L'usine alsacienne de Reichshoffen, qui produira les stratégiques TER à hydrogène d'Alstom, passera sous pavillon étranger

Selon les informations de l’intersyndicale de l’usine alsacienne Alstom de Reichshoffen, deux repreneurs étrangers seraient en lice, avec un favori Skoda. Alstom laisserait une partie de la production des trains à hydrogène au futur acheteur.

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train à hydrogène Alstom
Alstom cèdera une partie de la production des trains à hydrogène au repreneur du site de Reichshoffen.

Pionnier du train à hydrogène, Alstom serait prêt à laisser une partie de la production au futur repreneur de l’usine de Reichshoffen, dans le Bas-Rhin.

Bien entendu, le constructeur français garderait la main sur cette technologie en produisant la motorisation. Le site alsacien produirait les TER, notamment l’assemblage.

Une telle perspective n’enchante pas les syndicats qui considèrent que l’activité serait insuffisante pour les 780 salariés du site. La direction d'Alstom rappelle que "le carnet de commandes est rempli pour quatre ans avec les TER mais aussi les futures rames du Charles-de-Gaulle Express et quelques Coradia pour l'Algérie et le Sénégal".

Alstom, qui a signé le rachat de Bombardier Transport le 16 septembre dernier pour un montant de 5,3 milliards d’euros, s’est engagé, afin d'éviter de se trouver en position de monopole, à céder le site alsacien avec sa plateforme Coradia. L’opération doit être réalisée en juillet 2021 au plus tard.

Inquiétude sur la pérennité du site

"La pérennité du site nous semble compromise par la volonté d’Alstom d’en brider les évolutions possibles, écrit l’intersyndicale (CGT, FO et CFE-CGC) dans un communiqué publié le 13 octobre. En effet, Alstom ne cède pas l’ensemble des droits de cette plateforme et notamment ceux liés à la motorisation à hydrogène pourtant essentiels dans le plan hydrogène annoncé par le gouvernement français début septembre (7 milliards d’investissement). D’autre part, la Commission européenne exige une autonomie du site mis en vente, que ce soit en exploitation et en actifs cédés. Le détourage du site tel qu’il a été décidé par Alstom, ne respecte pas les règles européennes, notamment une nécessaire viabilité et compétitivité des activités cédées. "

Il est aussi évident qu'Alstom, dont les trains à hydrogène sont déjà en service en Allemagne et en Autriche, ne souhaite pas se dépouiller de cette technologie d'avenir. Surtout, la direction rappelle que l'usine de Reichshoffen est spécialisée dans l'assemblage et ne produit ni bogies, ni motorisation. "La production de la chaîne de traction sera réalisée à Tarbes, indique un porte-parole d'Alstom. Nous pourrons aussi fournir les bogies produits au Creusot, par exemple, si le repreneur le souhaite."

L’intersyndicale a rencontré les deux repreneurs potentiels. Exit les Chinois, les Japonais et même les Russes. Reichshoffen restera européen. Il reste, selon ces sources, l’espagnol CAF et le groupe tchèque Skoda Transportation.

Les syndicats soutiennent CAF

Le groupe Skoda, détenu par l’intermédiaire d’un fonds d’investissement (PPF) par un milliardaire tchèque, aurait la préférence de la direction selon les représentants du personnel, qui ne sont pas du même avis et considèrent qu’il serait aussi un concurrent moins dangereux pour Alstom.

La préférence de l’intersyndicale va à CAF qui a déjà une usine en France à Bagnères-de-Bigorre (Hautes-Pyrénées), une "société bien implantée en Europe, avec une force commerciale déjà bien établie en Europe de l’Ouest ainsi qu’en France. Ils sont positionnés sur 28 appels d’offre en France, précise l’intersyndicale. Des engagements bien plus clairs et plus concrets ont été pris par ce groupe, notamment celui de développer et de fabriquer la partie du méga contrat MING (Matériel Interconnexion Nouvelle Génération) pour le RER B en Ile de France, si leur consortium remportait cet appel d’offres dont le résultat est attendu en janvier 2021."

Skoda souhaite s’attaquer au marché d’Europe de l’Ouest à commencer par la France, mais il n’y dispose d’aucune force commerciale et est quasiment absent de tous les appels d’offres. La décision de la direction d'Alstom doit être prise en fin d'année.

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