Reportage

A la Brosserie Française, le made in France jusqu'au bout des poils

Installée à Beauvais (Oise) depuis 1845, la Brosserie Française a été reprise en 2012 par l'un de ses salariés, Olivier Remoissonnet, après avoir échappé de peu à la liquidation. Aujourd'hui, l'entreprise est un fleuron de la réindustrialisation de la France et fabrique des brosses à dents «éco-citoyennes».

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Brosserie Française
L'usine de la Brosserie Française fabrique huit millions de brosses à dents par an.

Situé à deux pas de la gare de Beauvais, dans l'Oise, l'immeuble fait, à première vue, penser à un centre de logistique. A l'extérieur, un petit pâturage où des ânes font l'objet de la curiosité des passants. Bienvenue à la Brosserie Française, une PME de 32 salariés et dernier bastion de la brosse à dents made in France. A l'intérieur, les machines et leurs opérateurs jouent en rythme, dans un brouhaha omniprésent mais supportable. Les machines fixent les poils sur les 40 trous d'une brosse à dents, les arrondissent pour rendre le poil soyeux, avant de finalement les conditionner. Le tout, à une vitesse impossible à suivre à l'œil nu. Une cadence impressionnante, pourtant loin d'être à son maximum. La Brosserie Française fabrique huit millions de brosses à dents de sa marque Bioseptyl par an, mais «pourrait en fabriquer trente millions», sourit Olivier Remoissonnet, directeur général de l'entreprise. 

Brosserie Française
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La gamme Bioseptyl se décline en plusieurs matériaux. Crédit photo : La Brosserie Française

Made in France et sobriété au menu

Le made in France est une valeur cardinale pour l’entreprise, tout comme les enjeux de sobriété. «On avait une démarche sobre avant que ça ne soit à la mode!», lance Géraldine Laforge, responsable marketing et communication de l'entreprise. La cadre et son équipe font ainsi un travail de veille pour identifier les matériaux du moment, en accordant une attention particulière à leur provenance.

Les manches des brosses en plastique sont par exemple produits par injection par l'entreprise de plasturgie Natta, implantée dans l’Orne. Des brosses sont également fabriquées à base d’anas de lin. Elles proviennent de Normandie et des Hauts-de-France. D'autres sont faites à partir de coquilles Saint-Jacques, sous-produits d’une entreprise française qui propose des plats préparés. Enfin, certains manches en bois sont issus de forêts éco-gérées en Franche-Comté. Pour compléter sa gamme bucco-dentaire, l’entreprise fabrique également un stick dentifrice solide «zéro déchet», fabriqué dans l’Oise.

Seuls bémols: les filaments utilisés pour les poils des brosses proviennent d'une usine DuPont aux Pays-Bas, tandis que les machines utilisées pour l’assemblage des brosses à dents ont été fabriquées sur mesure par l’entreprise belge Boucherie. Impossible de se fournir en France. «On a désindustrialisé et maintenant, on fait la course à l’envers», se lamente le dirigeant. Ces machines permettent notamment de fixer les filaments sur les brosses, grâce à des agrafes, également fabriquées en Allemagne.

Relocalisation de la production de l'Asie à la France 

La Brosserie produit également des brosses à cheveux et des brosses pour animaux domestiques, même si ces activités ne comptent que pour 15% de son chiffre d'affaires, qui devrait atteindre les 6,5 millions d’euros en 2022, contre 5,3 millions en 2021. «Nous avons enregistré 18% de croissance cette année, nous sommes quasiment revenus à nos chiffres pré-Covid», affirme le directeur général.

Si la PME se porte bien aujourd'hui, elle a frôlé la liquidation en 2012. À l’époque, Olivier Remoissonnet est salarié de l’entreprise et souhaite la reprendre. «Je ne pouvais pas reprendre l’entreprise seul. Heureusement, Olivier Voisin, à la tête du plasturgiste Natta, a apporté sa contribution, ce qui a permis à la Brosserie d’être viable économiquement parlant.» L’entreprise n’a pas fait de levée de fonds. «Nous n’avons pas les mêmes enjeux que les start-up. Ce qui importe, c’est que dans 70 ans, cette usine fabrique toujours des brosses à dents.»

Avant sa liquidation, l’entreprise avait délocalisé sa production en Asie. À sa reprise, son nouveau dirigeant fait le choix de la relocalisation et mise sur la formation des salariés. «J’ai demandé au tribunal de commerce d'accorder 105 000 euros de formation pour les salariés. Tous les salariés se sont formés à l’utilisation des machines pendant un an, et nous avons passé trois ans à préparer l’usine, sans activité marketing, ni de commerce.»

Brosserie Française
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À la Brosserie Française, tous les opérateurs sont polyvalents. Crédit photo : La Brosserie Française

Le dirigeant reste toutefois prudent pour l'avenir, en raison notamment de la montée des prix de l’énergie. «Notre crainte, c’est que notre contrat énergie ne sont pas mené à terme. Je ne souhaite pas que l’État nous octroie des aides pour contrer des augmentations, ce n’est pas ma philosophie. Je veux surtout qu’il nous accompagne dans le rapport de force très inégal que nous avons avec les grandes entreprises de l’énergie, en tant que PME.»

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