À Belfort, des acteurs publics unis pour pousser l’hydrogène et la diversification industrielle

[Territoires & Industrie] La quatrième étape de «Territoires & Industrie», le tour de France de la réindustrialisation organisé par L’Usine Nouvelle et la Gazette des communes, se tiendra le 26 octobre à Belfort, dans le Nord-Franche-Comté. Une longueur d’avance dans l’hydrogène, un tissu industriel historique, une zone d’activités proche et un fonds de revitalisation attractif... A Belfort, des collectivités et leurs partenaires publics activent ensemble et en bonne intelligence ces leviers pour innover et tenter de diversifier l’industrie locale.

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Technhom Belfort
La société d'économie mixte Tandem a rénové une friche industrielle, transformée en parc technologique urbain, Techn'Hom.

Les élus locaux parlent assez volontiers, dans ce plus petit département de France, d’«union sacrée». Les luttes pour sauver l’emploi belfortain d’Alstom en 2003, puis de General Electric (GE) en 2019, ont appris aux collectivités à faire front commun. La présidente PS de la région Bourgogne-Franche-Comté Marie-Guite Dufay et le maire et président du Grand Belfort LR Damien Meslot oublient leurs clivages politiques lorsqu’il s’agit de défendre les savoir-faire locaux, de pousser l’innovation et la diversification.

La présence d’Alstom, dès la fin du 19e siècle, puis de General Electric, à la fin du 20e, avaient donné au Territoire de Belfort sa couleur industrielle – l’énergie – qu’il s’agit de faire perdurer, et les porteurs de projet vantent souvent la qualité de l’accueil des acteurs publics et de «l’écosystème local» pour expliquer le choix de Belfort. «Nous avons une technique éprouvée pour accompagner les projets, explique Rodolphe Beuchat, directeur général adjoint du Grand Belfort. Sous l’égide du Grand Belfort et du préfet, nous réunissons les acteurs du développement économique, les services de l’État, Pole Emploi, la DGFIP… afin d’écouter les besoins et de mettre en contact direct les porteurs avec des personnes relais haut placées dans ces structures, et ainsi raccourcir tous les délais. Cette task force, c’est quelque chose qui est reconnu et apprécié.»

Focus sur l'hydrogène

Ancienne base de l’Otan, Belfort s’est fait une spécialité de l’hydrogène. Si ce gaz a désormais l’attention des pouvoirs publics, les élus locaux ont misé sur lui dès 1999 avec la création d’un Centre national de recherche technologique (CNRT) puis d’une plateforme d’essais sur les piles à combustible intégrée au FC-Lab, qui fait référence. Début octobre, le troisième Forum «Hydrogen business for climate» porté par les acteurs publics et économiques locaux a réuni 450 visiteurs et 70 experts à Belfort, et les projets fleurissent.

H2Sys, une pépite issue de la recherche locale, s’est installée sur Techn’hom, un parc technologique et industriel porté par la SEM Tandem où viennent chaque jour travailler ou étudier 8 500 personnes. Avec ses piles à combustible de forte puissance et sa promesse de 700 emplois à horizon 2030, Inocel s’y installe aussi. La «task force» a également réussi un joli coup en convaincant McPhy de venir implanter sa gigafactory d’électrolyseurs sur l’aéroparc de Fontaine, à côté de Belfort, où la jeune pousse grenobloise annonce 450 emplois. La production devrait démarrer en 2024.

Ancienne base de l'Otan devenue parc d'activités

La communauté d’agglomération avait hérité en 2017 de la gestion de cette ancienne base aérienne de l’Otan transformée en zone d’activités de 155 hectares dans les années 1990. «Cette zone vivotait et il restait des surfaces importantes à aménager, se souvient Rodolphe Beuchat. Avec le président du Grand Belfort, nous avons affiné une stratégie autour de deux choix : l’accueil de logisticiens, en forte demande, et l’accompagnement de la filière hydrogène.» La logistique pour sortir de la mono-industrie et de l’énergie ? Cette diversification fait débat. La plateforme de stockage d’Amazon à Fontaine a vu son permis de construire annulé en 2022 suite à des recours d’associations écologistes et des réserves d’élus de l’opposition sur le modèle que le géant du e-commerce promeut. Les 76 000 m2 ont finalement été récupérés par le fabricant de chauffe-eaux et pompes à chaleur Atlantic, déjà présent à Fontaine, pour sa… logistique. L’autre projet Amazon, une plateforme de livraison du dernier kilomètre, a pu aboutir et emploie 150 personnes. Dans les récents dossiers logistiques figurent aussi Primaver qui prévoit 150 emplois, et Comafranc, 40 emplois. Autre diversification, à Fontaine : une ferme solaire de bientôt 73 000 panneaux photovoltaïques exploitée par une filiale d’EDF Renouvelables France.

Côté financements, Belfort dispose d’un atout qui n’a pas été négligeable dans les dossiers McPhy, Inocel ou H2Sys : son « Fonds Maugis », un fonds de revitalisation industrielle alimenté par la pénalité de 50 millions d’euros due par GE pour n’avoir pas créé les 1 000 emplois promis lors du rachat à Alstom, en 2014. «C’est un levier supplémentaire d’attractivité», assure Martine Abrahamse-Pleux, la directrice générale de l’Agence économique régionale (AER) qui missionne un développeur de proximité pour ce territoire spécifique, en lien avec ADN-FC, l’agence de développement économique du nord Franche-Comté. Financée par cinq intercos, dont celles de Belfort, ADN-FC est partie prenante de la «task force». Son nouveau directeur, Xavier Prevotat, loue lui aussi «la bonne complémentarité» des acteurs publics de ce petit «territoire d’industrie», dont il porte d’ailleurs la candidature à une nouvelle labellisation.

Monique Clémens (La Gazette des communes)

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