Les marins se disent soucieux de préserver leur terrain de jeu : l’environnement maritime. En Charente-Maritime et notamment à La Rochelle, les chantiers navals spécialisés dans la plaisance et le transport de passagers abordent le sujet avec des enjeux technologiques différents. Mais tous se lancent dans le défi de décarboner leur activité.
Actuellement installé au Grand Port Atlantique de La Rochelle, le Chantier de l’Arsenal construit une nouvelle usine de 4 000 m² d’un coût de 10 millions d’euros, entièrement en bois et matériaux biosourcés. Le bâtiment sera même à énergie positive grâce à la présence d’un système de géothermie et de panneaux photovoltaïque. Côté process, là aussi, le chantier naval se veut innovant grâce à son procédé One Shape. «Cette méthode permet de s’affranchir de la fabrication systématique d’un jeu de moules et contre-moules, très consommatrice de matériaux et génératrice de déchets difficilement recyclables», note Laurent Da Rold, directeur du Chantier de l’Arsenal. Le procédé permet la production de bateaux sur-mesure, plus légers que ceux en métal ou aluminium et qui, une fois sur l’eau, demanderont moins d’énergie pour naviguer.
L’électrique toutes voiles dehors
«80 % de l’empreinte carbone d’un bateau proviennent de son utilisation et 20% de sa production», met en avant Mathieu Fountaine, directeur général adjoint de Fountaine-Pajot. Pour alléger cette empreinte, le poids lourd local de la plaisance a développé une solution de propulsion hybride (électrique/thermique), dotée d’un système de gestion intelligent. Baptisée Smart Electric, cette technologie permet également de produire et stocker l’électricité nécessaire à la vie à bord et à la propulsion du catamaran.
«La prochaine étape sera de supprimer le groupe électrogène thermique, qui assure les besoins supplémentaires en énergie, et de le remplacer par une pile à combustible afin in fine d’accueillir des moteurs à hydrogène», complète Mathieu Fountaine, qui met en avant la plateforme d’innovation collaborative OD Sea Lab, créée par Fountaine-Pajot pour parvenir à la neutralité carbone en 2030.
La motorisation électrique a été adoptée par une autre entreprise, célèbre pour la fabrication d’un petit voilier de plaisance : le Tofinou. La dernière version de ce modèle, présentée en septembre lors du Grand Pavois, salon nautique de La Rochelle, dévoile un bateau entièrement électrique, avec des batteries qui, à l’image de celles de la voiture électrique, se rechargent à domicile.
Selon Laurent Da Rold, qui privilégie la propulsion vélique, l’électrique pose encore problème. «Cette énergie reste compliquée sur l’eau pour des questions d’autonomie, estime-t-il. Il y a aujourd’hui de vrais problèmes de compacité des batteries, elles alourdissent les bateaux donc les rendent plus énergivores.»
Un outil d'analyse de cycle de vie
Si le directeur du Chantier de l’Arsenal considère que le nautisme de plaisance est «un peu en retard» sur sa décarbonation, le secteur a pris la question à bras-le-corps depuis quelques années. Ainsi, depuis 2019, tout navire mis sur le marché français doit être agréé par un éco-organisme (APER), créé par la Fédération des industries nautiques (FIN), qui se charge d’organiser sa déconstruction et son recyclage une fois en fin de vie.
«Nous menons une politique d’incitation et d’accompagnement des industriels vers la décarbonation, présente Guillaume Arnauld des Lions, délégué général adjoint de la FIN. Par exemple, nous étudions comment mettre en place une ressourcerie marine, pour le recyclage de la matière. Fin 2024-2025, nous allons lancer la première version de notre outil d’analyse du cycle de vie. L’objectif est d’apporter aux constructeurs un outil leur permettant de faire de l’éco-conception, de choisir les matériaux les plus neutres, de l’extraction de la matière jusqu’à la livraison et à l’utilisation du produit en passant par sa fabrication.»
Un bateau de recherche libéré des fossiles
C’est également à La Rochelle que prend forme Esprit de Velox. Porté par François Frey, ce projet dont le budget dépasse les 100 millions d’euros doit permettre la création d’un navire de recherche de 500 m² sans impact environnemental. Libéré de toutes les énergies fossiles, n’émettant aucun bruit, aucune pollution physique ou chimique, le bateau disposera d’une autonomie de 100 jours en mer. Il promet d’embarquer des technologies de pointe : gestion intelligente de l’énergie et de la navigation, propulsion hybride vent et électrique, coque et structure en composites recyclables. Embarquant 50 personnes dont 30 chercheurs, il devrait être mis à l’eau d’ici 2027.



