Enquête

ArcelorMittal ajoute 1,7 milliard d'euros d'investissements pour Dunkerque et Fos à son plan acier vert

Pour lancer ses projets d’acier décarboné standardisé en Europe, le groupe sidérurgique attend les aides publiques et cherche à sécuriser ses approvisionnements en énergie. En France, il va pouvoir compter sur le plan France 2030 pour soutenir un investissement de 1,7 milliard d'euros sur ses sites de Dunkerque et Fos-sur-Mer.

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ArcelorMittal
Les projets d’acier zéro émission d'ArcellorMittal commencent à prendre forme, et à trouver leurs financements.

Dix milliards de dollars. C’est le montant des investissements qu’ArcelorMittal veut réaliser sur ses sites de production pour réduire de 35 % ses émissions de CO2 d’ici à 2030 en Europe, puis atteindre la neutralité carbone en 2050 au niveau mondial sur ses scopes 1 et 2 (production et énergie). Premier producteur européen, le groupe, qui compte 168 000 salariés et a réalisé 53,2 milliards de dollars de chiffre d’affaires en 2020, pourrait investir 35 % de ce montant d’ici à 2025, si les aides d’État, validées par Bruxelles, suivent. Il faudrait qu’elles couvrent 50 % des dépenses, estime ArcelorMittal.

La chasse aux subventions publiques est ouverte et elle est cruciale. Même dans les pays comme l’Espagne et la Belgique, où des projets concrets d’acier zéro émission de l’ordre du milliard d’euros ont été officiellement présentés car s’insérant dans des politiques publiques, aucune décision ferme d’investissement n’est encore prise. «Nous avons des projets industriels bas carbone partout. Vu le prix du carbone, un site qui n’a pas de projet d’acier vert ne pourra pas survivre. Mais nous attendons aussi une clarification sur les financements pour commencer», explique Stéphane Tondo, membre de l’équipe Climate Action d’ArcelorMittal. Quitte à retarder la communication sur les projets, comme en Pologne ou en France.

Sécuriser l’approvisionnement en énergie verte

Mais les discussions avec le gouvernement français ont avancé. ArcelorMittal annonce ce 3 février qu'il va investir 1,7 milliard d'euros pour installer une unité de réduction directe à l’hydrogène (DRI-H2) d'une capacité de 2,5 tonnes d'acier par an couplée à un four électrique innovant ainsi qu'un four électrique à arc pour le recyclage de l'acier, sur son site de Dunkerque (Nord). Il va également installer un four électrique à arc sur le site de Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône) pour augmenter sa production d'acier recyclé. Ces nouveaux équipements, qui doivent être mis en service en 2027, permettront de remplacer deux des trois hauts-fourneaux de Dunkerque et un des deux de Fos. «On va créer en capacité décarbonée l’équivalent de ce que l’on va désinstaller», précise Eric Niedziela vice-président action climat d’ArcelorMittal Europe et président d’ArcelorMittal France.

Via le plan France 2030, le gouvernement a en effet réservé une enveloppe de 4 milliards d'euros sur cinq ans pour soutenir la décarbonation des 25 sites industriels qui concentrent les 40% des émissions industrielles françaises, dont ceux d'ArcelorMittal. Ils pourront bénéficier d'un mécanisme de contrat carbone pour différence ("CCFD", carbon contract for difference en anglais, assurant un prix minimum garanti du carbone via le paiement de la différence si le prix réel du marché passe sous un certain seuil) basé sur la tonne de CO2 évitée. Ses modalités restent à définir. Les investissements annoncés permettront à ArcelorMittal de réduire d’ici 2030 de 7,8 millions de tonnes de CO2 ses émissions (40 %), soit 1,8% des émissions de la France, a calculé Matignon.

Le volet énergétique est l’un des éléments les plus importants car c’est l’un des facteurs de risque les plus élevés. Nous étudions toutes les options pour sécuriser nos approvisionnements en énergie.

—  Stéphane Tondo, membre de l’équipe Climate Action d’ArcelorMittal

Convertir un site à l’acier vert nécessite, outre le financement, d’en sécuriser aussi l’approvisionnement en gaz, en hydrogène vert et en électricité décarbonée, renouvelable ou nucléaire. La consommation électrique d’ArcelorMittal devrait être multipliée par 2,5 en Europe. « Le volet énergétique est l’un des éléments les plus importants car c’est l’un des facteurs de risque les plus élevés, reconnaît l’expert d’ArcelorMittal. Nous étudions toutes les options pour sécuriser nos approvisionnements en énergie. Mais la situation est différente dans chacun des pays où nous opérons. »

Le nucléaire, atout français

Si la France a, selon son expert climat, « une carte à jouer avec le nucléaire pour produire de l’hydrogène bas carbone », le groupe a préféré s’allier à Air liquide pour monter les dossiers de demande d’aides d’État sur l’hydrogène vert et se félicite de l’inclusion du nucléaire et du gaz dans la taxonomie verte européenne. Cela va permettre à la France et à l’Allemagne, où ArcelorMittal a déjà un DRI au gaz naturel à Hambourg qu’il veut convertir à l’hydrogène, d’y décarboner son acier (71,5 millions de tonnes produites, dont 34 millions en Europe). Ce sera plus facile en Espagne, où un programme d’hydrogène vert est déjà lancé, et en Belgique, où ArcelorMittal, même s’il utilisera d’abord du gaz dans une nouvelle DRI, travaille déjà avec des fournisseurs d’hydrogène en mer du Nord pour sécuriser ses besoins par la suite.

Au Canada aussi, le groupe a présenté un projet d’acier décarboné grâce à un soutien public sur l’électricité verte. Mais il sait bien que c’est en Europe que la transition va démarrer. «Sur d’autres marchés, nous sommes confrontés à une situation où le fait d’être les premiers à agir nous rendrait non compétitifs. Pour fixer nos objectifs, nous partons du principe que les progrès dans les autres régions du monde auront au moins cinq ans de retard sur l’Europe », a expliqué Aditya Mittal, le PDG d’ArcelorMittal, lors de la présentation de la nouvelle stratégie climat du groupe. Établie en collaboration avec l’initiative Science Based Target, elle fixe une trajectoire chiffrée jusqu’en 2030.

Image d'illustration de l'articleL'Usine Nouvelle
Carte acier vert ArcelorMittal Carte acier vert ArcelorMittal

© L'Usine Nouvelle

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