C’est l’un des 41 projets retenus par le Fonds européen d’innovation pour aider l’industrie européenne à se décarboner, et qui vont se partager une enveloppe de 3,6 milliards d’euros. Sur la plateforme chimique du GIE Osiris des Roches-Roussillon, à Salaise sur Sanne (Isère), la start-up Elyse Energy veut construire une unité de production de 150 000 tonnes d’e-méthanol, à base d’hydrogène vert et de CO2 capté dans l’industrie. Le projet, baptisé eM-Rhône, coutera 700 millions d’euros. La concertation préalable doit démarrer début 2024 pour un début de construction en 2025 et une mise en service industrielle en 2028 avec, à la clé, la création de 80 emplois.
Aujourd’hui produit à base de gaz naturel importé de Trinitad et Tobago, d’Égypte ou de Malaise, le méthanol est utilisé dans l’industrie chimique pour produire notamment des protéines pour l’alimentation animale. «Son marché a été multiplié par deux en 15 ans, c’est aujourd’hui la deuxième commodité la plus transportée par mer après le pétrole, remarque Benoit Decourt, cofondateur d’Elyse Energy. 150 000 tonnes, cela représente un quart du marché en France.» Si le transport maritime l’adoptait pour se décarboner, «50 000 tonnes permettraient à un ferry de relier la France à la Corse pendant un an, estime-t-il. Mais nous visons une répartition entre différents marchés, chimie et transport ».
Elyse Energy n’en est pas là. Comme pour son grand projet d’un milliard d’euros pour produire du carburant aérien durable (CAD) à partir de bois et d’hydrogène vert dans le bassin de Lacq (Pyrénées-Atlantiques), si la start-up a trouvé le terrain et l’appui d’investisseurs, il lui reste encore à sécuriser ses approvisionnements en matières premières et en énergie. Pas si simple.
Du CO2 capté chez Lafarge
«La partie approvisionnement de CO2 n’est pas encore calée. On se concentre sur 2 types de sources : soit du carbone biogénique capté à proximité de la plateforme chimique, comme des chaufferies biomasse ou des incinérateurs, soit du CO2 capté sur les processus industriels, comme la calcination du ciment», explique Benoit Decourt. Pour le projet eM-Rhône, une partie des 213 000 tonnes de CO2 nécessaire à la synthèse de 150 000 tonnes de méthanol (CH3OH) pourrait être fournie par la cimenterie Lafarge du Teil Blanc, en Ardèche, à une centaine de kilomètres au sud. Le transport du CO2, sous forme liquide, se ferait par train jusqu’à la plateforme. Mais le cimentier n’en est encore qu’aux études de faisabilité.
Le plus épineux reste la production des 29 000 tonnes d’hydrogène vert par an. Comme tous les industriels, Elyse Energy est dans le plus grand flou concernant les coûts et la disponibilité d’électricité décarbonée en France. «La clé n’est pas tellement d’obtenir des subventions au capex, mais d’avoir de l’électricité pour nos projets, avance Benoit Decourt. Il faut clarifier le cadre post-Arenh[accès régulé à l'électricité nucléaire historique, ndlr] et nous garantir de l’électricité bas carbone a des prix compétitifs sur le long terme. C’est ce qu’on attend des pouvoirs publics.» Si le méthanol s’échange entre 400 et 500 euros la tonne aujourd’hui, l’e-méthanol sera entre 2 et 5 fois plus cher. Son prix dépendant principalement de celui de l’énergie utilisée pour le produire. De lui dépendra la possibilité de développer, ou non, cette nouvelle filière en France.



