu d'un sas logistique pour faire tampon en cas de contamination d'un site. Photo Pascal Guittet.
Tous ces équipements sont utilisés par la Farn pour son entraînement, auquel L’Usine Nouvelle a pu assister. A la centrale de Paluel, la Farn organisait un exercice grandeur réelle de 24 heures, étalé cette fois sur trois jours "pour respecter le droit du travail", explique Pierre Eymond. Y participaient une colonne du centre régional Farn de Paluel (Normandie), mais aussi deux autres venues du Bugey et de Civaux.
Former les salariés d'EDF à l'intervention de crise
Une fois le déploiement enclenché, une équipe tire des tuyaux depuis une réserve d’eau située en amont de la centrale, ou d'un cours d’eau distant, pour l’acheminer au pied d’une bouche de connexion pour refroidir le réacteur 4. Dans le même temps, une autre équipe installe deux groupes électrogènes de 100 kw au pied du tout nouveau diesel d’ultime secours "post-Fukushima" (ou DUS). Car dans ce scénario, cet équipement a lui aussi succombé à une tempête extrême. C'est improbable, mais ça ne peut être totalement exclu même si ces DUS sont conçus pour résister à tout séisme ou ouragan, et même à la projection d’une Twingo par une tornade.
Guittet Pascal Des générateurs diesel de secours de la Farn permettent de pallier la défaillance de toutes les sources d'alimentation d'un réacteur. Photo Pascal Guittet.
De son côté, l’hélicoptère décolle pour déplacer des colis et les maintenir en vol pendant que d’autres équipiers dégagent troncs et gravats pour libérer… un pré. Une scène digne des reconstitutions historiques de guerres et de batailles. Sauf que ces exercices de la Farn ont déjà prouvé leur utilité par deux fois… mais pas pour la sûreté nucléaire.
Assister d'autres équipes d'EDF
En 2017, après le passage de l’ouragan Irma, la Farn s'est déployée à Saint-Martin avec son matériel, pour prêter main-forte et assurer l’hébergement de 150 collaborateurs d’EDF sur place. La Farn a également porté assistance aux équipes d’EDF Hydro, après le passage de la tempête Alex dans la vallée de la Roya début octobre 2020. "Nous y avons confirmé la validité de nos efforts de préparation", explique son directeur.
Guittet Pascal La Farn dispose de toute l'infrastructure logistique pour être totalement autonome 72 heures. Photo Pascal Guittet.
Pour les salariés d’EDF - tous volontaires -, une période de cinq ans à la Farn signifie acquérir l'esprit d’équipe, la cohésion, mais également des compétences et permis (poids lourds, bateau) valorisables professionnellement chez EDF. Mina Leal, chef d’exploitation de la centrale de Paluel, passée par la Farn, nous l’a confirmé.
Guittet Pascal Le dégagement des voies d'accès fait partie des missions et de l'entraînement de la Farn. Photo Pascal Guittet.
La Farn sert aussi de terrain de jeu au Groupe Intra, pour tester ses robots et drones téléguidés. Créée par le CEA, EDF et Orano en 1989, après la catastrophe nucléaire de Tchernobyl (1986), cette équipe de 21 permanents, dont huit pilotes, développe et teste des drones et des robots d’acquisition de données radiologiques en zone critique. Elle dispose d’un budget de fonctionnement de 4 millions d’euros par an.



