Ariane 6 entre dans le vif du sujet. Ce lundi 3 mars, à 13h24 heure de Kourou (17h24 heure de Paris), la fusée européenne devrait décoller pour réaliser sa première mission commerciale. Elle doit mettre sur orbite le satellite d’observation militaire CSO-3 des armées française à 800 km d’altitude. Si tout se passe comme prévu, la mission, entre le décollage et la séparation du satellite, doit durer une heure et six minutes.
L’ESA (agence spatiale européenne), ArianeGroupe et sa filiale Arianespace ainsi que le CNES… Tous les acteurs de la task force Ariane 6 retiennent une nouvelle fois leur souffle. La précédente fois, c’était le 9 juillet dernier quand le lanceur européen avait réussi pour la première fois à décollé de son pas de tir pour son vol de démonstration.
Le lanceur avait alors prouvé qu’il était techniquement au point. Les équipes de l’ESA avaient ainsi validé sa capacité à s’extraire parfaitement de l’attraction terrestre et son comportement en vol. «Un vol inaugural est l'aboutissement d’un immense projet pour lequel des milliers de personnes ont travaillé sans relâche pendant des années», s’était alors félicité le directeur général de l’ESA, Joseph Aschbacher. Les enjeux pour ce nouveau tir ne sont pas moindres. «C’est un lancement à fort enjeu, souligne Lionel Suchet, président par intérim du CNES. Le premier enjeu, c’est de transformer l’essai qui a été marqué lors du tir inaugural et montrer qu'Ariane 6 est commercialisée, qu’elle réalise des tirs pour des clients».
Un carnet de commandes déjà plein
Ce jalon passe notamment par un transfert d’activités entre les agences spatiales d’une part et les acteurs industriels d’autre part. Pour cette mission, c’est désormais ArianeGroup et Arianespace qui sont aux commandes et qui sont pleinement responsables des opérations, des moyens sols et de l’ensemble du système de lancement.

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Avec ce tir, Ariane 6 doit aussi prouver qu’elle tient sa promesse de garantir l’accès autonome à l’espace pour l’Europe. «On ne peut pas avoir une politique spatiale si on n’a pas d’accès autonome à l’espace. Sans ça, on est une puissance de deuxième rang dans ce domaine, précise encore Lionel Suchet. La souveraineté, c'est vital pour avoir une politique spatiale. En tout cas, c'est la voie que la France pousse». À tel point même que les forces françaises ont patienté trois ans pour lancer leur satellite espion plutôt que de faire appel à un lanceur non européen.
Avec ce tir, les lanceurs de la famille Ariane espèrent réussir leur retour aux affaires. Sur le marché des lancements en concurrence, Ariane 6 doit montrer qu’elle est compétitive face aux autres lanceurs du marché. Face à la fusée de SpaceX d’abord, mais aussi face à des nouveaux concurrents comme la fusée New Glenn de Blue Origin soutenue financièrement le fondateur d’Amazon Jeff Bezos.
Une alternative à la domination de Space X
Deux fois moins cher à produire qu’Ariane 5, mais toujours plus chère que la fusée de Space X, Ariane 6 a des atouts à faire valoir. Le nouveau lanceur européen est particulièrement adapté pour mettre en orbite les constellations de centaines, voire de milliers de satellites grâce au moteur plusieurs fois réallumable de son étage supérieur.
Cela avait convaincu Amazon en 2022 de signer un contrat majeur avec Arianespace et d’acheter 18 Ariane 6 pour mettre en orbite une partie des satellites de sa mega constellation Kuiper. D’autres clients sont également séduits : avant même son premier tir commercial, Ariane 6 a été commandée à 30 exemplaires !
Paradoxalement la domination de Space X et le renforcement des liens entre son patron Elon Musk et le président des États-Unis Donald Trump, pourraient être favorable à la fusée européenne. «Les clients opérateurs, surtout par les temps qui courent, n'aiment pas – ils n'ont jamais aimé d’ailleurs – mais aiment de moins en moins être pieds et poings liés avec un seul lanceur et une seule capacité de lancement», analyse Lionel Suchet, du CNES. En cas de réussite du premier tir, Arianespace devra enchaîner. Cinq lancements d’Ariane 6 sont prévus en 2025. La filiale d’ArianeGroup envisage de pouvoir atteindre la pleine cadence à Kourou, soit jusqu’à 10 tirs par an, dès 2027.



