Ils l’attendaient depuis 24 mois : les professionnels du secteur nautique ouvrent ce samedi 4 décembre le salon Nautic, après l’annulation de l’édition 2020 à cause de la pandémie de Covid-19. Pendant une semaine, près de 800 exposants sont réunis autour de l’univers nautique : fabricants de voiliers, de bateaux à moteurs mais aussi une large gamme d’équipementiers, allant du mobilier de cuisine aux spas et jacuzzi.
Organisé à Porte de Versailles, le salon présente 20% de superficie d’exposition en moins par rapport à la précédente édition. Mais il ne faut pas s’y méprendre : « Jamais l’industrie nautique n’a été dans une situation aussi favorable depuis 2008 », selon Yves Lyon-Caen, directeur de la Fédération des Industries Nautiques (FIN), organisatrice de l’évènement. La diminution de la superficie d’exposition est due à des restrictions sanitaires. Le marché est en réalité très tendu, avec un renforcement de la demande et des pénuries du côté de l’offre.
Des carnets de commande qui débordent
Contrairement aux autres années, nombre de navires exposés sont immatriculés. Les constructeurs n’ont plus de stock et doivent présenter des navires déjà vendus. Par cette image, le salon Nautic illustre bien le flux tendu des constructeurs dont les carnets de commande sont pleins. La FIN n'a pas pu communiquer le nombre bateaux vendus pour l’année 2021, mais assure qu’il sera supérieur à celui de 2020, pourtant faiblement affecté par la crise.
L’écrasante majorité des ventes part à international. Seulement 12% des bateaux neufs sont destinés à des acheteurs français. Sur les 88% restants, la moitié de la production part en Europe et 30% aux Etats-Unis. La clientèle russe est friande de grands yachts de plus de 20 mètres, une spécialité mieux maîtrisée par nos voisins italiens.
Roman Epitropakis Une production sous tension
Le secteur nautique n’échappe pas aux pénuries de matières premières qui pénalisent presque toute l'industrie. Après des pénuries de bois et d’inox qui ont frappé les constructeurs de bateaux, les motoristes peinent à leur tour à recevoir l’ensemble des composants électroniques. Or les clients sont de plus en plus séduits par les bateaux à moteur, qui prennent le pas sur les voiliers, avec respectivement 80% et 20% des ventes en France. Aux pénuries de matières et de composants s’ajoute la difficulté pour le secteur à recruter, déjà présente bien avant la pandémie. En 2019, le nautisme affichait un besoin de 1000 recrutements par an en moyenne. Ce chiffre est revu à la hausse, avec « près de 1 500 CDI à pouvoir » selon Yves Lyon-Caen.
Encore un long chemin vers l'électrification
Dans sa transition vers l’électrique, l’industrie nautique a encore un long chemin à parcourir. Seule une dizaine d’exposants de batteries électriques sont présents au salon Nautic. Mais l’électrification ne semble pas concerner pour l’instant le segment des bateaux particuliers. « Dans la pratique, ce sont les bateaux de service qui commenceront à fonctionner à l’électricité, indique Alain Pichavant, commissaire général du salon Nautic. La FIN anticipe cette transition plus précisément pour les navires de transport de passagers, en raison des rythmes de rotation réguliers permettant de trouver facilement des bases de chargement.
La transition électrique s’annonce d’autant plus compliquée que les bateaux tendent à être de plus en plus gros, ce qui augmente leur consommation. « Lorsque Jean-Pierre Jouët a fondé la FIN en 1964, les bateaux exposés ne dépassaient pas 13 mètres au salon de Paris, raconte Yves Lyon-Caen. Avec l’agrandissement de la taille des bateaux, certains ne peuvent même plus être exposés ! »
Roman Epitropakis Tous les crédits photos : Roman Epitropakis



