Il n’y a pas que les acteurs civils et économiques qui s’intéressent à l’exploitation et la protection des océans. Quelques jours après la tenue du One Ocean Summit à Brest (Finistère), c’est au tour des militaires français d’afficher leur intérêt pour ces vastes étendues qui occupent plus des deux-tiers de la surface du globe, et plus particulièrement pour ce qui se passe dans les grands fonds.
La ministre des Armées, Florence Parly, a présenté lundi 14 février une nouvelle stratégie liée à la maîtrise des fonds marins. Comme le cyberespace ou l’espace exo-atmosphérique, les fonds marins seraient également un nouveau terrain de conflictualité suscitant les convoitises. « Les fonds marins sont un nouveau terrain de rapport de force qu’il nous faut maîtriser pour être prêt à agir, à se défendre et, le cas échéant à prendre l’initiative, ou du moins, à répliquer », a considéré la ministre.
Métaux rares et réserves de gaz
Cette stratégie doit permettre de mieux protéger des infrastructures essentielles du pays, comme les installations des sous-marins de la dissuasion. Mais aussi les nombreux câbles sous-marins de télécommunications supportant l’essentiel du trafic internet mondial, ainsi que des infrastructures de transport d’énergie qui alimentent la métropole et l’Outre-mer. « Nous savons que ces câbles sous-marins peuvent aussi être la cible de nations, tentées de surveiller ou de dégrader ces infrastructures sous-marines sensibles », a indiqué la ministre. Par ailleurs, les perspectives liées à l’exploitation de matériaux rares ou de nouvelles réserves de gaz situés au fond des océans, sont déjà une source de tension croissante entre Etats.
Pour mener à bien cette stratégie, il faudra être capable d’assurer des missions de reconnaissance, de surveillance et d’actions en grande profondeur. La ministre a ainsi annoncé l’achat de nouvelles capacités, essentiellement des drones de surveillance AUV (véhicule sous-marin autonome) et des robots ROV télé-opérés (véhicules opérés à distance) capables de plonger à 6 000 mètres de profondeur. Soit une capacité de couvrir 97% des fonds marins.
Développer des technos souveraines
La France a raté le virage des drones militaires : elle ne veut louper celui des drones sous-marins. En l’absence d’offres de la part d’industriels français, les armées vont acquérir des drones et des robots auprès de fournisseurs étrangers pour être opérationnelles dès 2023. « Cela nous permettra d’une part de disposer d’une première capacité de surveillance et d’intervention, et d’autre part de mener des travaux d’évaluation et d’expérimentation pour explorer notre démarche capacitaire », a précisé le Chef d’état-major des armées, le général Thierry Burkhard.
L’objectif reste toutefois de développer une offre souveraine disponible dès 2025 en soutenant les industriels tricolores. «Nous sommes aujourd’hui à un tournant, et il est nécessaire de s’y lancer à pleine vitesse et de motiver encore plus notre industrie à prendre le virage des drones et des robots sous-marins profonds», a insisté la ministre. Des acteurs comme Naval Group, Thales et le groupe ECA devraient être en première ligne de ce défi industriel. En octobre 2021, à l’occasion d’une journée consacrée à la présentation de ses innovations, Naval Group a présenté un démonstrateur de drone sous-marin océanique capable d’embarquer des armements et de naviguer en autonomie.
Mise à niveau de l'arsenal sous-marin
La dépendance de la France pour la fourniture de ces systèmes capables de scruter les fonds des océans avait été mise en lumière au moment de la localisation le 21 juillet 2019 de la Minerve. Il y a plus de 50 ans, ce sous-marin français avait disparu avec son équipage. Il avait fallu faire appel à un prestataire américain pour retrouver précisément le navire à 2 350 mètres de profondeur à une quarantaine de kilomètres des côtes de Toulon. Or, ce type de recherche est toujours d’actualité : en témoignent les récents crash, celui d’un F35 britannique en mer Méditerranée et celui d’un autre F35 américain en mer de Chine. La récupération de ces appareils en grande profondeur, avait donné lieu à une course à laquelle ont pris part d’autres nations, selon la ministre des Armées.
La France a déjà commencé à mettre à niveau son arsenal sous-marin. La Direction générale de l’armement a réceptionné en fin d’année dernière un prototype de système de lutte anti-mines de nouvelle génération. Ce système à base de drones de surface et de drones sous-marins évite d’exposer inutilement la vie des plongeurs-démineurs. ECA Group (la société Études et constructions aéronautiques) réalise les drones sous-marins équipés de sonars Thales. Toutefois, ils ne sont pas capables de plonger à plus de 300 mètres de profondeur. Les quatre premiers systèmes de drones de série seront livrés d’ici à 2024



