Enquête

Si on se chauffait aux CSR, ces briquettes à base de déchets non recyclables ?

Les combustibles solides de récupération (CSR), des briquettes à base de déchets, s’ouvrent petit à petit des débouchés industriels au-delà des cimenteries.

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Paprec s’est doté de deux unités de production de CSR, notamment à Nantes.

Le 23 janvier, Solvay et Veolia ont confirmé la création de la coentreprise Dombasle Énergie. Elle gérera une installation de cogénération de 180 mégawatts (MW) thermiques et 17,5 MW électriques alimentée en combustibles solides de récupération (CSR), en remplacement de trois chaufferies au charbon sur le site du chimiste de Dombasle-sur-Meurthe (Meurthe-et-Moselle). Ce projet de 180 millions d’euros consommera 350 000 tonnes de CSR par an en provenance des centres de tri du Grand Est et des régions limitrophes. La mise en service est prévue au second semestre 2022.

C’est un bon signe pour l’avenir en France des CSR, ces granulés de la taille d’un timbre-poste issus du broyage et du compactage des déchets non recyclables.

Refusés au tri, ces déchets ultimes ne peuvent plus être enfouis, selon la réglementation, ni incinérés, faute de capacités. "Dans la loi de transition énergétique pour la croissance verte de 2015, outre la réduction de l’enfouissement de 50 % en 2025 par rapport à 2010, il est prévu qu’il n’y aura pas d’ouverture de nouveaux incinérateurs. Or, ils sont saturés en France", avertit Jean-Paul Roques, le directeur des ventes de CSR de Paprec.

Le projet de Solvay et de Veolia est le signe que de nouveaux débouchés s’ouvrent pour ce combustible, qui n’intéressait jusqu’ici que les cimenteries. Et qui souffre du handicap de ne pas être considéré comme un produit, mais comme un déchet qui oblige les centres de tri à payer une redevance aux industriels pour s’en débarrasser. Une redevance dont "le montant est calculé en fonction du marché local, généralement entre 0 et 20 euros la tonne", observe Jean-Paul Roques.

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Or les CSR sont, pour l’heure, le seul moyen, en dehors des incinérateurs et des unités de valorisation énergétique, pour éliminer des déchets non recyclables, notamment les plastiques. Mais "seules 300 000 à 400 000 tonnes sont consommées par an en France, alors que l’objectif est de 2,5 millions de tonnes à l’horizon 2025", selon le plan national de réduction des déchets de 2019, explique Jean-Christophe Pouet, le chef du service mobilisation et valorisation des déchets de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe). Un décret de 2016 permet d’utiliser les CSR pour produire de l’électricité ou de la chaleur. Reste à motiver les industriels, au-delà des cimentiers, comme le prévoit le contrat stratégique de la filière transformation et valorisation des déchets signé en janvier 2019. "Nous travaillons pour définir les conditions qui permettraient d’investir dans de nouvelles unités de CSR raccordées à des réseaux de chaleur urbains ou à des industries. Il ne s’agit aucunement de construire de nouveaux incinérateurs", avait alors expliqué Brune Poirson, la secrétaire d’État auprès du ministre de la Transition écologique et solidaire.

Les projets de chaufferies se multiplient

Bras armé de cette nouvelle politique, via son fonds économie circulaire, doté de 174 millions d’euros par an, l’Ademe a lancé deux appels à projets CSR en 2019 et début 2020. "L’objectif est de trouver des clients industriels qui ont besoin de chaleur tout au long de l’année, par exemple un chimiste ou un papetier", précise Jean-Christophe Pouet. C’est le cas de la papeterie strasbourgeoise Blue Paper (160 salariés, 160 millions d’euros de chiffre d’affaires), qui a remplacé ses chaudières à gaz par une unité de production de vapeur à base de CSR (27 000 tonnes par an) grâce à un investissement de 25 millions d’euros.

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BLUE PAPER BLUE PAPER

Une ligne de production de CSR peut aussi alimenter un process de séchage sur une unité de méthanisation, comme le prévoit le syndicat mixte de gestion des déchets ménagers Trifyl sur son site de Labessière-Candeil (Tarn). À la Réunion et en Guadeloupe, le producteur d’électricité ultramarin Albioma étudie lui aussi l’utilisation de CSR dans ses centrales bagasse-charbon en cours de conversion à la biomasse.

Les spécialistes du traitement de déchets comme Suez et Paprec sont sur les rangs pour codévelopper ces nouveaux projets de chaufferies CSR dans l’industrie. Suez, qui produira 180 000 tonnes de CSR en 2020 sur ses sites de Narbonne (Aude), Istres (Bouches-du-Rhône), Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais) et de la Réunion, a dans ses cartons une dizaine de projets pour l’agrochimie, la chimie, la papeterie et l’agroalimentaire. Idem chez Paprec, qui dispose de deux unités CSR, à Toulouse (Haute-Garonne) et à Nantes (Loire-Atlantique), pour servir les fabricants de ciment et travaille sur trois projets de chaufferie, pour un papetier dans le Sud-Ouest et pour deux industriels de la construction en Picardie et en région Centre. Des projets compliqués à monter, "une chaudière CSR coûtant deux fois plus cher qu’une chaudière biomasse", rappelle Jean-Paul Roques.

On constate un léger regain d’intérêt pour les CSR chez les cimentiers, qui cherchent à réduire leur empreinte CO2. Avec un taux de 50 % d’éléments biogènes (bois, carton…), les CSR affichent un taux d’émission proche de celui du gaz. Lafarge­Holcim l’a bien compris. Il a inauguré le 10 octobre 2019 à Port-la-Nouvelle (Aude) un atelier de valorisation de combustibles solides de récupération, appelés déchets solides broyés (DSB) dans le secteur.

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D’une capacité de 35 000 tonnes par an, l’équipement de 7,5 millions d’euros, soutenu par l’Ademe, doit permettre à l’usine de tourner avec 90 % de combustibles de substitution en 2022. De quoi dépasser la cimenterie de Saint-Pierre-La-Cour (Mayenne), qui utilise 80 % de CSR, bien au-dessus de la moyenne de 43,3 % enregistrée chez l’industriel. Quant au projet Dombasle Énergie, il permettra à Solvay de diviser par deux ses émissions de CO2 sur le site.

L’utopique carburant des bateaux dépollueurs

Des bateaux dépollueurs produisant leur carburant à partir de déchets plastique ramassés en mer. L’idée, qui avait tout pour séduire, a atteint ses limites. Les porteurs du projet Plastic Odyssey, qui avaient conçu un démonstrateur, l’ont bien compris. Sur le "Victor Hensen", qui doit partir à l’automne 2020 pour un tour de monde de sensibilisation à la pollution plastique, ils n’embarqueront plus qu’une usine pilote présentant les technologies possibles de valorisation énergétique à développer... à terre. Sur le "Manta", un catamaran dépollueur des mers porté par l’association The Sea Cleaners, le navigateur Yvan Bourgnon avait prévu de produire du carburant à partir de plastiques repêchés. Si l’unité de collecte, de tri, de compactage et de stockage mise au point par la société MTB est prête, la solution de pyrolyse reste à l’étude. Il est possible de produire du carburant par pyrolyse, une combustion sans oxygène, à partir de déchets plastiques, promet l’acteur Samuel Le Bihan, qui préside l’association EarthWake. Mais il faut que les déchets soient soigneusement triés, nettoyés, séchés et broyés. Et sans traitement des fumées, ce combustible rejette dans l’air encore plus de polluants que les carburants fossiles.

 

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