À Fessenheim, EDF veut recycler des déchets nucléaires métalliques issus du démantèlement

La centrale nucléaire de Fessenheim n’est pas encore complétement arrêtée qu’un projet de technocentre d’EDF sur le site soulève déjà l’opposition farouche des écologistes de la région. Mais de quoi s’agit-il exactement ?

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en 2017 l'Andra a construit au Cires a construit une alvéole dédiée aux déchets TFA de grande taille issu du démantèlement
La législation française interdisant pour l'instant le recyclage des déchets très faiblement radioactifs issus du démantèlement, l'Andra a construit en 2017 une alvéole dédiée aux pièces métalliques de grande taille qu'EDF voudrait pouvoir recycler à Fessenheim (Haut-Rhin).

Le projet d’EDF de technocentre sur le site de la centrale nucléaire de Fessenheim (Haut-Rhin) n’est pas "sur une voie de garage", contrairement à ce que craignait la CGT dans un communiqué du 12 février 2020. Le gouvernement français voit même d’un très bon œil l’idée d’implanter une nouvelle activité industrielle nucléaire à la place de la centrale qui arrêtera de produire de l’électricité le 30 juin 2020 et dont le démantèlement démarrera normalement en 2025.

Un projet soutenu par l'Etat...

Dans un communiqué du ministère de la Transition écologique et solidaire du 21 février, on peut en effet lire : "le gouvernement a réaffirmé sa volonté de créer à Fessenheim un centre d’excellence du démantèlement nucléaire, s’appuyant sur un technocentre pour le recyclage des matériaux métalliques très faiblement radioactifs. Le gouvernement a prévu d’adapter la réglementation pour permettre la valorisation de ces déchets dans le cadre de la cinquième édition du Plan national de gestion des matières et déchets radioactifs."

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De fait, le même jour, le gouvernement dévoilait ses grandes orientations pour le cinquième Plan national de gestion de matières et déchets radioactifs (PNGMDR), parmi lesquelles figure justement la possibilité de valoriser des déchets métalliques de très faible activité lorsque "cela est pertinent et par des dérogations ciblées".

...Malgré les Allemands

Pourtant, le 8 janvier, lors d’une audition à l’Assemblée nationale, Élisabeth Borne, la ministre de la Transition écologique et solidaire, avait bien expliqué que les Allemands ne voulaient pas du projet. "J'ai eu des échanges avec mes homologues allemands […]. Je ne peux pas vous dire qu'il y ait des grands signes d'ouverture de la part de nos voisins sur l'utilisation d'un technocentre qui supposerait pour eux de déplacer des déchets nucléaires au-delà de la frontière", a-t-elle expliqué, avant de préciser que pour EDF, le site de Fessenheim n’était qu’une des possibilités, le site de Tricastin étant aussi évoqué par EDF.

...Et l'opposition des écologistes

Tout semble donc en place pour que le projet aboutisse, si ce n’est l’opposition des écologistes, qui s’affichent déjà "résolument contre", comme l’a déclaré André Hatz, président de Stop Fessenheim. Pour Daniel Reininger, président de la fédération Alsace Nature, ce serait en effet "se tirer une balle dans le pied", alors que le territoire veut attirer des entreprises de pointe, qu’après avoir "fait sortir le nucléaire par la porte", on le fasse "rentrer par la fenêtre".

Mais pourquoi une telle opposition à un projet qui sur le papier a tout pour plaire? Non seulement il doit créer 150 emplois directs sur cinquante ans à partir de 2030, mais en plus il doit permettre de recycler les grandes pièces métalliques issues de la déconstruction des installations nucléaires que la législation française oblige pour l’instant à stocker dans les centres de l’Andra, même si leur taux de radioactivité se situe en dessous des seuils dits "de libération" définis par une directive européenne.

Vérifier le seuil de radioactivité

Tous les déchets issus des zones dites nucléaires sont en effets considérés comme des déchets non valorisables. "Sur installation nucléaire en démantèlement du type de celles de Fessenheim, plus de 90 % des déchets ne sont pas radioactifs, rappelle-t-on chez EDF. Et sur ceux qui sortent des zones dites nucléaires, une grande part n’ont pas de radioactivité." Beaucoup sont métalliques, notamment les générateurs de vapeurs. Reste à démontrer qu’ils sont bien en dessous des normes. C’est ce qu’on appelle le seuil de libération qui existe dans la plupart des pays nucléarisés.

Recycler les déchets métalliques

Pour les gravats "c’est compliqué, car il peut toujours y avoir des points chauds", reconnaît-on chez EDF. Mais les métaux, eux, peuvent être fondus. Et en phase liquide, ils deviennent une source homogène sur laquelle il est possible d'effectuer des prélèvements et mesures fiables de radioactivité. Et donc écarter des lots si jamais le seuil est dépassé. Les lingots seraient alors entreposés dans un centre de l’Andra, comme aujourd’hui. Mais ils prendraient moins de place. Les autres lingots, certifiés sous le seuil, pourront être revendus.

Une technologie à affiner

EDF possède déjà la technologie pour fondre les métaux. Sa filiale Cyclife France, spécialisée dans le traitement de déchets et effluents radioactifs, a mis en service en 1996 le Centre de traitement et de conditionnement de déchets de faible activité (Centraco), sur le site du CEA de Marcoule (Gard). Mais elle ne peut traiter que des pièces métalliques de petites tailles et les lingots sont expédiés à l’Andra. L’énergéticien a également fait l’acquisition en 2016 de l'activité de traitement des déchets radioactifs du groupe suédois Studsvik avec une unité de recyclage des métaux, incinération et pyrolyse situés à Nykoping en Suède et un centre de recyclage des métaux MRF (Metal Recycling Facility) de Workington en Grande-Bretagne.

Ouverture en 2030 

Mais le four qui sera installé à Fessenheim "sera différent du four suédois", précise-t-on chez EDF. Car ce n’est pas juste un centre technique pour développer la technologie permettant de mesurer le taux de radioactivité des déchets métalliques. EDF envisage d’implanter à Fessenheim un centre de recyclage complet. Contrairement à Centraco à Marcoule, il pourra accepter de grandes pièces, issues du démantèlement des deux réacteurs de Fessenheim, les générateurs de vapeur, lorsqu’ils seront remplacés dans les autres centrales et les diffuseurs de l’usine d’enrichissement d’uranium Georges Besse (ex Eurodif) d’Orano à Tricastin (Drôme) dont le démantèlement va démarrer. Le décret l’autorisant a été publié au Journal Officiel le 7 février.

150 emplois

Le montant de l’investissement pour créer le technocentre et l’unité industrielle de recyclage est en cours de chiffrement chez EDF. Le chantier, qui pourrait démarrer dès 2025 occuperait 180 personnes. En fonctionnement, le site emploierait 150 personnes durant au moins cinquante ans.

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