Les industriels de l’armement devraient être rassurés. Non, l’Etat n’est pas en train de réduire la voilure en matière d’investissement de défense. Les acteurs de la filière défense étaient de plus en plus nombreux à s’inquiéter du faible niveau de commandes passées par la Direction générale de l’armement (DGA) depuis le début de l’année. En mai dernier, Guillaume Faury en tant que patron de la filière aéronautique, s’était publiquement inquiété du faible niveau des commandes étatiques dans le domaine de l’aéronautique militaire.
Sous pression, Emmanuel Chiva, le délégué général à l’armement, a tenu à faire une mise au point face aux élus de l’assemblée nationale le 25 juin. Il fallait bien expliquer le décalage entre la volonté sans cesse réaffirmée de l’Etat d’augmenter le budget de la défense et la réalité telle qu’elle pouvait être perçue par les entreprises. «La loi de programmation militaire (LPM) est respectée. Il n’y a pas eu d’annulation de crédit», s’est-il voulu rassurant, chiffres et explication à l’appui. Ainsi cette loi prévoit de porter le budget annuel des armées à 67 milliards d’euros en 2030, contre 50,5 milliards en 2025.
Des négociations avec les industriels ininterrompues
Pourquoi ce vent de panique chez les industriels ? La raison est tout bête : la censure du gouvernement. «Cela a (eu) des conséquences sur le calendrier d’exécution du budget. Au lieu d’engager des crédits au début de l’année, le vote tardif du PLF 2025 n’a permis à la DGA de les engager que depuis le mois de mars 2025. Ce décalage temporel est en cours de rattrapage. Les négociations des contrats avec les industriels ne se sont jamais arrêtées», a-t-il encore expliqué.
Le rattrapage serait même déjà bien avancé. D’une part au niveau des commandes. A fin juin 2025, le ministère des armées avait passé pour 4 milliards d’euros de nouvelles commandes, montant qui avait été atteint dès fin mai en 2024. Ces transactions ont principalement concerné les études sur le standard F5 du Rafale (Dassault Aviation), le programme de véhicules blindés Scorpion (KNDS), le développement de nouvelles radios militaires Contact (Thales) ainsi que la production accélérée des bombes AASM pour le Rafale (Safran). Ce retard sera toutefois vite résorbé. «D’après nos prévisions, nous serons fin aout à 1 milliard d’euros au-dessus du niveau de commande de l’année passée», assure la DGA.
Les paiements aux industriels s'accélèrent également. Les commandes passées depuis le début de l’année ont donné lieu à 12 milliards d’euros de paiements en 2025, soit 2 milliards d’euros de plus par rapport à l’année 2024 et 2023 à la même période. «Concrètement, la DGA paye entre 50 et 70 millions d’euros par jour ouvré», précise Emmanuel Chiva.
Les grands donneurs d'ordres sous surveillance
Ce retard à l’allumage a contraint la DGA à fixer des priorités pour soutenir les acteurs les plus fragilisés. Les paiements sont ainsi allés d’abord vers les secteurs qui alimentent un tissu de PME et d’ETI notamment actives dans les domaine de la cyberdéfense, des télécommunications et du maintien en condition opérationnelle des équipements ainsi que vers les activités qui irriguent un tissu d’acteurs locaux dans le segment des infrastructures et de la maintenance.
La DGA a rappelé les grands maîtres d’œuvre industriels de la défense, les principaux bénéficiaires de ses commandes, à leur responsabilité. A eux de décliner auprès de leurs sous-traitants une visibilité ainsi que des conditions de paiement et de contractualisation similaires à celles que leur offre la DGA. «Quand nous faisons des contrats pour 5 ou 7 ans avec les grands donneur d’ordres, il n'est pas normal que ça se décline en contrat de 6 mois pour les sous-traitants», précise-t-on à la DGA.



