L'Usine Nouvelle - Sur 16 participations du SPI, on en trouve pas moins de 7 dans la chimie verte. C’est un axe prioritaire?
Magali Joëssel - Cet engouement pour la chimie verte n’était pas prémédité. Mais ce secteur est apparu dans nos premiers dossiers, avec Evertree et Carbiolice, et a retenu notre attention. Nous avons creusé le sujet, analysé les filières, recherché les opportunités. Nous avions bien en tête le mouvement fin 2010 avec l’effondrement des prix du pétrole qui avait remis en question les projets de chimie verte. Nous ne voulions pas de modèle d’affaires fonctionnant sur des subventions publiques ni de modèles économiques qui reposeraient sur des premiums importants par rapport au prix du pétrole, car cela ne marche pas. On ne fonde pas un modèle économique pérenne de cette manière, il faut que l’entreprise fonctionne en économie de marché et sans premium.
Qu’est-ce qui vous a convaincue?
La chimie verte en France dispose d’un écosystème très favorable. Premièrement, car il y a une diversité de technologies issues de l’excellence universitaire française en ce domaine, beaucoup de start-ups, des efforts de recherche et développement, ainsi qu'une vraie place pour l’industrialisation. Deuxièmement, il existe une disponibilité de matières premières, très diversifiées, avec des co-produits agricoles abondants, non valorisés, et pour lesquels la chimie verte peut constituer un débouché en conformité avec notre modèle économique agricole et nos objectifs de décarbonation. Enfin, l’existence de plateformes chimique ou pétrochimique dont les industries traditionnelles s’éloignent, comme à Carling (Moselle), offre de vrais lieux d’accueils pour ces usines de chimie verte. Elles peuvent s’y implanter sans partir de zéro grâce à la présence d’infrastructures et d’une culture des instances locales qui est restée forte sur ces sujets, comme l’autorisation et la réglementation.

- 69.4+7.26
Février 2026
Cours des matières premières importées - Pétrole brut Brent (Londres) en dollars$ USD/baril
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Mars 2026
Phosphate diammonique (DAP)$ USD/tonne
- 95.92+1.23
9 Avril 2026
Pétrole Brent contrat à terme échéance rapprochée$ USD/baril
Quel regard portez-vous sur l’évolution de ce secteur?
Il commence à y avoir une vraie évolution. Les start-ups de biotechnologie ont toujours été regardées avec beaucoup de condescendance par les chimistes traditionnels. Il est vrai que la chimie verte se déploie aujourd’hui sur des marchés de niche. Même si les capacités de production deviennent respectables, elles ne sont pas encore à extra-grande échelle. Mais en quelques années, nous voyons un changement s’opérer. Les usines qui démarrent, de Metex ou d’Afyren, ouvrent la voie à des sites de plus grande taille. Il y a une demande croissante d’alternative aux produits pétro-sourcés et une vraie capacité à délivrer dans des conditions économiques normales. Dès lors que la demande est là et que les conditions de production sont en phase avec les objectifs de décarbonation et de naturalité, il y a beaucoup de chances d’aller plus loin. Le risque de pur R&D est dernière nous.
Pour autant, à part pour l’entrée au capital de MetEx le 8 juillet, les montants investis par la SPI dans les projets de chimie verte sont relativement modestes, à chaque fois en dessous de 30 millions d’euros. Pourquoi?
Il est vrai que nos participations en chimie verte représentent 45% des dossiers, mais seulement 25% des montants. En revanche, notre pourcentage de détention capitalistique est très important à chaque fois. C’est vraiment la taille des projets qui explique les tickets. Ils sont moins intensifs en capitaux que dans la santé ou l’électronique. La chimie verte ne requiert pas de salles blanches qui coûtent très cher par exemple, et il y a aussi le fait de pouvoir s’installer sur des plateformes existantes. Pour Carbiolice à Clermont-Ferrand, nous sommes partis d’une unité de production qu’avait développée Limagrain. Pour Prolein, avec Avril et DSM, nous sommes repartis de la friche de Dieppe. Au passage, cela contribue aussi à faire changer le regard de grands groupes, comme Total Développement Régional l’a fait à Carling pour Metex et Afyren. Total s’est beaucoup impliqué dans la reconversion du site et a été très aidant pour la conduite des projets d’installation de ces sociétés.
Quelles sont vos cibles aujourd’hui en chimie verte?
Nous regardons un certain nombre d’entreprises. L’idée reste toujours la même. Comment, à partir de biomasse ou de co-produits agricoles, arrive-t-on à des substituts de pétro-sourcé? Nous étendons aussi notre spectre vers l’économie circulaire, plutôt du côté recyclage, notamment des plastiques.



