L’annonce de 242 licenciements était redoutée par les salariés depuis un mois. La direction de Mecafi, filiale de Nexteam, a confirmé aux représentants du personnel lors d'un CSE extraordinaire le 8 juillet la mise en place d’un plan de réorganisation qui prévoit la suppression de près de la moitié de l’effectif à Châtellerault (Vienne).
Spécialisée dans la mécanique de précision, l’entreprise qui fabrique des aubes de réacteurs pour Safran est impactée par la crise sanitaire ayant entraîné un effondrement du trafic aérien et une baisse importante de son carnet de commandes.
Selon le groupe Nexteam, ce plan de réorganisation doit permettre "de sauver les emplois demeurant sur le site et, si le marché repart sous trois ans, permettre à la société de retrouver un équilibre financier en 2030". Durant le confinement, l’entreprise était à l’arrêt. La production avait redémarré difficilement en juin, elle est à nouveau stoppée. La direction aurait envisagé de proposer un plan de sauvegarde de l’emploi mais y avait renoncé le 25 juin en adressant un démenti aux représentants du personnel.
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Une catastrophe sociale et économique dans cette ville d’à peine 32 000 habitants selon Stéphane le Bihan, représentant de l’intersyndicale CGT-CFDT de Mecafi. "Nous nous y attendions, bien que la direction ait démenti ses premières annonces de PSE faites lors du CSE de mai dernier. La crise de Boeing avait commencé à nous toucher puis on s’est pris la crise du Covid-19 et nous sommes dépendants à 80 % d’un seul donneur d’ordres, Safran, qui a mis un frein énorme sur les commandes, le tout cumulé nous a amenés à cette situation." Ces suppressions de postes se traduiraient par des départs volontaires, des départs à la retraite et des licenciements secs. Le représentant de l’intersyndicale regrette qu’une diversification n’ait pas été menée afin de trouver de nouveaux débouchés dans d’autres secteurs. "Nous avions averti plusieurs fois la direction sur ce sujet, assure-t-il, il y avait des marchés dans le naval, le médical et même l’automobile. Nous fabriquons des pièces de précision, notre savoir-faire est reconnu mais la direction pense que c’est bien de miser sur l’aéronautique."
Le chômage partiel longue durée pourrait réduire le nombre de licenciements
La direction compte sur le chômage longue durée afin de revoir à la baisse les suppressions de postes, une annonce qui pourrait aller dans le sens des représentants des salariés.
"On va se battre pour qu’il y ait un minimum de salariés qui perdent leur emploi, promet Stéphane le Bihan. La direction nous a dit qu’elle attendait le décret sur le chômage partiel longue durée concernant l’aéronautique, qui sera bientôt promulgué, pour baisser le nombre de suppressions de postes. Bien que nous soyons sous la branche métallurgie, nous pourrions en profiter car nous ne fabriquons que des pièces de moteurs d’avions."
La prochaine réunion est prévue le 20 juillet pour étudier le volet R1 du PSE. Le délégué du personnel compte bien maintenir la pression mais il écarte d’emblée toute action violente. "Des actions vont être menées, elles sont en cours d’étude, assure-t-il, mais nous ne sommes pas des barbares ni des Vikings, on n’est pas là pour faire tout sauter! Nous voulons trouver des solutions et dialoguer avec la direction mais nous n’allons pas tout accepter car, depuis un mois, on nous balade, on nous raconte des histoires."
Porté par un secteur aéronautique en forte croissance, Mecafi avait investi dans une nouvelle usine à Châtellerault en 2016 avec le soutien financier de collectivités locales à hauteur de 10 millions d’euros. En 2018, Mecafi avait été reprise par Nexteam Group basé à Marmande (Lot-et-Garonne) qui compte six usines en France, dont quatre dans le sud-ouest, une en Pologne et une en Roumanie qui emploient 1 500 salariés pour un chiffre d’affaires de 250 millions d’euros en 2019.



