Au Mondial de l'auto, l'idée d'une préférence européenne fait son chemin face à la concurrence chinoise

Malgré tout le poids de la Chine dans les batteries, la filière automobile française milite pour des mesures européennes protectionnistes au Mondial de l’Auto.

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Luca De Meo et Bruno Le Maire à l'usine Alpine de Dieppe Seine-Maritime
Luca De Meo, directeur général du groupe Renault, aux côtés du ministre de l'Economie Bruno Le Maire (image d'archives).

Un parfum de guerre froide flotte au Mondial de l’Auto. Depuis l’ouverture du salon, les voix se multiplient pour faire valoir le principe de préférence européenne face à la concurrence chinoise sur le marché du véhicule électrique. Mardi 18 octobre, le gouvernement français a vivement encouragé des mesures protectionnistes. Quelques semaines plus tôt, le gouvernement américain présentait lui-même un plan de soutien massif aux véhicules électriques made in USA.

Lors d’un sommet de la filière automobile française, le ministre de l’Economie Bruno Le Maire a invité l’Europe à se montrer « plus agressive pour défendre ses intérêts économiques ». « Nous voulons une industrie décarbonée, ce n’est pas pour nous laisser envahir par des produits qui sont lourdement carbonés et moins chers », a argumenté le ministre.

La France veut exclure les véhicules chinois du leasing social

« Le président américain Joe Biden a décidé de réserver ses bonus uniquement aux véhicules électriques assemblés sur son territoire. Le président chinois Xi Jinping a décidé d’interdire la vente de véhicules électriques dont la batterie ne serait pas faite en Chine », a constaté Bruno Le Maire, en dénonçant une transgression des réglementations sur le commerce international. « Soit nous les faisons bouger sur ce sujet-là, soit il faut que l’Union européenne se dote de moyens similaires », a exposé le ministre. Le président de la République Emmanuel Macron devrait aborder ce sujet épineux lors d’un déplacement aux Etats-Unis en décembre.

En attendant, la France prévoit de privilégier les véhicules made in France dans son futur dispositif de leasing social. « Il n’y aura pas de leasing social pour acheter des véhicules chinois », a tranché Bruno Le Maire. Interrogé sur la question des véhicules américains, le ministre de l’Economie n’a pas répondu. « Nous souhaitons prendre le temps nécessaire pour que le leasing soit mis en place quand il y aura des véhicules électriques français accessibles financièrement », a ajouté le ministre, pour justifier le report de cette mesure symbolique à 2024.

Faut-il craindre les sanctions croisées ?

Cette rhétorique agressive va-t-elle bénéficier aux constructeurs européens ? Certains groupes allemands, comme BMW et Volkswagen, sont fortement exposés sur le marché automobile chinois et redoutent un déchaînement de sanctions croisées... A l’inverse, les entreprises françaises comme Renault et Stellantis semblent plutôt vouloir arrêter les frais. Au Mondial de l’Auto, Stellantis s’est dit prêt à réduire sa présence en Chine pour privilégier d’autres marchés internationaux.

Pour gagner en indépendance vis-à-vis de la Chine, l’Europe a donné un coup d’accélérateur dans les projets d’usines de batteries. Et en mars, le Parlement européen a adopté un règlement visant à favoriser les batteries produites durablement. « Je n’hésite pas du tout à dire que c’est une façon de protéger notre marché », a souligné Bruno Le Maire.

Une souveraineté difficile à défendre

Difficile pour autant de faire abstraction des réalités matérielles de la chaîne d’approvisionnement… « Au-delà de l’assemblage des cellules et des batteries, l’Europe n’a pas de capacités de production des composants et des matériaux de base », rappelle Christophe Pillot, directeur du cabinet spécialisé Avicenne Energy, dans un entretien avec L’Usine Nouvelle. « Pour être souverain en matière de chaîne de valeur des batteries électriques, il va falloir mettre en oeuvre les approvisionnements, une filière d’extraction et de raffinage », a rappelé Luc Chatel, président de la Plateforme automobile (PFA). Certaines innovations permettent de se « désengager progressivement de ces métaux et matières premières », estime le président. Parmi eux, le moteur électrique sans aimants permanents en cours de développement chez Renault et Valeo.

La politique de préférence européenne ne résout pas non plus le problème de concurrence intra-européenne. Et la percée de Tesla sur le marché européenne grâce à son usine de Berlin (Allemagne) montre que les constructeurs historiques ont du souci à se faire.

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