Comment la filière automobile de Bourgogne-Franche-Comté repense son activité historique

Les sous-traitants automobiles traditionnels transposent leurs activités à la mobilité électrique ou hydrogène, et s’ouvrent à de nouveaux marchés comme l’habitat.

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Delfingen, spécialisé dans la protection des réseaux embarqués, surfe sur l’essor des véhicules électriques et hybrides.

À Delle (Territoire de Belfort), les 250 salariés de Lisi Automotive réalisent, grâce à la frappe à froid, des fixations vissées destinées au moteur thermique. «Nous avons mené une réflexion avec nos clients constructeurs pour comprendre la conception des moteurs électriques et des bacs batteries et identifier les fixations nécessaires», détaille François Liotard, le directeur général de la branche automobile du groupe Lisi, qui représente 40% de son chiffre d’affaires de 1,4 milliard d’euros.

Pour s’adapter à son nouveau marché, l’entreprise a investi 2 millions d’euros dans une presse de frappe à froid permettant de fabriquer des vis plus longues. «Il fallait aussi embarquer des systèmes d’étanchéité sur ces vis. Nous avons donc mobilisé 1million d’euros dans une cellule d’assemblage automatique», ajoute-t-il. À cet investissement se sont ajoutés 800 000 euros destinés à la création d’une salle grise de lavage particulaire. Alors que deux contrats ont été signés avec des constructeurs français et allemand, Lisi Automotive doit désormais tenir les délais.«Nous attendons de recevoir les équipements en 2024 pour former les équipes, avec un démarrage de la ligne en 2025», anticipe le DG. D’ici à 2026, l’industriel espère atteindre 10 millions d’euros de chiffre d’affaires grâce à cette production sur le site de Delle.

Spécialiste mondial des protections de câblages, Delfingen, dont 85% du chiffre d’affaires sont issus du secteur automobile, prévoit une croissance grâce à la mobilité électrique. Et pour cause : par rapport au thermique, le véhicule électrique ou hybride nécessite 33% de câblage supplémentaire. Depuis dix ans, le virage de Delfingen vers les gaines textiles s’inscrit pleinement dans la transition de la mobilité. L’activité de son usine d’Anteuil (Doubs), de 260 salariés, est portée par la montée en puissance des volumes. «Cette année, nous attendons une hausse de 3% de la production automobile mondiale, avec plus de véhicules hybrides et électriques, ce qui signifie pour Delfingen 6% de croissance et de nouvelles parts de marché, explique Christophe Clerc, son vice-président exécutif. Nous devons être capables de saisir ces opportunités.»

D’autres sous-traitants de l’automobile se sont tournés vers de nouveaux secteurs. Méca-Forging, expert dans la frappe à froid et à mi-chaud, réalise 60% de son activité dans les véhicules thermiques, en produisant notamment des pièces d’échappement. Même s’il ne ressent pas encore les effets de l’accord européen sur la fin des véhicules neufs à moteur thermique en 2035, il investit pour s’imposer sur d’autres marchés. «Nous avons fait l’acquisition d’une presse pour la R&D et de machines de reprise d’usinage pour des opérations secondaires à l’opération de frappe, afin d’avoir des pièces plus complexes», détaille Jérôme Papy, son directeur technique. Méca-Forging a débloqué 2,5 millions d’euros. L’entreprise installée à Rioz (Haute-Saône) vise le BTP. «Nous avons des demandes dans l’outillage à main mais aussi pour des pièces de fixation dans les bâtiments industriels», explique le responsable.

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Chez Plastiform, spécialiste du thermoformage et du conditionnement (25 salariés), l’activité automobile représente 45% du chiffre d’affaires de 3,5 millions d’euros. L’industriel du Doubs se convertit à la plastronique en investissant 4,5 millions d’euros dans une ligne et un atelier intégrant une salle blanche pour d’autres besoins automobiles. Il s’ouvre aussi les portes d’un nouveau marché dans l’habitat. «Le logement demande à être de plus en plus efficient. Nous allons réaliser des pièces en plastique pour des clients produisant des systèmes intelligents pour les vantaux», rapporte Olivier Rodary, son directeur général. Plastiform a mis sur la table 2,2 millions d’euros pour s’équiper et concevoir des produits destinés à la réhabilitation et à l’habitat neuf.

Un pôle dédié à l’hydrogène

De son côté, Fives Cinetic, expert en automatismes et systèmes robotisés pour l’industrie, multiplie les pistes de diversification. L’entreprise de 160 salariés, dont 130 à Héricourt (Haute-Saône), pour un chiffre d’affaires de 40 millions d’euros, va concevoir des lignes pour la mobilité durable, aussi bien pour le montage de convertisseurs pour les véhicules hybrides que la fabrication de réservoirs à hydrogène. Pour autant, alors que l’automobile représentait 80% de ses débouchés, elle a inversé la tendance. «Avec la pandémie, nous avons mis l’accent sur une activité jusque-là mineure pour nous, l’ameublement, car notre technologie pouvait s’y appliquer, raconte Thierry Malard, le directeur exécutif. La filière représente désormais 60% de notre production.» Fives Cinetic conçoit ainsi des lignes dédiées aux panneaux de bois pour des acteurs finaux de la cuisine tels que Mobalpa et Schmidt.

Mais ce qui met en ébullition la Bourgogne-Franche-Comté, c’est l’hydrogène. Un pôle se constitue autour de Belfort. McPhy doit y ouvrir au premier semestre 2024 sa gigafactory d’électrolyseurs alcalins de grande taille destinés à l’industrie lourde. La start-up Inocel a annoncé en mai avoir choisi cette ville pour implanter sa première usine de piles à combustible de forte puissance. Deux projets utiles à la mobilité lourde, quand celui de Gen-Hy et d’Eiffage vise un marché plus grand public.

A Héricourt (Haute-Saône), l’entreprise Gaussin s’est depuis longtemps fait un nom dans le secteur, en développant des engins portuaires autonomes fonctionnant à l’hydrogène. Elle a récemment inauguré une plateforme roulante et modulaire pour camions, fonctionnant aussi bien en tout-électrique qu’en version hydrogène.

Les sous-traitants de l’automobile suivent le mouvement. A Allenjoie (Doubs), l’usine aux 300 salariés de Faurecia, une entité du groupe Forvia qui a réalisé 25,5 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2022, se consacre à la conception de systèmes d’échappement et opère un changement d’activité.«Anticipant des décisions politiques, nous avons lancé en janvier la production de systèmes de réservoirs à hydrogène sur un tiers de l’usine», développe Yannick Cavalli, chargé des opérations pour Faurecia Hydrogen Solutions. Le site devrait passer d’une technologie à l’autre d’ici à 2026 pour produire 100 000 réservoirs à hydrogène par an.

Le nouveau venu
Gen-Hy construit son usine d’electrolyseurs

Depuis 2019, la start-up Gen-Hy conçoit, fabrique et commercialise des solutions énergétiques capables d’exploiter l’hydrogène. L’entreprise entend maîtriser toute la ligne de production industrielle. Son procédé repose sur des catalyseurs qui augmentent l’efficacité de la technologie de son électrolyseur. Gen-Hy développe également ses propres membranes sans recourir à des matériaux rares, se félicitant d’être le seul français à maîtriser ce genre de produit et de process. Pour passer des tests concluants en laboratoire, à l’échelle industrielle, la start-up a annoncé, en partenariat avec Eiffage Energie Systèmes, la construction de Gen-Hy Cube, une usine d’électrolyseurs, à Allenjoie, près de Montbéliard (Doubs). Celle-ci devrait être opérationnelle en 2024, avec 42 salariés au départ, 140 à terme. En sortie d’usine, un conteneur abritant les membranes et électrodes assemblées dans l’usine sera destiné à une installation sur site afin que la production d’hydrogène soit accessible là où la consommation est nécessaire, sans qu’il y ait besoin de le stocker. Gen-Hy espère que, d’ici quatre à cinq ans, les premières stations soient disponibles pour répondre aux clients, des collectivités ou réseaux autoroutiers, afin de mailler le territoire d’ici à dix ans.

 

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Vous lisez un article de L'Usine Nouvelle 3720-3721 - Juillet/août 2023

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