Enquête

A Nancy, l’exploitation des gisements de sel tourne la page du charbon et entame sa mue écologique

Les soudières de Solvay et Seqens, au sud de Nancy (Meurthe-et-Moselle), tournent la page du charbon, utilisé jusqu’ici pour produire de la vapeur, et abaissent leurs rejets dans les milieux aquatiques.

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Chez Solvay, la fin des énergies fossiles conforte également deux activités qui lui sont étroitement liées, celles de K+S et Resolest
La fin des énergies fossiles de la soudière de Solvay, au sud de Nancy, conforte deux activités qui lui sont étroitement liées, celles de K+S et de Resolest.

L’exploitation des gisements de sel du bassin de Dombasle-Varangéville, au sud de Nancy (Meurthe-et-Moselle), démarrée en 1855, entame sa mue écologique. D’ici à 2024, les fabricants de carbonates et bicarbonates Solvay et Novacarb (groupe Seqens) devraient y tourner définitivement la page du charbon, actuellement utilisé pour produire de la vapeur. Un virage qui mobilise un investissement global de 340 millions d’euros.

Il y a encore trois ans, l’absence de perspectives claires de sortie des énergies fossiles suscitait de fortes inquiétudes pour la pérennité des deux soudières. Les usines, auxquelles sont liés près d’un millier d’emplois directs, demeurent les locomotives du bassin d’emploi, aux côtés des autres exploitants des gisements de sel que sont l’allemand K+S (120 salariés) et le Groupe Salins (220 salariés), des fabricants de sel de table, sel de déneigement, sel pour lave-vaisselle et sel pharmaceutique. Groupe Salins est le dernier exploitant d’une mine souterraine en France - les deux soudières, elles, exploitent le sous-sol par injection d’eau et pompage de saumure.

Déchets à fort pouvoir calorifique

Premier jalon de cette transition écologique, Novacarb devrait couper le ruban d’une chaufferie biomasse au deuxième semestre 2022. A terme, l’industriel se dotera d’une deuxième chaufferie fonctionnant cette fois à partir de combustibles solides de récupération (CSR). Des déchets non-recyclables à fort pouvoir calorifique qui alimenteront également la future centrale thermique aux CSR de l’usine Solvay. Les deux projets ont obtenu leurs permis d’exploiter au deuxième trimestre 2021 et bouclent actuellement leurs dossiers de financement. « Notre ambition consiste à sécuriser l’activité de notre site pour les vingt prochaines années, tout en diminuant notre empreinte écologique », résume Nicolas Dugenetay, directeur du site Solvay.

L’avenir assuré du site Solvay conforte également deux activités qui lui sont étroitement liées : K+S, ancienne filiale du groupe belge, dépend de Solvay pour ses utilités et sa saumure (eau salée utilisée dans les procédés) ; Resolest, une PME de 20 salariés codétenue par Solvay et Sita Spécialités (Suez), produit, grâce à la valorisation des résidus salins issus du traitement des fumées industrielles, une saumure de haute pureté expédiée directement dans les process de Solvay. Plus d’1 million de tonnes de matière première aurait été économisée depuis la création de Resolest, en 2003.

Réduire les rejets dans la Meurthe

La sortie du charbon n’est pas encore effective qu’un autre dossier environnemental refait surface : celui des rejets de Solvay et Novacarb en chlorures de calcium dans les eaux de la Meurthe, un affluent de la Moselle. Ces rejets « historiques » ont largement diminué en 150 ans, mais ont contraint les agglomérations de Nancy et Metz à adapter leurs modes de captation d’eau potable. Les deux soudières devraient signer d’ici la fin de l’année avec l’Agence de l’eau Rhin-Meuse, la région Grand Est et l’Etat, un protocole d’accord visant un « bon état chimique » de la nappe alluviale de la Moselle pour la fin 2027.

Novacarb et Solvay ont démarré une collaboration inédite avec Adionics, spécialiste du dessalement de l’eau de mer. « Nous avons lancé des études afin de tester une technologie susceptible d’abaisser la concentration en chlorure des eaux résiduaires avant rejet, directement au niveau de nos procédés », expose Frédéric Louis, directeur de Novacarb. Une nouveauté, car jusqu’à présent les soudières modulaient leurs rejets en sortie d’usine, grâce à de vastes bassins de décantation et de stockage. Nicolas Dugenetay attend d'ici à la fin 2021 les premiers résultats de ce qu’il présente comme « un projet ambitieux, mené dans une logique 100% collaborative avec Novacarb et les services de l’État ».

Préparer la transition industrielle du bassin

Les deux soudières se sont par ailleurs engagées à travailler avec un organisme indépendant en vue de contrôler les fumées de leurs futures chaufferies. « Nous souhaitons démontrer que les investissements réalisés pour sortir de l'ère du charbon contribuent aussi à améliorer la qualité de l’air », précise le directeur de Novacarb. Les industriels doivent aussi composer avec les attentes des riverains, qui souhaitent à la fois pouvoir continuer à aménager des logements, tout en obtenant des garanties en cas de dommage, alors que l’Etat entend limiter l’urbanisation par crainte des affaissements miniers.

Le sénateur Jean-François Husson (LR) veut regarder à plus long terme, peut-être inspiré par la fin brutale de la sidérurgie lorraine. « L’exploitation du sous-sol produit de la richesse et génère des contraintes qui peuvent néanmoins se transformer en opportunités » pointe le parlementaire. Il invite l’Etat à s’engager sur le long terme via un contrat de territoire afin de préparer la transition industrielle du bassin de Dombasle-Varangéville.

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