Voiliers et bateaux à moteurs ont le vent en poupe. Les résultats 2021 (plus exactement entre septembre 2020 et août 2021) et les tendances observées sur 2022 confirment cette embellie. « 2021 est une année de rebond, se réjouit Jean-Paul Chapeleau, président de la Fédération des industries nautiques (FIN) depuis le printemps dernier. Au départ, nous pensions qu’il nous faudrait trois à cinq ans pour retrouver le niveau de 2019. »
Les services et l’industrie nautique ont réalisé un chiffre d’affaires de 4,95 milliards d’euros en 2021 avec 42 194 salariés, en croissance de 4,9 % par rapport à 2020, alors que les revenus de la filière atteignaient 5,34 milliards en 2019. La France reste le leader mondial pour la voile et la glisse, et le quatrième producteur mondial de bateaux à moteur. La production a atteint 65 742 unités dont 3381 voiliers et 9546 bateaux à moteur représentant un chiffre d’affaires de 1,242 milliard d’euros, en hausse de 3,6 % par rapport au dernier exercice qui était en baisse de 10,6%.
Forte hausse des premières immatriculations en France
En 2019, la production atteignait 1,343 milliard d’euros, un niveau exceptionnel contre 1,233 milliard en 2018. Ce sont les voiliers qui progressent le plus (+5,8%) avec 825,2 millions d’euros de chiffre d’affaires dont 81 % à l’export, tandis que les bateaux à moteur sont en recul de -2,6% (75% à l’export). Au total, les ventes à l’export n’ont jamais été aussi importantes avec 79 % de la production française contre 76 % au cours des trois derniers exercices.
En France, les nouvelles immatriculations concernent 12 979 bateaux dont 77% propulsés avec un moteur. Après un repli de 13,7% en 2020, le dernier exercice a enregistré une très forte hausse de 18,93%. Pour les bateaux à moteurs (+19,21%), les immatriculations concernent des navires de moins de 8 mètres pour l’essentiel (90%), alors que pour les voiliers, ce sont bateaux de moins de 6 mètres ou de 15 à 18 mètres qui flirtent avec des hausses de 20 %. Le marché de l’occasion est également en pleine forme avec une croissance de 17 %.
Les canoés et autres Kayaks très appréciés
Le secteur de la glisse et de la pleine nature (canoé, kayak, paddle,…) est également très dynamique avec un chiffre d’affaires en croissance de +60% et 53 000 unités rigides produites [il faut ajouter 150 000 unités gonflables]. « Tous ces bons résultats sont la marque d’une popularité croissante et durable de la pratique nautique, analyse Jean-Paul Chapeleau. Les restrictions pour sortir du territoire ont également favorisé cet engouement. Tous ces indicateurs montrent la volonté des Français de sortir des confinements. » D’ailleurs, la location progresse aussi en 2022 : +5 à +7% pour le fluvial et +10 à +14% pour le maritime.
Prudence pour 2023
Revers de la médaille, les disponibilités se raréfient, les prix de la location augmentent et il faut faire face à de nouvelles demandes. «Nous enregistrons de plus en plus de demandes de location avec skipper, indique Emmanuel Allot, administrateur de la FIN. C’est une nouvelle clientèle qui vient faire une croisière sur un voilier. Or nous manquons de skippers avec un statut et une formation adaptés.»
A l’achat, les livraisons prennent beaucoup de retard en raison des pénuries sur certains composants (semi-conducteurs)) et produits chimiques (styrène) et des problèmes logistiques, mais aussi parce que la filière n’avait pas anticipé un tel redémarrage. Les difficultés pour recruter touchent un peu tous les métiers. Et la fédération reste assez prudente pour 2023. « Avec l’Ukraine et la pandémie, la hausse des coûts des matières premières, les pénuries, une vague anxiogène impacte le secteur, mais elle n’a rien à voir avec les crises passées, la filière est prêt à aborder sereinement l’avenir », entend-on à la FIN.
Une filière de déconstruction unique en Europe
Et la filière peut s’enorgueillir d’avoir mis en place une filière de déconstruction des bateaux de plaisance – unique au monde – qui prend son rythme de croisière. Lancée en septembre 2019, elle aura déconstruit 5500 bateaux à la fin de l’année, dont 3000 sur la seule année 2022. « Il faudrait sans doute atteindre entre 4000 et 4500 bateaux par an pour faire face aux besoins, analyse Guillaume Arnauld des Lions, délégué général de l’éco-organisme APER. Actuellement, 26 centres sont en activité et 20 autres ont été validés par l’APER et en attente d’autorisation des autorités. » Mais l’inquiétude point au sein de l’éco-organisme avec la loi Agec qui imposerait pour l’APER de payer le transport qui est actuellement acquitté par les propriétaires des bateaux. « La filière ne serait plus viable économiquement », prévient le délégué général. Une rencontre avec le ministère de tutelle devrait aplanir les différends. Il serait dommage que la première filière de déconstruction regardée de près par les autres pays européens ne puisse pas être pérennisée.



