A Eurosatory, ces PME et ETI civiles françaises qui se diversifient dans le secteur de la défense

Présentes au salon Eurosatory, qui s'ouvre ce 17 juin, de nombreuses PME et ETI hexagonales ont fait le choix de diversifier leur offre vers le marché de la défense. Produits innovants, réalisations sur-mesure ou fabrication française... Les arguments ne manquent pas alors que les commandes du ministère des Armées à ses près de 24600 fournisseurs sont en hausse continue depuis plusieurs années.

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Dans le Calvados, ACGB fabrique des réservoirs pour les véhicules militaires. Sous-traitant de plusieurs grands groupes, l'entreprise destine la moitié de sa production défense à l'export.

«Nous avons eu des clients dans le domaine militaire dont on ne soupçonnait pas l’existence». Parmi les plus de 2000 exposants du salon Eurosatory, organisé du 17 au 20 juin au Parc des expositions de Villepinte, l’on compte de grands acteurs du secteur mais aussi des PME et ETI pour qui la défense n’est pas l’activité première.

Depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022, la volonté de mettre en place une «économie de guerre» est régulièrement réaffirmée par Emmanuel Macron. Dans ce contexte, les paiements aux fournisseurs privés des armées sont en hausse continue depuis plusieurs années (+3,4% en 2022). Selon les derniers chiffres du ministère des Armées, 17,5 milliards d’euros ont été versés en 2022 à 23 323 entreprises privées, dont 8799 PME (1,83 milliard d’euros) et 2240 ETI (3,75 milliards d’euros).

À côté des équipements standards, la défense peut aussi être un débouché logique pour des produits civils utiles aux militaires. «Pour les tentes de grande dimension, on a remarqué qu’il n’y avait pas de modèles qui existaient à déploiement semi-automatique, indique Emmanuel Musner, président de Vitabri, une PME textile de 50 salariés installée à Besançon (Doubs). Il y a eu un réel engouement dans ce secteur que l’on ne connaissait pas, on est donc revenus pour la deuxième fois à Eurosatory.» Déployable en quelques secondes par deux personnes grâce à des vérins à gaz, la tente de Vitabri peut mesurer jusqu’à 25 mètres carrés.

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Vitabri Vitabri

Vitabri a livré plusieurs tentes à déploiement semi-automatique au RAID, l'unité de choc de la Police nationale.

Destiné à l’événementiel sportif, le modèle a été adopté pour les paddocks de plusieurs équipes du Championnat du monde des rallyes – 2 (WRC2). Déclinable en poste de commandement ou de sécurité, la tente a depuis été commandée par le RAID et plusieurs grandes entreprises françaises qui opèrent pour l’armée française.

«La défense permet de lisser notre activité»

«Nous sommes sur un marché extrêmement concurrentiel et il a fallu trouver des secteurs où les entreprises chinoises ne pouvaient pas être présentes, quand il faut de la technicité et du sur-mesure», complète le dirigeant qui relocalise sa production depuis 2019. Pour satisfaire les acteurs de la défense, Vitabri doit ainsi adapter ses techniques de confection ou l’architecture de ses tentes. D’une valeur unitaire moyenne de 8000 euros, le modèle fait l’objet de commandes entre 1 et 50 exemplaires. Le marché de la défense représente désormais 10% de son activité contre zéro il y a deux ans. «Ce qui est intéressant c’est que nos marchés historiques sont dépendants de la saisonnalité, précise Emmanuel Musner. Sur le marché de la défense, ce n’est pas le cas, ce qui nous a permis de lisser notre activité, notamment sur les périodes creuses.»

La diversification vers le secteur militaire concerne aussi des domaines innovants. À Bruz (Ille-et-Vilaine), H2X Ecosystems, spécialisée dans l’hydrogène, a fait ce pari qui représente à présent 10% de son chiffre d’affaires. Cette PME bretonne, qui a conçu de multiples prototypes de véhicules à hydrogène, s’est lancée sur le segment il y a trois ans. A l'époque, un grand groupe industriel l'a contactée à la recherche de solutions techniques. Ce projet a donné naissance à un drone terrestre appelé Hermione.

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H2X H2X

Le drone Hermione a été testé dans des exercices de combat par l'armée de Terre.

Avec son allure de petit buggy, l’engin peut être déployé au combat pour des missions de renseignement, de transport de matériel mais surtout de fourniture d’énergie. Ses réservoirs d’hydrogène sont couplés à une pile à combustible qui permet de produire de l’électricité. «Il faut le voir comme une plateforme énergétique, indique Stéphane Paul fondateur et dirigeant de l’entreprise d’une quarantaine de salariés. Il peut alimenter le matériel des fantassins ainsi que les systèmes de communication et d’optique ou même d’autres drones.» Récemment testé à l’Académie militaire de Saint-Cyr Coëtquidan (Morbihan), Hermione pourrait également trouver des applications civiles dans le domaine de l’agriculture ou de la sécurité.

«Trouver de la stabilité en termes de chiffre d’affaires»

En parallèle, H2X a remporté un marché avec les armées pour un démonstrateur de petit générateur électrique à hydrogène. D’une puissance de 15 KW, il doit permettre d’alimenter des camps isolés ou des antennes en profitant du fait que l’hydrogène est facile à transporter. Si le modèle donne satisfaction, la production en série sera enclenchée.

Mais que donne le pari du marché de la défense à long terme ? Fabricant de réservoirs en aluminium, l’entreprise normande ACGB ne regrette pas sa décision, enclenchée il y a plus de 10 ans. «Cela a été une volonté de ma part de me diversifier pour aller chercher de la stabilité en termes de chiffre d’affaires», résume Sylvain Auvy, qui a repris l’entreprise en 2013 (intégrée depuis au groupe MMS Industry, 50 millions d’euros de chiffres d’affaires et 350 salariés en 2023). À l’époque, l’ancien ingénieur automobile contacte Renault Trucks Defense (devenu Arquus) pour proposer au groupe d’assurer la fabrication sur-mesure de réservoirs métalliques pour les véhicules militaires. La démarche finit par payer. «Au fur et à mesure, nous avons été régulièrement consultés, même si l’on était toujours en concurrence avec d’autres fournisseurs, poursuit le dirigeant. Le prix et la qualité étaient des critères primordiaux mais il y avait aussi la fabrication nationale et européenne ainsi que notre robustesse financière.»

Si la fabrication des réservoirs reste la même que pour le monde civil, ACGB est confrontée à des exigences différentes pour garantir leur utilisation par les militaires. «Un véhicule blindé a vocation à être utilisé en tout-terrain. Il y a des accélérations, des chocs. Il peut être héliporté ou largué. Même rempli il faut que son réservoir ne s’éventre pas», explique Sylvain Aury. Le groupe réalise aujourd’hui environ 20% de son activité dans la défense, dont la moitié à l’export. Il compte une vingtaine de références de réservoirs pour des clients comme Arquus, Nexter mais aussi Rheinmetall ou General Dynamics. Un débouché appréciable sur le long-terme grâce à des contrats qui s’étalent sur plusieurs années, même si le nombre de pièces à livrer varie.

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