On croyait Apple relativement préservé de la pénurie de puces en raison sa puissance d'achat et de ses liens étroits avec ses fournisseurs. Mais la crise a pris une telle ampleur cette année que le géant californien est à son tour touché. C’est-ce que révèle un article de Bloomberg. Le cours de l’action d’Apple sur la Bourse de New York est en repli de 1% après la publication de cette information.
Apple n’est que le troisième vendeur mondial de smartphones derrière Samsung et Xiaomi. Mais il s’impose comme le plus gros consommateur mondial de puces, avec une valeur de consommation de 53,6 milliards de dollars (46 milliards d'euros) en 2020, selon le cabinet Gartner, soit près de 12% de la production mondiale. Il fait appel à plus de 60 fournisseurs de semi-conducteurs des quatre coins du monde, dont les européens AMS, Bosch, Infineon Technologies, NXP ou encore STMicroelectronics.
Des composants sur-mesure
Le modèle d’Apple est considéré comme le plus résilient face à la pénurie actuelle de puces. Les raisons tiennent à sa puissance d’achat, son modèle industriel intégré et ses liens étroits avec ses fournisseurs. Apple assure une part croissante de ses besoins (17,5% en 2020 selon Gartner) grâce à des puces développées en interne et fabriquées chez des fondeurs comme le taïwanais TSMC.
Pour ses achats à l’extérieur, il privilégie des composants sur-mesure sur les composants standards. Une façon de se différencier de la concurrence et de garantir des sources d’approvisionnement dédiées. Le problème viendrait-il alors de TSMC, son fondeur attitré de puces, qui fabrique les processeurs au cœur de ses iPhone, iPad et MacBook ?
François Francis Bus, un ancien de Texas Instruments, auteur du livre A l’époque où les puces font leurs lois, n’y croit pas. « Apple est le client le plus important de TSMC, explique-t-il à L’Usine Nouvelle. Il lui apporte les plus gros volumes, lui donnant un sacré avantage sur Samsung en matière de maturation technologique et de rendement de production. Je suis sûr que TSMC fait tout pour éviter à Apple des difficultés d’approvisionnement.»
Apple a représenté 25% du chiffre d’affaires de TSMC en 2020, et ce poids a toutes les chances d’augmenter en 2021 avec la poursuite de la migration des Mac, des processeurs d’Intel vers des processeurs conçus en interne, sur la base de la technologie de la société britannique ARM.
Broadcom et Texas Instruments
Selon Bloomberg, le problème d’Apple proviendrait de deux fournisseurs américains : Broadcom et Texas Instruments. Le premier fournit notamment le composant de communication wifi et Bluetooth, la puce de gestion de la recharge sans fil et des filtres du frontal radiofréquence. Il a la particularité d’être une société « fabless », c’est-à-dire sans usine, reposant pour la fabrication de ses produits presque entièrement sur des fondeurs de puces. Avec l’embargo américain, qui frappe son fondeur chinois SMIC, il a dû se réorienter vers d’autres prestataires. Pas simple dans le contexte actuel, où les capacités de fonderie sont toutes saturées.
Texas Instruments fournit à Apple plusieurs circuits analogiques et de gestion de l’alimentation. Il se distingue par son modèle « fablite » qui le conduit à sous-traiter la fabrication de tous ses circuits numériques auprès de fondeurs de puces, pour ne produire en interne que les circuits analogiques.
Deux usines fermées
« Juste avant la crise du Covid-19, Texas Instruments a fermé deux usines de fabrication de puces sur des plaquettes de 200 mm au Texas, rappelle François Bus. Il s’est ainsi amputé d’une capacité de production qui aurait pu aujourd’hui lui éviter les difficultés de fourniture à des clients importants comme Apple. » Il a tenté de corriger l'erreur en rachetant en juillet 2021 une usine à Micron Technology. Mais trop tard, car il faut du temps pour reconvertir cette usine de fabrication de puces mémoires sur plaquettes de 300 mm à la production de circuits analogiques. Il n'est pas clair si les composants que Texas Instruments peine à fournir à Apple sont fabriqués en interne ou chez des fondeurs de puces.
Apple prévoyait de produire cette année 90 millions d’iPhone 13, ce qui ferait de ce nouvel iPhone le plus grand succès. La pénurie de puces le contraindrait à abaisser cet objectif de 10 millions d’unités, selon Bloomberg. Ce qui serait une mauvaise nouvelle pour ses autres fournisseurs de puces, comme le franco-Italien STMicroelectronics.
Selon des informations recueillies par L'Usine Nouvelle auprès d'une source interne, Apple a récemment augmenté ses commandes de puces auprès de TSMC en attente de ventes d'iPhone 13 supérieures aux prévisions initiales. TSMC serait embarrassé car il a réservé ses capacités de production à d'autres clients. S'il veut satisfaire Apple, il devra revenir sur ses engagements pour d'autres clients.



