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A Grandpuits, TotalEnergies ne cesse de revoir la copie de sa première plate-forme zéro pétrole

En marge du parc solaire, inauguré le 7 juillet, et de l’unité de recyclage chimique de plastique, le projet de conversion de la raffinerie de Grandpuits (Seine-et-Marne) en plateforme zéro pétrole, présenté par TotalEnergies en 2020, ne cesse d’évoluer. Reportage.

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Le directeur de la plateforme de Grandpuit sur le chantier de la future bioraffinerie
Le chantier de la bioraffinerie de TotalEnergies à Grandpuits (Seine-et-Marne) le 7 juillet 2023, jour de l'inauguration d'une ferme solaire et d'un parc de batteries sur le site.

Symbole d’une reconversion industrielle en marche, c’est avec d’élégants ciseaux dorés utilisés par Georges Pompidou en 1967 pour inaugurer la raffinerie de Grandpuits en Seine-et-Marne que Valérie Pécresse, présidente de la région Ile-de-France, a coupé le ruban le 7 juillet, sous le soleil, du plus puissant parc photovoltaïque d’Ile-de- France. Cette centrale de 25 MWc en service depuis début 2023 étale ses 46 000 panneaux montés sur trackers sur une surface de 12 hectares, l'équivalent de 25 terrains de football. Le tout sur un terrain d'un total de 20 hectares appartenant à TotalEnergies et qui jouxte sa raffinerie près de Nangis, à 57 kilomètres de Paris.

Le parc doit produire 31 GWh par an d’électricité, soit la consommation d’environ 7500 foyers. C’est l'une des deux premières briques visibles de la transformation du site pétrolier en "plateforme multi-énergies zéro-pétrole" annoncée par TotalEnergies en septembre 2020, après un arrêt de cinq mois de la raffinerie en 2019 faisant suite à une fuite de canalisation.

Ferme solaire de Grandpuits inaugurée le 7 juillet 2023TotalEnergies
Ferme solaire de Grandpuits inaugurée le 7 juillet 2023 Ferme solaire de Grandpuits inaugurée le 7 juillet 2023

La ferme solaire de 25 MWc a été installée sur une terrain de 20 hectares non agricole à l'extérieur de l'ancienne raffinerie.

Du solaire, du stockage mais plus de bioplastique

Grâce à un investissement de 500 millions d’euros, TotalEnergies annonçait alors son intention de convertir le site à la chimie verte, avec une bioraffinerie capable de traiter 400 000 tonnes d’huiles usagées, de graisses animales et d’huiles végétales par an, pour produire 170 000 tonnes de biocarburant aérien, 120 000 tonnes de biocarburants routiers et 50 000 tonnes de bionaphta destiné à être transformé en bioplastique. Le projet "Galaxie" prévoyait aussi la production de 100 000 tonnes par an de bioplastique de type PLA, fabriqué à partir de sucre, biodégradable et recyclable, par une coentreprise Total Corbion ainsi qu’une unité de recyclage chimique de 15 000 tonnes de plastiques par an, par pyrolyse avec la technologie de Plastic Energy. Deux parcs solaires étaient aussi prévus à Grandpuits (28 MWc) et sur le site de dépôt de carburant frère de Gargenville (24 MWc). De fait, un parc photovoltaïque, qui s’étend sur un quart de la superficie du dépôt pétrolier de 25 hectares, a démarré en 2021 avec une puissance de 23 MWc. Il a été inauguré en octobre 2022.

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Parc de batteries sur la plateforme TotalEnergies de GrandpuitsDR
Parc de batteries sur la plateforme TotalEnergies de Grandpuits Parc de batteries sur la plateforme TotalEnergies de Grandpuits

Le 7 juillet était aussi inauguré le troisième parc de batteries pour l'équilibrage du réseau que TotalEnergies a installé sur ses sites.

A Grandpuits, le 7 juillet, une seconde brique symbolique de la transition énergétique du site, et de TotalEnergies, a été inaugurée. À gauche de l’entrée sud du site, le long du parking, Total a installé 43 MW de batteries Saft, une de ses filiales, dans 22 conteneurs. Mises en service en mars 2023, elles serviront, non pas à stocker la production du parc solaire voisin, qui injecte tout sa production dans le réseau Enedis, mais à l’équilibrage du réseau de transport d’électricité de RTE. Ce dernier a besoin de davantage de flexibilité pour intégrer partout en France toujours davantage d'électricité renouvelable intermittente éolienne et solaire. C’est la troisième unité de stockage de ce type qu’installe Total sur un de ses sites, après celles de Dunkerque (Nord) et Carling (Moselle).

Une unité de biométhane ajoutée au projet

La suite de la reconversion du site s’avère plus mouvementée. La construction de l’unité de recyclage chimique des plastiques de Plastic Energy, a bien débuté au sud du site sur une parcelle "vierge" d’installations pétrolières et «où il n’y avait que des bâtiments provisoires», précise Michiel Van Raebroeckx, le directeur de la plate-forme Grandpuits-Gargenville depuis deux ans, mais pour une mise en service à l’été 2024 et non 2023. Elle sera alimentée par Paprec, qui investit 10 millions d’euros dans une chaîne de sur-tri des plastiques flexibles à Amiens. En revanche, si 11 des réservoirs de stockage, dit bacs, ont déjà disparu, sur plus de quatre-vingt pour laisser la place, entre autres, à l’usine de production de bioplastique, celle-ci ne verra pas le jour. Le groupe néerlandais Corbion a annoncé début juin renoncer au projet, sans donner de raisons précises. Même si des inquiétudes sur l’approvisionnement en matière première et la décision de l’Europe de ne pas privilégier dans sa directive plastique à usage unique les plastiques biosourcés et/ou biodégradables recyclables à ceux recyclés n’y sont sûrement pas pour rien.  

Unité de recyclage chimique de plastique en construction à GrandpuitsDR
Unité de recyclage chimique de plastique en construction à Grandpuits Unité de recyclage chimique de plastique en construction à Grandpuits

Derrière l'unité de recyclage de plastique chimique en construction, les tours aéroréfrigérantes du sites, bardées de barricades jaunes sont en rénovation.

Qu’à cela ne tienne, TotalEnergies a une autre idée. Il va installer, tout au nord-ouest du site, une unité de méthanisation d’une capacité de 80 gigawattheures (GWh) par an. Elle sera, en partie, alimentée par les résidus de traitement des huiles usagées et graisses animales de la bioraffinerie, dans un logique d’économie circulaire à plusieurs boucles. Le reste du plan d’approvisionnement du méthaniseur en biomasse n’est pas encore défini. Mais la production de gaz de synthèse à partir CO2 biogénique émis lors de la purification du biogaz est déjà «à l’étude», a expliqué Stéphane Michel, directeur général gaz renouvelables et électricité de TotalEnergies, à L’Usine Nouvelle.

Plus de SAF et moins de biocarburant routier

Le projet de bioraffinerie, qui représente un investissement total de 400 millions d’euros, a lui aussi beaucoup évolué depuis 2020, avec notamment deux partenariats. L’un avec l’allemand Saria, fournisseurs de déchets lipidiques qui co-investit et lui permet de sécuriser 70 % de son approvisionnement. L’autre a été signé en novembre 2022 avec Air Liquide, qui va produire l’hydrogène bas carbone nécessaire à la production des biocarburants, grâce à une solution innovante de reformage, couplé à du captage cryogénique de biogaz produit par la bioraffinerie. Air Liquide y investit 130 millions d’euros. Sur le site, un espace, nouvellement terrassé, est prêt pour l’accueillir à côté des anciennes installations de raffinage en cours de reconversion. 

Michiel Van Raebroeckx le directeur de la plate-forme Grandpuits-Gargenville à Granpuits le 7 juillet 2023DR
Michiel Van Raebroeckx le directeur de la plate-forme Grandpuits-Gargenville à Granpuits le 7 juillet 2023 Michiel Van Raebroeckx le directeur de la plate-forme Grandpuits-Gargenville à Granpuits le 7 juillet 2023

Directeur de la plate-forme Grandpuits-Gargenville, Michiel Van Raebroeckx explique les changements à venir sur la raffinerie.

Au fil des mois et de la demande grandissante des compagnies aériennes pour les carburants aériens durables (CAD ou SAF en anglais), TotalEnergies a fait passer la production de SAF de Grandpuits de 170 000 tonnes par an à 210 000 tonnes en 2025. Puis, début juin, il a annoncé réinvestir, sans préciser de montant, dans la bioraffinerie pour produire 75000 tonnes supplémentaires à partir de 2027.  «Cela nécessitera  de compléter les installations pour les étapes d’hydrogénation et de fractionnement», explique Michiel Van Raebroeckx.

On n’en est pas encore là. Pour l’heure, les travaux portent sur la rénovation des anciennes installations de désulfuration de l’ancienne raffinerie. Ainsi que sur les installations de refroidissement. Si l’emplacement est prêt, la construction de l’unité de prétraitement des huiles et de la colonne de fractionnement, qui s’élèvera à 70 mètres juste sous les deux cheminées blanches et rouges emblématiques du site qui subsisteront, ne débutera pas avant plusieurs mois. En revanche, comme prévu, le site ne reçoit plus de brut dans ses réservoirs depuis fin 2022. Celui qui reste est évacué progressivement, pas camions, vers la raffinerie de TotalEnergies au Havre. D’ici à fin 2023, comme promis, le site sera effectivement zéro pétrole, mais pas encore totalement multi-énergies.

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