La Commission européenne a dévoilé mercredi 14 juillet les détails de son ambitieux plan climat Fit for 55, visant une réduction de 55% des émissions d’ici à 2030. L’industrie sidérurgique, l'une des plus polluantes à l'échelle mondiale avec près de 8% des émissions de CO2, est particulièrement concernée par le projet de taxe carbone aux frontières de l'Union, pour compenser l'importation de métaux peu chers mais plus carbonés que ceux des producteurs européens. Toutefois, les industriels de l'acier craignent que les contreparties de cette mesure accroissent le coût - déjà lourd - de la décarbonation du secteur. Quant aux industriels de l'aluminium, ils se sont prononcés contre depuis longtemps.
Taxe carbone aux frontières... mais fin de la gratuité des permis à polluer
Le projet de taxe carbone sur l’acier et l’aluminium aux frontières de l’Union européenne serait une première mondiale. Depuis plusieurs années, le sidérurgiste ArcelorMittal, qui investit massivement dans le verdissement de son industrie mais cherche des financements complémentaires, plaide pour que cette mesure voie le jour.
En revanche, Aluminium France, tout comme la filière aluminium européenne, préfèrerait voir d'autres secteurs (l'acier et le ciment) essuyer les plâtres. D'une part parce que les émissions de ces sites électro-intensifs sont principalement liées au mix électrique du pays où ils opèrent, sur lequel ils n'ont pas la main. D'autre part, par crainte de voir les industriels importer des produits semi transformés, voire des pièces - dont l'empreinte carbone sera difficile à établir, donc à taxer - plutôt que de s'approvisionner auprès des sites de production d'aluminium primaire en France. Ce qu'on appelle des fuites de carbone. La filière avance peu à peu vers des procédés bas carbone, mais là aussi, les investissements sont lourds. Et la France, déjà avantagée par son électricité nucléaire décarbonée, n'est pas en première ligne de cette révolution. Invité en juin par Aluminium France, Arnaud Montebourg, ancien ministre de l'Economie, avait activement soutenu la proposition de taxe carbone, au grand dam de ses hôtes.

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Au coeur des réticences, le fait que la Commission prévoit aussi de supprimer l’allocation gratuite des quotas gratuits, que les producteurs d'aluminium estiment "bien fonctionner" pour compenser certains surcoûts, liés entre autres à leurs sources d'énergie. Jusqu’à présent, les industriels se voyaient allouer ces quotas gratuits, valorisables sur le marché du carbone, pour ne pas miner la compétitivité européenne, mise à mal par l’importation d’acier et d’aluminium en provenance de pays où les normes environnementales sont plus... souples. Mais si la taxe carbone aux frontières est adoptée, l’Union européenne devra mettre fin à la gratuité de ces permis à polluer, dans un souci de respect des règles de la concurrence internationale édictées par l’Organisation mondiale du commerce. La Commission explique que les industriels ne pourront pas bénéficier d’un double mécanisme de compensation. La distribution des quotas diminuerait progressivement à partir de 2026, jusqu’à leur disparition en 2036.
Les industries métallurgiques vent debout contre la perte de gratuité des quotas
Par conséquent, l’acquisition des quotas CO2 sur les émissions restantes renchérira les coûts de production des industries métallurgiques. Au lendemain de la présentation du projet, Eurofer, l’Association européenne de l’acier - qui réunit 500 sites de production - a réagi pour exhorter la Commission à maintenir la gratuité des quotas. "Les entreprises sidérurgiques européennes ont plus de 100 projets en cours qui pourraient permettre une réduction significative des émissions mais nécessiteront plus de 50 milliards d'euros d'investissements d'ici à 2030, explique Axel Eggert, directeur général d’Eurofer. La proposition […] de supprimer les ressources financières via la suppression progressive de l'allocation gratuite après 2026 risque d'entraver, plutôt que d'encourager, les investissements à faible émission de carbone." Contacté par L'Usine Nouvelle, ArcelorMittal, membre d'Eurofer, n'a pas souhaité donner plus de précisions.
ArcelorMittal poursuit ses investissement dans l'acier vert
Le groupe sidérurgique a entamé sa croisade contre le carbone à grand renfort d’investissements. Le 13 juillet, veille de la présentation par la Commission européenne de son plan climat, le sidérurgiste annonçait la signature d’un accord avec le gouvernement espagnol pour engager un investissement d’un milliard d’euros dans les technologies de décarbonation. Cet investissement sur le site de Gijon, au nord de l’Espagne, prévoit de réduire de 50% les émissions grâce au procédé de réduction directe (DRI) combiné à l’utilisation de fours à arc électrique.



