Reportage

A Santa Perpètua, Alstom à la pointe de la robotisation

L’usine catalane du groupe industriel Alstom fait sa mue pour répondre à un carnet de commandes international bien rempli jusqu'en 2027. La réalité augmentée est une alliée pour former rapidement les soudeurs, et le robot de soudure, unique dans le monde du ferroviaire, accélère les cadences.

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Usine Alstom de Santa Perpètua
A Santa Perpètua, près de Barcelone, Alstom produit des trains régionaux pour le Luxembourg (CFL) et le métro de Barcelone.

La sécheresse sévit aussi de l’autre côté de la frontière. En Catalogne, région la plus touchée d'Espagne, les restrictions en eau se font sentir sur les pelouses asséchées du site d’Alstom à Santa Perpètua, commune de la province de Barcelone. Cette usine de 68 000 mètres carrés, qui s’étend sur un terrain cinq fois plus vaste, date de 1994. C’est le résultat des acquisitions des entreprises Macosa et MTM, effectuées par l'industriel tricolore à la fin des années 80 et au début des années 90 pour réaliser le TGV Madrid-Séville. A l’époque, le groupe avait décidé d’abandonner les deux sites catalans, inadaptés à l’industrie ferroviaire du 21ème siècle, pour construire un site moderne. Mais trois décennies plus tard, Alstom a dû investir 150 millions d’euros depuis 2016 pour améliorer la productivité du site et répondre à un afflux de commandes. Il a lancé un « plan de transformation » en 2022, qui comprend une extension de 6 850 mètres carrés, davantage de digitalisation pour les opérations, et des investissements dans des machines performantes.

usine Santa Perpètua AlstomOlivier Cognasse
usine Santa Perpètua Alstom usine Santa Perpètua Alstom

A Santa Perpètua, l'usine comprend plus de 68 000 mètres carrés de bâtiments sur un site de 360 000 m2. Photo : Olivier Cognasse

De Singapour à Saint-Domingue

Métros de Barcelone, de Singapour et de Saint-Domingue (République dominicaine), trains régionaux et de banlieue pour le Luxembourg (CFL), tramways pour Casablanca (Maroc), Cologne (Allemagne), Francfort/Main (Allemagne) et Barcelone... Au total, ce sont près de 3 milliards d’euros qui garnissent le carnet de commandes : 800 millions pour l’export, 1,8 milliard pour la compagnie espagnole RENFE et 320 millions pour le métro de Barcelone. « Santa Perpètua va tourner à plein régime au moins jusqu’en 2027, se réjouit Cristina Andériz, la directrice du site depuis deux ans, après avoir notamment dirigé la partie systèmes sur le projet de métro de Riyad (Arabie Saoudite), entre 2018 et 2021. Nous n’avons jamais connu une telle période dans notre usine. »

En Espagne, le marché des trains à très grande vitesse est inexistant depuis des années. Les nouveaux opérateurs SNCF et Trenitalia viennent avec leur matériel. Le site barcelonais se concentre donc sur le transport urbain et régional. Alstom compte trois usines dans le pays (Pinto, près de Madrid et Trabaga, au Pays Basque) et emploie 3 500 personnes avec les co-entreprises. Il occupe la place de numéro 1 dans le pays sur les tramways, les trains de banlieue, et se place deuxième, derrière CAF, sur le secteur des métros.

1 million d’heures en 2025

Pour faire face à la forte demande, les effectifs de l’usine de Santa Perpètua ont doublé depuis 2020 et atteignent aujourd'hui 1 000 personnes. En 2023, 150 nouvelles recrues sont attendues. La production, qui atteignait 400 000 heures sur l’exercice 2021/2022, est passée à 600 000 heures en 2022/23 et atteindra le million d’heures dans trois ans. La période difficile qui remonte à une dizaine d’année est bien oubliée.

Les tôles arrivent, sont découpées automatiquement, puis poncées et meulées avant de rejoindre l'énorme robot de soudure capable d’assembler les chaudrons, dont l’investissement s’élève à 6 millions d’euros. Une première dans le monde ferroviaire, selon Alstom. L’entreprise a également investi dans de nouvelles lignes de production pour le câblage, les équipements intérieurs, le pelliculage, et dans la robotisation des ateliers de peinture. Les investissements réalisés sur le site catalan d’Alstom en font un des sites les plus productifs et les plus polyvalents du groupe. En sortie, le tram de Francfort côtoie le métro de Barcelone et le train régional luxembourgeois, qui parcourt des allers et retours sur une voie dédiée aux tests dynamiques.

Usine Alstom San PerpètuaOlivier Cognasse
Usine Alstom San Perpètua Usine Alstom San Perpètua

Le robot de soudure unique dans le monde ferroviaire. Photo : Olivier Cognasse

La réalité augmentée au service de la soudure

« Nous avons atteint un niveau de digitalisation proche des sites du groupe les plus en pointe comme Valenciennes, un site spécialisé dans les longues séries, précise Cristina Andériz. Ici, nous sommes très flexibles. » Le rythme de production d’une voiture est de 0,8 jour, une cadence qui explique le succès de cette usine. La directrice du site réfute l’idée que les coûts de production seraient bien inférieurs à ceux de la France. En Catalogne, les salaires sont plus élevés que dans le reste de l’Espagne, notamment parce qu’il n’est pas toujours facile de recruter des talents. D’ailleurs, pour accélérer, Alstom a parié sur AWATAR, un acronyme qui signifie « Assistance welding Alstom Transport augmented reality ». La réalité augmentée permet d’accélérer la formation des soudeurs, car le robot ne peut pas tout faire. L’apprenti soudeur est noté à la fin de sa soudure fictive. 

Usine Alstom Santa Perpètua© ALSTOM SA. 2023 | Pau Fabregat
Usine Alstom Santa Perpètua Usine Alstom Santa Perpètua

Toutes les opérations de soudure ne peuvent pas être réalisées avec le robot. Et la réalité augmentée facilite la formation. Photo : Alstom SA 2023/ Pau Fabregat

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