Après des mois de suspense insoutenable pour les 780 salariés de l’usine de Reichshoffen (Bas-Rhin), la nouvelle est tombée aujourd’hui jeudi 24 novembre, dans un communiqué du géant Alstom. C’est l’espagnol CAF qui a coiffé sur la ligne le tchèque Skoda pour la reprise du site alsacien. Une bonne nouvelle pour les salariés, qui privilégiaient cette solution. "Skoda, ce sont des francs-tireurs. Ils n’ont aucune implantation en Europe de l’Ouest. Ils font peur aux clients d’Alstom, indiquait il y a quelques semaines à l’Usine Nouvelle Claude Mandart, délégué syndical central CFE-CGC d’Alstom. CAF, c’est différent. Ils sont connus. Je vois bien CAF être désigné en fin d’année."
Alors que la vente à Skoda semblait quasiment acquise au printemps dernier et que CAF semblait hors-jeu, les négociations ont échoué. Bruxelles a accordé un délai supplémentaire, alors que la date limite était au départ fixée à la fin juillet. La cession de ce site ferroviaire historique faisait partie des exigences de l’Autorité de la concurrence européenne pour valider le rachat de Bombardier Transport par Alstom ainsi que ses plates-formes Coradia Polyvalent et sa plate-forme Talent 3, actuellement développée à Hennigsdorf, en Allemagne. La clôture de la transaction est prévue entre avril et septembre 2022.
Face à la fragilité du dossier Skoda, et en l’absence d’autres candidats, l’Europe a demandé à Alstom de réintégrer CAF dans les négociations. "Nous sommes intéressés par Reichshoffen, c’est une très bonne usine avec une très bonne équipe, mais le sujet majeur est la charge de travail pour les prochaines années, confiait Alain Picard, directeur général de CAF France, à l’Usine Nouvelle, en septembre dernier. Nous sommes intéressés, mais cela ne se fera pas au détriment de notre plan d’investissement sur Bagnères-de-Bigorre [et l’ouverture d’un bureau d’études pour l’ingénierie à Toulouse]. Nous restons raisonnables car nous ne pouvons pas reprendre une usine qui aurait un problème de charge."
Reichshoffen produit des trains régionaux avec un plan de charge jusqu’en 2024-25 et assure des contrats de rénovation pour la RATP. Ensuite, il devrait produire le Charles-de-Gaulle-Express et les trains Regiolis électrique/hydrogène.
CAF va investir 25 millions d’euros à Bagnères-de-Bigorre
La reprise de l’usine alsacienne était conditionnée à la reprise d’une partie du site d’Henningsdorf de Bombardier en Allemagne et à ses plateformes de trains régionaux Coradia Polyvalent et Talent 3. Cette dernière prévoyait notamment un contrat cadre avec l’opérateur ferroviaire autrichien OBB, mais l'accord a été annulé en raison d’un certain nombre de problèmes techniques et Bruxelles a limité la cession à la reprise d’une cinquantaine d’ingénieurs. Raison qui a aussi poussé CAF à revenir dans la course.
L’espagnol CAF possède déjà un site en France, à Bagnères-de-Bigorre (Hautes-Pyrénées), qui doit bénéficier de 25 millions d’euros d’investissements pour produire les futurs Intercités (trains d’équilibre du territoire, selon la nouvelle dénomination). Les travaux vont commencer en 2022. Et CAF France prévoit d’embaucher 200 à 300 personnes dans les quatre prochaines années.



