Gilles Trystam, directeur général du Génopole d’Évry (Essonne), se souvient les avoir vus débarquer, ses entrepreneurs, qui, au tournant des années 2010, se sont pressés aux portes du premier biocluster français avec l’idée de produire autrement - de manière plus vertueuse et plus durable - en se reposant sur les connaissances engrangées sur le génome des plantes, animaux et autres micro-organismes.« Si nous voulons lui donner un nom un peu global, nous parlons ici de bioéconomie qui représente un secteur en très grande croissance, avec des études régulièrement réalisées à travers le monde pour montrer les milliards, voire les centaines de milliards de dollars, qui seront attendus dans ce secteur à l’horizon 2023/2040 », explique le directeur.
Toujours compliqué de passer à échelle industrielle pour les projets de biotechs
C’est guidé par l’ambition d’amener les innovations biotechnologiques jusqu’à échelle préindustrielle que le biocluster française se dote, en mai, de deux nouvelles infrastructures, Protopia et GateX, qui visent à mieux accompagner les projets à des étapes clés de développement. La mise en service de ces deux infrastructures vise aussi à s’attaquer à une problématique bien identifiée par le Genopole : « 90 % des projets biotechs cherchant à produire des molécules d’intérêt pharmaceutique, cosmétique ou agroalimentaire par fermentation de précision, échouent lors du passage à l’échelle industrielle », rappelle le biocluster.
Onima transformant la levure de bière en produit riche en protéine, Fungu’it développant des ingrédients aromatiques naturels à partir de coproduits fermentés ou encore Nutropy se servant de la fermentation pour produire des alternatives aux protéines laitières… « Si on est capable de modifier, de sélectionner et d’adapter des souches, il faut pouvoir à un moment les tester – des tests pouvant être réalisés de manière très systématiques dans un environnement robotisé et automatisé – afin d’accompagner une première montée en échelle allant jusqu’à quelques centaines de litres », résume Christophe Lanneau, directeur du département « Recherche et Plateformes » du Genopole. Fabrication, testing, formulation… jusqu’aux produits finaux, les deux nouvelles « briques » du biocluster seront principalement à destination de projets en lien avec la bioproduction dans l’agroalimentaire, les cosmétiques ou encore la santé. « Nous avons voulu construire des infrastructures modulaires et accessibles à différents stades de maturité. L’idée, c’est d’offrir un parcours fluide, de la recherche à l’industrialisation pour éviter que l’innovation scientifique ne reste bloquée au stade de la paillasse », poursuit Christophe Lanneau.
GateX et protopia
GateX, acronyme de Grow And Test avec le « X » [placé en exposant] pour symboliser l’expansion des volumes, est une plateforme de bioproduction permettant aux start-up de valider la robustesse des souches, affiner leur procédé de fermentation, et amorcer l’industrialisation. Se déployant sur une surface de 70 m2, la plateforme comprend un laboratoire de pré-culture, des ateliers de fermentation de précision – les fermenteurs allant à l’heure actuelle jusqu’à 20 litres – ou encore une unité dédié au screening. Des travaux sont actuellement cours pour étendre la plateforme jusqu’à 1200 m2 à l’horizon 2027. Les nouveaux bâtiments comprendront des fermenteurs d’une capacité de plusieurs centaines de litres. « La deuxième chose, c’est d’être capable de montrer que les molécules produites peuvent faire un cosmétique, un fromage… », souligne Christophe Lanneau. C’est à ce stade qu’intervient Protopia, qui se focalise sur la formulation, le test et l'optimisation des ingrédients. Pour la première phase de lancement, l’infrastructure se compose de cinq box privatifs de 10 m2 chacun, d’une cuisine professionnelle ou encore de laboratoires de microbiologie et de culture L2.

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Pour ces deux plateformes, le Genopole a bénéficié du soutien de la région Ile-de-France, qui finance la totalité des équipements. L'investissement représente près de 800 000 euros pour la phase 1 de GateX et 1,5 million d'euros pour Protopia (dont près de 220 000 euros proviennent du Fonds national d'aménagement et de développement du territoire (FNADT)). La seconde « brique » - coût total du projet chiffré à 2 millions d’euros – bénéficie de presque 500 000 euros de fonds propre par le biais d’une revitalisation opérée par le géant de la télécommunication Nokia. La mise en service de ces deux plateformes s’inscrit dans le sillage de deux priorités portées par le programme d’investissement France 2030 : investir dans une alimentation saine, durable et traçable ; produire 20 biomédicaments contre les cancers, les maladies chroniques dont celles liées à l'âge et de créer les dispositifs médicaux de demain.
En connexion avec l'écosystème parisien
Les nouvelles plateformes seront aussi intégrées à l’écosystème environnant et à de nombreux laboratoires de recherche partenaires. GateX et Protopia sont connectés en amont à la biofonderie de Paris, une plateforme automatisée de biologie synthétique, capable de réaliser des cycles rapides de Design/Build/Test/Learn (DBTL). Elle permet de concevoir, de construire et de tester des milliers de systèmes biologiques en parallèle, via la robotisation et l'IA. La plateforme est organisée autour de quatre sites complémentaires : l'assemblage d'ADN à Sorbonne Université, l'ingénierie sur les lignées cellulaires de mammifères à l'institut Curie, les outils informatiques boostés à l'IA fournis par l'institut Micalis (aussi chargé de la production en systèmes acellulaires de la biofonderie) et la partie montée industrielle orchestrée par le Genopole. « La biofonderie est un lieu stratégique où se croisent expertise scientifique, ambitions entrepreneuriales et avancées technologiques. GateX est l’une des briques essentielles permettant de produire par fermentation de précision suffisamment de produit d’intérêt afin de le tester et de le formuler dans Protopia », détaille Julien Picot. En parallèle, les deux nouvelles plateformes se retrouvent bordées par les 18 laboratoires de recherche présents sur le campus du Genopole.
Un partenariat stratégique passé avec l’institut Agro-industrie Recherches et Développements
Le premier biocluster français vient de s'associer, en juin 2025, à l’institut Agro-industrie Recherches et Développements (ARD), installé sur la plateforme de Bazancourt-Pomacle (Marne). Les deux entités ont signé une convention de partenariat de 24 mois renouvelable, combinant expertises et infrastructures, pour proposer une nouvelle offre d’accompagnement vers l’industrialisation pour les acteurs de la bioéconomie. Disposant d'une plateforme d'innovation de renommée internationale au nord de Reims, ARD apportera ses infrastructures techniques avancées, incluant des fermenteurs de différentes capacités, des équipements de prétraitement et de post-traitement, ainsi que des outils d’analyse et de caractérisation des souches et des biomolécules. Finalité : accompagner les acteurs de la bioéconomie, les industriels, start-up biotech et autres laboratoires académiques afin de soutenir l’émergence d’une filière compétitive, fondée sur l’innovation biotechnologique, la valorisation des ressources non fossiles et la souveraineté industrielle. Pour mener cette collaboration, un comité de pilotage paritaire sera mis en place. Il aura pour mission de valider les projets intégrés, de suivre les indicateurs de performance et d’orienter les décisions stratégiques du partenariat. Enfin, l'accord se veut non exclusif : chacune des parties conserve la possibilité de développer d’autres collaborations similaires avec des partenaires tiers. L'occasion concrète de créer des synergies entre les écosystèmes de la région Île-de-France et de la région Grand Est, en mettant en réseau leurs forces respectives en matière d’innovation, d’infrastructure et d’industrialisation.



