Reportage

A Saint-Chamond, NBC-Sys se prépare à produire le prochain masque anti-gaz des armées françaises

L’usine de l’ex-Giat Industries, basée à Saint-Chamond (Loire), a livré son millionième masque de la gamme ARFA destinée aux armées. Sa filiale NBC-Sys vient d’investir dans de nouveaux moyens industriels et se prépare à produire le prochain modèle destiné à l’armée française.

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NBC-Sys a investi dans une nouvelle ligne d'assemblage de cartouches filtrantes, élément clé des masques à gaz
A Saint-Chamond (Loire), NBC-Sys a investi dans une nouvelle ligne d'assemblage de cartouches filtrantes, fortement robotisée.

Nexter, l’ex-Giat Industries spécialisé dans l’armement terrestre, est connu pour son char Leclerc, son canon Caesar… Qui sait qu’il produit également les masques à gaz de l’armée française ? A Saint-Chamond (Loire), à une quinzaine de kilomètres à l’est de Saint-Etienne, son usine conçoit et produit les masques de protection pour l’armée française. Le 16 novembre, elle a sorti le millionième masque de la gamme ARFA (appareil respiratoire filtrant des armées) mis en service en 1992. A l’époque, il était révolutionnaire avec sa visière panoramique, ainsi que des options permettant au soldat de parler et de s’alimenter… tout en restant en sécurité.

Cette activité est portée par la société filiale à 100% de Nexter, NBC-Sys. Créée en 2006, elle concentre tout le savoir-faire du groupe dans le domaine de la lutte contre les attaques nucléaires, bactériologiques et chimiques, dites NBC. Un savoir-faire historique hérité du centre de compétences des armées spécialisé dans la protection individuelle des soldats établi à Saint-Etienne en 1951.

De la détection à la décontamination

70 ans plus tard, Saint-Chamond s’impose encore comme le principal centre d’expertise industrielle tricolore avec des capacités de détection de ce type de menace, mais également de protection et de décontamination. « Du fait de notre héritage étatique, nous sommes vraiment le seul industriel en France à couvrir l’ensemble du spectre de la menace NBC », indique Jean-Marie Mathelin, directeur général délégué de NBC-Sys.

Un masque à gaz est constitué d'environ une cinquantaine de pièces différentes (poche bucconasale, soupapes d'expiration et d'expiration, capsule phonique, cartouche filtrante...)Crédit Hassan MEDDAH
Un masque à gaz est constitué d'environ une cinquantaine de pièces différentes (poche bucconasale, soupapes d'expiration et d'expiration, capsule phonique, cartouche filtrante...) Un masque à gaz est constitué d'environ une cinquantaine de pièces différentes (poche bucconasale, soupapes d'expiration et d'expiration, capsule phonique, cartouche filtrante...)

Un masque à gaz est constitué d'une cinquantaine de pièces différentes (poche bucconasale, soupapes d'inspiration et d'expiration, capsule phonique, cartouche filtrante... Crédit : Hassan Meddah

A Saint-Chamond, la société dispose de son bureau d’études et de son propre laboratoire, habilité à manipuler des toxines de guerre pour tester l’efficacité de ses masques. « Nous sommes le seul industriel en Europe à disposer d’un tel laboratoire. Nous sommes contrôlés par l’Irsn », l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire, précise le dirigeant.

Des concurrents low cost

Les équipements de protection NRBC représentent un marché de niche sur lequel se positionnent des acteurs de taille modeste. NBC-Sys compte environ 75 salariés et réalise un chiffre d’affaires annuel de l’ordre de 23,4 millions d’euros. A comparer aux 4 000 collaborateurs de la maison-mère, le groupe Nexter, et son milliard d’euros de chiffres d’affaires. NBC-Sys réalise 20% de son activité à l’export et a vendu ses masques aux armées de multiples pays (Portugal, Italie, Maghreb, Hongrie, Pologne...). Sur le marché des masques militaires haut de gamme, ses concurrents sont américains (AVON, 3M) et allemand (Dräger).

Mais de plus en plus, NBC-Sys doit affronter la concurrence d’acteurs venus de Chine et des pays de l’est, positionnés sur l’entrée de gamme avec des premiers prix à 40 euros, contre 100 euros voire 200 euros pour les marques occidentales. Et aux pratiques parfois douteuses. Selon NBC-Sys, un fabricant polonais n’a pas hésité à mettre sur le marché un masque fortement inspiré de l’un de ses produits au catalogue.

Produire un million de cartouches filtrantes

NBC-Sys se distingue de la concurrence grâce également à la profondeur de son catalogue produit. Au- delà des masques, l’usine – qui s’étend sur 2 200 m2 – produit des cartouches filtrantes, des systèmes de décontamination, des dispositifs de ventilation et de filtration pour les véhicules, les navires et les shelters, ainsi que des kits de détection de toxiques biologiques.

L'usine de Saint-Chamond produit également des systèmes de filtration d'air pour les véhicules militaires
L'usine de Saint-Chamond produit également des systèmes de filtration d'air pour les véhicules militaires L'usine de Saint-Chamond produit également des systèmes de filtration d'air pour les véhicules militaires

L'usine de Saint-Chamond produit aussi des systèmes de filtration d'air pour les véhicules militaires. Crédit : NBC-Sys

L’usine de Saint-Chamond prépare également l’avenir. En octobre, elle a mis en place une nouvelle ligne de production robotisée pour les cartouches filtrantes, éléments clés des masques à gaz. Avec deux opérateurs au lieu de six, les cadences de production sont accrues de 50% !  « Sur les cinq prochaines années, nous espérons produire un million de cartouches », indique Jean-Marie Mathelin. La marche est haute : ce serait près de dix fois plus que sur les cinq années précédentes.

L’investissement se chiffre en millions d’euros. Il est d’autant plus nécessaire que NBC-Sys va fabriquer le prochain masque à gaz des armées françaises, qui entrera en service en 2027. NBC-Sys est le chef de file industriel d’un consortium qui a remporté en 2019 l’appel d’offres de la DGA (Direction générale de l’armement) contre son concurrent Safran, fournisseur des tenues FELIN de l’armée de Terre.

800 points techniques à vérifier

Dans le cadre du programme EPIA (Ensemble de protection individuel des armées), le consortium espère livrer plusieurs centaines de milliers d’ensembles complets de protection individuelle pour les armées françaises. NBC-Sys fournira les masques à gaz avec leur cartouche filtrante, la PME lyonnaise Ouvry les gants, la société Paul Boyé Technologies les tenues de combat…

La conception d’un tel ensemble cache une vraie  complexité. « Les exigences du client ont porté sur 800 points techniques. Cela a nécessité près de 10 000 essais », explique Denis Mayer, responsable du contrat EPIA pour NBC-Sys. Rien que la conception du seul masque à gaz, avec une cinquantaine de pièces à assembler,  et le développement des différents moules industriels nécessaires à sa production, s’élève à plusieurs dizaines de millions d’euros.

Les premiers ensembles de protection EPIA seront livrés à partir de 2025. « Ce contrat nous donne une visibilité sur dix années de production », se félicite le dirigeant. L’usine de Saint-Chamond assurera les livraisons des systèmes de protection individuelle qui s’étaleront entre 2027 et 2037. Par ailleurs, l’usine contribue au grand programme Scorpion de renouvellement des blindés de l’armée française. La société fournit les solutions de traitement de l’air des véhicules (Griffon, Jaguar, Serval…). Soit un contrat de fourniture exclusif qui lui garantit une charge de travail au-delà de 2030.

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