La consultation du public autour du grand projet industriel d’extraction de lithium pour batterie dans l’Allier, porté par le géant français des minéraux Imerys, a été un succès. Sur la forme tout d’abord, la Commission nationale du débat public (CNDP), qui a organisé le processus, a toutes les raisons de se réjouir. «Dès le lancement du débat, les réunions locales ont fait salle comble», soulignent les experts de l’autorité indépendante dans leur rapport bilan de 172 pages, rendu public lundi 30 septembre. Plus de 3600 personnes ont participé aux divers événements organisés de mi-mars à fin juillet, tandis que les différents supports mis en ligne par la CNDP ont charrié un demi-million de vues.
Sur le fond ensuite, le débat public a permis de faire émerger une multitude de questionnements et «de nettement clarifier les connaissances sur le projet», s’est félicité le président du débat public, Mathias Bourrissoux, lors d’une conférence de presse. De nombreux doutes et interrogations subsistent néanmoins sur la mine, la première prévue en métropole au XXIe siècle. Imerys, qui peaufine toujours son projet voulu «responsable», dispose de trois mois pour répondre aux conclusions de la CNDP.
Spectre de l’après-mine
Pour rappel : le projet d’Imerys vise à extraire et raffiner 34000 tonnes de lithium par an à partir de 2024, soit de quoi équiper annuellement quelque 700 000 batteries de voitures électriques pendant 25 ans. L’investissement, estimé à un milliard d’euros, recouvre en l’état actuel trois sites : une mine souterraine et une usine de concentration de lithium à Echassières, sous la carrière de kaolin qu’exploite déjà Imerys. Un site, à Saint-Bonnet-de-Rochefort, permettant d’assécher la mixture transportée jusque là dans des canalisations puis de la charger dans des trains. Et enfin, une raffinerie d’hydroxyde de lithium à Saint Victor, près de Montluçon.
Au-delà des informations données par Imerys sur ses choix techniques et économiques (méthode d’extraction, réactifs utilisés…) les discussions ont d'abord porté sur les impacts environnementaux du projet, dans un «pays qui a plus de passé minier que d’actualité minière», dixit Mathias Bourrissoux. «Des craintes fortes se sont exprimées sur la biodiversité locale, les émissions de gaz à effet de serre, la ressource en eau, ainsi que sur la pollution potentielle des eaux souterraines et la gestion des déchets et rejets», résume le président de la CNDP, Marc Papinutti.

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En particulier, l’impact de la consommation d’eau de l’usine de conversion de Montluçon, qui prévoit d’utiliser les eaux usées d’une usine d’épuration adjacente (ce qui s’apparente à un prélèvement indirect dans le Cher, où elles étaient déversées), ou le devenir des déchets dangereux qu’elle produira, restent incertains. L'effet du réchauffement climatique sur le débit des deux bassins versants touchés, celui du Cher et celui de la Sioule, doit aussi être pris en compte.
Flou sur le ferroviaire et le partage de la "rente minière"
Parmi les autres points à éclaircir, la CNDP note le calendrier flou de la rénovation prévue de la ligne ferroviaire Gannat-Montluçon qui doit être menée en parallèle de la construction des sites industriels. Face aux fortes oppositions locales, la localisation du quai de chargement du concentré, prévue à Saint Bonnet de Rochefort, pourrait aussi être modifiée et s'implanter sur la commune voisine de Vicq.
La consultation du public a aussi été l’occasion de faire émerger diverses propositions, par exemple sur l’utilisation de biométhane (plutôt que de gaz naturel) pour alimenter le grand four rotatif de l’usine de conversion de Saint-Victor qui consommera 495 GWh de gaz par an, ou sur la valorisation de coproduits présents dans le gisement comme l’étain et le tantale, voire le béryllium. Les questions d’impacts sur l’emploi du projet (qui va créer 530 emplois directs mais pourrait impacter négativement le tourisme), du «partage de la rente minière», et de la gouvernance du projet pour impliquer les parties prenantes à long terme doivent aussi être affinées.
La sobriété en débats
La CNDP ne donne pas d'éléments précis sur l'acceptation locale du projet. Dans son rapport, elle vient cependant «nuancer» l’idée que les réunions auraient été houleuses et n’auraient vu passer que des opposants. Les positions, diverses, sont allées «d’un refus catégorique à un soutien sans conditions», notent les experts qui préfèrent parler de débats «presque toujours respectueux».
Plus largement, le débat a porté sur l’opportunité de la relance de l’extraction minière dans le monde à la faveur de la transition énergétique, dans lequel «la question de la sobriété s’est imposée», narre Mathias Bourrissoux. Dans cette controverse se sont opposés deux groupes : «les tenant d’une urgence visant à mobiliser tous les moyens et levier pour acter rapidement d’une décarbonation de nos activités, en particulier du transport», d’un côté, et de l'autre «ceux qui mettent en avant la décroissance comme première des priorités à avoir», refusant le remplacement un pour un du thermique par l’électrique…
Un contexte dans lequel l’absence de politique nationale concernant l’usage des ressources du sous-sol a fait défaut, pointe le président du débat. L’association France Nature Environnement (FNE), par exemple, s’oppose au projet d’Imerys en raison de l’absence de débat global autour de l’extraction minière en France et de mécanismes pour garantir l’utilisation du lithium produit dans des véhicules légers, jugés seuls compatibles avec une véritable transition. A ces questions, Imerys – qui a réalisé les demandes d’autorisation de ses pilotes industriels à l’été en vue de débuter leur construction en milieu d’année prochaine – ne pourra apporter seul de réponse.
Un «projet d’intérêt national majeur» qui passe mal
L’arrêté, pris le 5 juillet 2024, reconnaissant à l’extraction et au raffinage de lithium par Imerys le précieux statut de “Projet d’intérêt national majeur» (ou PINM) est «arrivé de manière plutôt inattendue et a percuté les débats», reconnaît le président de la CNDP, Marc Papinutti. Accordé par Matignon juste avant le second tour des élections législatives, ce statut a instruit les procès en partialité du gouvernement – qui affiche clairement son soutien au projet – et les inquiétudes des opposants, qui ont déposé début septembre un recours au Conseil d’Etat sur le sujet. «C’est le choix du bulldozer, pour ne pas dire du char d’assaut ! Ils n’ont même pas attendu la fin du débat public», fustige Jacques Morisot, membre du bureau de l’association d’opposition à la mine locale Préservons la forêt des Colettes. L’association, qui porte l’action juridique au côté du collectif Stop Mines 03, dénonce un passage en force et souligne les risques d'impacts environnementaux irréversibles de l'activité minière.
Créé par la loi «industrie verte» d’octobre 2023, le statut de projet d'intérêt national majeur vise à simplifier des projets industriels jugés cruciaux pour la souveraineté ou de transition écologique. Critères dans lequel Imerys, qui veut pouvoir approvisionner l'industrie européenne des batteries électriques, rentre parfaitement. «L’un des intérêts principaux est de simplifier la procédure d’urbanisme en donnant la main à l’Etat pour la mise en compatibilité des documents d’urbanisme avec le futur projet, puis de délivrer le permis de construire. Ce sont des procédures extrêmement longues, qui sont ainsi raccourcies», éclaire Vincent Brenot, avocat associé au sein du cabinet August Debouzy spécialiste des questions environnementales, qui y voit un «allégement administratif» bienvenu pour accélérer la mise en œuvre de grands projets industriels. Ce statut apporte aussi des dérogations supplémentaires à la protection des espèces protégées, qui inquiètent particulièrement les associations environnementales.
«Le projet EMILI, s’il est poursuivi à l’issue du débat public, devra suivre un processus d'autorisation conforme au code de l’environnement et au code minier», explique de son côté Imerys. Reste à voir si dans un contexte de renouveau minier compliqué en Europe - comme en témoignent les manifestations qui ont repris autour du projet de mine de lithium de Rio Tinto en Serbie - l'octroi d'un tel statut ne risque pas de donner du grain à moudre aux oppositions.



