Après de multiples reports, Ariane 6 a enfin décollé. Pour sa première mission commerciale, la fusée européenne, dans sa version équipée de deux boosters, s’est élevée de son pas de tir au centre spatial guyanais (CSG) à 13h24 heure locale (172h4 heure de Paris) dans un ciel nuageux. Le 3 mars dernier, la précédente tentative avait été reportée à cause d’une vanne défectueuse et la chronologie du lancement avait été stoppée une trentaine de minutes avec le décollage.
Pour cette mission, tout s’est déroulé comme prévu. Le lanceur a enchainé les étapes du vol de manière optimale : allumage du moteur de l’étage principal Vulcain, des boosters, séparation du premier étage, séparation de la coiffe… «Propulsion nominale» n’a cessé de répéter de manière rassurante le directeur des opérations depuis le centre de contrôle, après chaque étape importante du vol et à intervalles réguliers. Comme prévu, 1h06 après son décollage, la fusée a largué son satellite, CSO-3, à environ 800 km d’altitude après deux réallumages du moteur Vinci de l’étage supérieur. De quoi conclure la mission principale avec succès. «Grâce à Ariane 6, l’Europe et la France ont leur propre accès autonome à l’espace à nouveau», s’est alors réjoui David Cavaillolès, président exécutif d’Arianespace.
Ce satellite rejoint deux autres modèles identiques : CSO-1 également à 800 km d’altitude et lancé en 2018 et CSO-2 à 450 km d’altitude et lancé en 2020. Grâce à ces trois satellites, les armées françaises seront capables d’obtenir des photos des zones de crise ou d’intérêt militaire sur la Terre avec une extrême haute résolution. De tels satellites sont capables par exemple d’identifier un missile sur une base de tir militaire.
Une cadence à terme de 9 à 10 tirs par an
Il s’agissait d’un vol avec un enjeu majeur pour l’Europe spatiale qui souhaite retrouver pleinement son autonomie d’accès à l’espace. Pour cela, il fallait absolument transformer l’essai après la réussite du tir inaugural intervenu le 9 juillet 2024. Avant cette date, l’Europe s’était retrouvée sans lanceurs disponibles suite à l’arrêt programmé d’Ariane 5 et de l’indisponibilité des fusées de moyennes capacités Vega C clouées au sol. Elle ne pouvait non plus faire appel à des fusées Soyouz depuis le déclenchement de l’invasion de l’Ukraine par la Russie.
Pour Arianespace, en charge de la commercialisation du lanceur, il faut maintenant enchainer les campagnes de lancement pour ne pas trop faire attendre ses clients. La société compte déjà une trentaine de lancements dans son carnet de commandes. «Pour nous, le but c'est d'aller très vite dans la montée en puissance pour satisfaire cette demande et être capable de signer de nouveaux contrats», explique David Cavaillolès.
La société doit encore réaliser quatre lancements en 2025… concentrés sur le second semestre de l’année. «Nous étions prêts à faire un second lancement plus tôt, mais les satellites n'étant pas disponibles, on doit attendre le second semestre pour faire la deuxième Ariane 6», précise le président exécutif d’Arianespace qui juge le calendrier ambitieux mais réaliste. A titre de comparaison, il avait fallu 5 ans à Ariane 5 pour atteindre la cadence de 4 tirs par an.
L’objectif pour Ariane 6 est d’atteindre la cadence de tirs de croisière, soit 9 à 10 missions par an, dès que possible. Le premier tir avec la version la plus puissante d'Ariane 6 équipée de 4 boosters est programmée avant la fin de l'année 2025. Il s'agira de mettre en orbite des mini satellites de la constellation Kuiper d'Amazon.



