Pari presque gagné pour Raphaël Gorgé, le PDG du groupe Gorgé et de sa société Calogena, qui développe un mini réacteur modulaire (SMR) à eau faiblement pressurisée de 30 MWt pour les réseaux de chaleur urbains. A l'issue du quatrième Conseil de politique nucléaire (CPN), qui s’est tenu à l’Elysée le 17 mars, il a été annoncé que Calogena pourrait construire son premier de série sur le site nucléaire du CEA de Cadarache (Bouches-du-Rhône). Non pas juste comme un démonstrateur, mais bien pour alimenter le réseau de chaleur du site aujourd’hui chauffé au gaz.
«C’était un des éléments que nous attendions du CPN, même si je n’ai pas reçu de confirmation officielle. Il était important pour Calogena de se voir octroyer un site en France pour construire un vrai premier de série optionnel. Il était plus simple, pour nous, d’avoir un site nucléaire», précise Raphaël Gorgé à L’Usine Nouvelle. Le CEA, qui gère un des deux sites nucléaires en France disposant d’un réseau de chaleur à décarboner et qui avait reçu comme mission du gouvernement d’aider les porteurs de projets de SMR lauréats de l’appel à projets petits réacteurs nucléaires innovants de France 2030, a donc fait d’une pierre deux coups. Pour Calogena, cela permet de repousser à plus tard les questions d’acceptation de la construction de réacteurs nucléaires à proximité des villes sur des sites non nucléaires.
Une tête de série opérationnelle sur site nucélaire
Un problème qui s’avèrerait moins épineux qu’attendu. «Une grosse dizaine de villes françaises sont intéressées par la chaleur nucléaire. Et nous avons déjà une lettre d’intention signée d’une d’entre elles», assure le dirigeant de Calogena. Mais c’est d’abord en Finlande, où la ville d’Helsinki lance un appel d’offres pour les SMR pour chauffer la ville, que Calogena voit l’installation de ses premières unités hors site nucléaire. «On va répondre en proposant des SMR de 3 fois 30 MWt, soit 90 MWt, c’est-à-dire trois mini réacteurs dans le même bâtiment», indique Raphaël Gorgé, qui vient d’ouvrir une filiale en Finlande.
Mais tout reste, ou presque, à faire. Si Calogena a déjà déposé son dossier d’option de sécurité à l’Autorité de sûreté nucléaire française (l’ASN), en novembre 2024, il faut réaliser les mêmes démarches en Finlande. Et attendre le retour d’ici à 2026, pour pouvoir déposer une demande d’autorisation de construction. Et en parallèle, avancer sur la construction du premier de série à Cadarache, qui tiendra dans un bâtiment de 1000 m², avec un réacteur plongé dans une piscine enterrée. La start-up doit finaliser sa sélection de fournisseurs en Europe. «Comme nos équipements ne sont pas sous pression, il ne s’agit pas forcément de fournisseurs du nucléaire», indique Raphaël Gorgé.
Avant un déploiement pour le chauffage urbain
Pour réaliser tout cela, Calogena, qui avait déjà reçu 5,2 millions d’euros de subvention de France 2030, va encore avoir besoin d’un soutien financier public. Via le Secrétariat général à l’investissement, l’État devrait même entrer au capital de Calogena. À ce stade, Raphaël Gorgé est discret sur l'étendue de ses besoins. Mais prévient déjà qu’il ne faut pas être trop pressé. «Pour Cadarache, on parle d’un début de construction en 2029-2030. Sachant qu’il faudra trois ans pour construire le premier», indique Raphaël Gorgé. Un dossier à suivre.



