Quand le "la" est donné par le PDG, les avancées sont rapides. C’est ce qui s’est passé chez Alstom, où Henri Poupart-Lafarge a lancé le mouvement de l'IA générative. «Nous avons déjà une longue expérience de l’intelligence artificielle, rappelle Guillaume Rabier, le vice-président marchés et synergies du groupe. Il y a cinq ans, nous avons commencé à nous en servir pour analyser des textes pour les appels d’offres et la documentation interne, car pour fabriquer un train, il faut des dizaines, voire des centaines de milliers de documents. Et l’IA générative est un accélérateur. Dès mars 2023, nous en avons fait une présentation détaillée au comité de direction.»
Alstom souhaite s’approprier cette technologie pour aider les métiers de l’entreprise à s’en saisir. À commencer par ChatGPT, avec la création d’une version privée et sécurisée ouverte aux collaborateurs et que certains utilisent au quotidien. «Ensuite, nous avons pris des produits sur étagère, prêts à l’emploi, essentiellement chez Microsoft, comme GitHub Copilot.» Mille développeurs en sont équipés, notamment en France et en Inde, mais aussi en Allemagne et en Suède. «Nous sommes en phase d’observation, après la phase de tests.»
Aujourd’hui, environ 150 datascientists, ingénieurs logiciels et gestionnaires de documentation travaillent en interne sur les sujets de l’IA générative. Alstom dispose de quelques solutions open source, de modules comme les sLLM (petits modèles de langage), de moteurs de recherche intelligents provenant de Sinequa ou Google. Sur la partie administrative, l’industriel utilise Teams Copilot, de Microsoft. «Cet outil de productivité dédié aux cadres facilite les interactions et permet de préparer et résumer les réunions, d’optimiser son agenda, avec des traductions dans plusieurs langues, détaille Guillaume Rabier. J’observe le gain dans mes préparations.
De l "'intelligence augmentée"
Pour poursuivre sa feuille de route, Alstom se fait accompagner par Microsoft AI et par des intégrateurs comme Accenture et Capgemini. Il a également développé une proximité avec le monde académique afin de tester des solutions, en particulier la génération augmentée de récupération (RAG), qui étend les capacités du LLM en le connectant à la base de données de l’entreprise pour obtenir des réponses spécifiques, notamment pour les appels d’offres.
À plus long terme, l’IA générative pourrait intervenir dans le design des trains, par exemple en aidant les ingénieurs à concevoir des pièces aux contraintes mécaniques et d’intégration complexes. «Face au bouillonnement technologique, notre rôle d’intégrateur est de sélectionner des technologies éthiques et responsables pour répondre à un cas d’usage métier, explique Guillaume Rabier. Nous misons plutôt sur l’intelligence augmentée que sur l’intelligence artificielle. Nous plaçons l’humain au cœur de la démarche pour aider les collaborateurs et non pas pour les remplacer. Nous essayons aussi d’anticiper les désillusions par rapport à des solutions parfois survendues.» Il est encore un peu tôt pour évaluer les effets de l’IA générative. Gagner 10% en productivité et davantage sur la qualité serait déjà une avancée importante, alors qu’Alstom souffre de nombreux retards de livraison de ses trains.

Vous lisez un article de L'Usine Nouvelle 3731 - Juin 2024



