Reportage

Afyren Neoxy démarre à Carling une usine de chimie verte unique au monde

L’usine d’Afyren Neoxy, coentreprise entre Afyren et Bpifrance, est en phase de démarrage sur la plateforme de Carling-Saint-Avold, en Moselle. Ce projet de 80 millions d’euros, qui crée 60 emplois, est unique au monde. Il s’appuie sur la valorisation de résidus de betteraves pour produire des acides qui n'étaient jusque-là pas disponibles en version biosourcée.

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Procédé biosourcé, émissions carbone divisées par cinq, eau en circuit fermé, aucun déchet, l'usine de chimie verte d'Afyren Neoxy à Carling Saint-Avold (Moselle) n'a pas d'équivalent au monde pour la production d'acides organiques.

Tout est flambant neuf. En amont, quatre imposants fermenteurs de 5500 m3 chacun sont reliés à l’unité d’extraction, de séparation et de purification, formée de hautes colonnes de distillation. C’est ici, au sein de la plateforme chimique de Carling Saint-Avold, en Moselle, que se dresse l’usine Afyren Neoxy, inaugurée officiellement le 29 septembre 2022. L’usine est encore en phase de démarrage, les premiers lots commerciaux sont attendus avant la fin de l’année. Dans les yeux des fondateurs et dirigeants d’Afyren, spécialiste clermontois de la chimie verte, on perçoit de la fierté et un certain sens de l’aboutissement. Dix ans après la création de la société, il s’agit de leur toute première usine. Cerise sur le gâteau: elle n’a pas d’équivalent au monde.

Premiers acides organiques biosourcés

L’usine produit 7 acides organiques, utilisés comme ingrédients dans six grands marchés: arômes et parfums, nutrition animale, alimentation humaine, science des matériaux, sciences de la vie et lubrifiants. Potentiellement, ces productions adressent un marché mondial de 13 milliards de dollars (13,4 milliards d’euros). Mais à la différence des productions actuelles, Afyren a développé un procédé biosourcé. Les fermenteurs sont alimentés avec des résidus d’origine végétale, qui n’entrent pas en concurrence avec l’alimentation. A Saint-Avold, à proximité directe d’un grand bassin européen de betteraves sucrières, la matière première choisie allie la mélasse et la pulpe de betteraves. Dans les fermenteurs, ces résidus sont transformés par des micro-organismes naturels, non-OGM, pour obtenir les acides organiques de même profil et de même qualité que ceux issus de la pétrochimie.

Une usine bas carbone et sans déchet

En plus du procédé biosourcé, l’usine affiche un profil environnemental impressionnant. Elle ne consomme pas d’eau, qui est uniquement utilisée en circuit fermé. Elle ne produit aucun déchet, le seul co-produit obtenu en bout de chaîne étant utilisé comme engrais. Enfin, les émissions de CO2 de l’usine, à travers ses besoins en chaleur et électricité, sont « divisées par cinq par rapport aux procédés actuels », selon Nicolas Sordet. Le directeur général et cofondateur d’Afyren se félicite ainsi de « créer une industrie nouvelle, compétitive et bas carbone ».

Le projet, soutenu par les collectivités locales et régionales ainsi que par TotalEnergies, principal acteur de la plateforme de Carling, a permis de créer 60 emplois et a nécessité 80 millions d’euros de financement, dont environ 20 millions d’aides européennes et une participation équivalente de Bpifrance, à travers son fonds SPI (Société de projets industriels). Actionnaire du groupe, à hauteur de près de 10%, depuis l’introduction en Bourse d’Afyren il y a tout juste un an, Bpifrance détient également 49% des parts d’Afyren Neoxy, la filiale propriétaire de l’usine.

Afyren vise deux usines aux Etats-Unis et en Asie et d'autres capacités en France

Alors que celle-ci n’a pas encore démarré ses productions commerciales, 70% des volumes d’acides organiques sont déjà vendus, à travers « cinq contrats stratégiques conclus avec des clients majeurs - mais confidentiels - sur nos 6 marchés visés », souligne Nicolas Sordet. En parallèle, un contrat avec le groupe Terrial assure déjà à l’usine de vendre la totalité des volumes d’engrais co-produits. En année pleine, Afyren Neoxy table sur un chiffre d’affaires de l'ordre de 35 millions d’euros pour ses productions à Saint-Avold. Toutefois, Nicolas Sordet décrit la capacité actuelle de 16 000 tonnes par an d’acides organiques comme « trop petite pour satisfaire la demande européenne ».

Sur la plateforme, Afyren dispose déjà du foncier suffisant pour doubler les capacités. Et l’entreprise envisage à l’avenir de construire ailleurs en France. Mais la priorité sera d’abord internationale. L’entreprise clermontoise avait annoncé en 2021 son intention de construire deux autres usines, une aux Etats-Unis et une en Asie, à horizon 2024 puis 2028. Ce calendrier reste applicable, assure Nicolas Sordet, précisant que rien n’est encore tranché « même si un scénario se profile, mais il est encore trop tôt pour en parler ».

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