Reportage

Les ambitions d’ArcelorMittal à Dunkerque pour atteindre la neutralité carbone

Pour diminuer son empreinte carbone, ArcelorMittal, premier producteur d’acier au monde, a dévoilé ses projets pour son plus grand site de France, situé à Dunkerque. Au programme, des investissements lourds que le sidérurgiste ne compte pas supporter seul.

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Vue Hauts-fourneaux
Le site d'ArcelorMittal à Dunkerque vise une réduction d'un tiers de ses émissions de CO2 d'ici 2030.

Face au site d’ArcelorMittal à Dunkerque (Nord), on ne peut être que submergé par les dimensions herculéennes des installations rouges ocre de la plus grande aciérie de France. Pourtant, il se peut que le site soit amené à s’agrandir dans le cadre des projets d’ArcelorMittal, qui s'affiche désormais en croisade contre le CO2.

Il pourrait ainsi accueillir des installations dédiées à l'hydrogène, un hub d’entreprises autour du CO2 liquéfié et multiplier par trois sa surface de dépôt de ferrailles à recycler.

Ces visions renvoient au projet dévoilé le 27 octobre par le numéro un mondial de l'acier sur sa stratégie à l’horizon 2030 pour réduire d'un tiers ses émissions à Dunkerque. Cet objectif s’inscrit dans le plus vaste programme d’ArcelorMittal Europe visant à produire 30 000 tonnes d’acier décarboné en 2020 avant de respectivement grimper à 120 000 en 2021 puis 600 000 tonnes en 2022. Bien que modestes à côté des 6 millions de tonnes d’acier produites par le seul site de Dunkerque, ces avancées demeurent bienvenues pour l’industrie de la sidérurgie, qui pèse pour 5% des émissions mondiales de CO2.

Recycler, capturer, innover

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Il n’existe pas de remède miracle pour décarboner une des industries les plus polluantes au monde. C’est pourquoi le site de Dunkerque multiplie les approches pour diminuer par tous les moyens son empreinte carbone. Un des trois axes s’oriente sur recyclage, une manne ignorée, au vu des millions de tonnes de ferrailles qui sont exportées de France et d’Europe. Le site de Dunkerque souhaite en récupérer un million et ainsi doubler sa production d’acier recyclé. A la clé : -8% d’émissions en 2030.

Dunkerque-ParcFerraille-11
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Ci-dessus, le parc de ferrailles du site de Dunkerque, destinées à être recyclées. Tous les crédits photo : ArcelorMittal.

Le deuxième grand projet d’Arcelor à Dunkerque consiste à capter une partie des 11 millions de tonnes de CO2 qu’il émet (soit l’équivalent du bilan carbone du transport de 5,5 millions de français) et de le liquéfier. Ce CO2 liquéfié sera dans un premier temps destiné à un enfouissement sous-marin, mais Arcelor Dunkerque voit un grand potentiel de valorisation, notamment en bioéthanol et kérosène. Le site souhaite créer à proximité de son usine un hub d’entreprises et de partenaires qui réutiliseront cette matière première. Impact de la capture du CO2, selon lui : - 8% d’émissions.

L’aciérie mise enfin sur l'innovation dans ses hauts fourneaux, responsables de 71% des émissions du site. Deux idées sont proposées : réutiliser du monoxyde de carbone qui s’échappe des différentes installations (hauts-fourneaux, aciérie, etc.) pour le réinjecter, réduisant ainsi la quantité de combustible nécessaire. Cette innovation sur la circularité du carbone est baptisée Smart Carbone. La deuxième transformation renvoie au processus de réduction directe (DRI) en alimentant le haut fourneau en hydrogène. Ce gaz a la capacité de réduire le fer en ne rejetant que de l’eau. Réduction attendue des émissions : - 17%.

ACIERIE SORTIE COULEES CONTINUES - AMF DK -
ACIERIE SORTIE COULEES CONTINUES - AMF DK - ACIERIE SORTIE COULEES CONTINUES - AMF DK -

Des usines d'ArcelorMittal sortent ces produits semi-finis : les brames d'acier.

Des coûts colossaux et un plaidoyer pour financer ces projets

Pour l’heure, ces projets nécessitent d’être concrétisés car le financement demeure l'obstacle principal pour dépasser le stade actuel de prototype et démarrer la production d’acier vert à grande échelle. Le groupe ArcelorMittal évalue à la louche ces investissements mondiaux entre 15 et 40 milliards d’euros selon les filières (Smart Carbone, DRI), sans compter les coûts des infrastructures d'énergie verte et hydrogène, qui pourraient s'élever à plusieurs centaines de milliards d’euros.

Des coûts qu'ArcelorMittal n'entend pas supporter seul. "Nous avons besoin d’autres acteurs pour atteindre la neutralité carbone, sinon, on ne trouvera pas de solution", estime Dominique Pair, le directeur de l'aciérie de Dunkerque. Il fait ainsi référence au plaidoyer du groupe auprès de l’Europe et des Etats pour soutenir la filière. Le groupe plaide premièrement pour une révision du système de quotas carbone européen, qui favorise la concurrence des aciers importés, exempts de taxes, et alourdit le prix de l'acier vert européen. Deuxièmement pour une participation européenne aux financements de la décarbonation. Ces investissements sont "gigantesques, pas forcément rentables, mais nécessaires", insiste Dominique Pair.

Objectif zéro émissions pour 2050

ArcelorMittal se fixe pour objectif d’atteindre la neutralité carbone en 2050. Le pari est ambitieux, mais le site de Dunkerque a déjà réalisé des améliorations concrètes ces dix dernières années en réduisant ses émissions d’environ 25% alors que la production augmentait. L’usine émet aujourd’hui 1,8 tonne de CO2 par tonne d’acier produit, contre 2,2 tonnes il y a cinq ans.

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