[2022 en mots-clés] Les «bassines», au cœur des tensions entre agriculteurs et écologistes

En cette fin d’année, L’Usine Nouvelle revient sur les mots qui ont marqué l’actualité de 2022. Parmi eux, les «bassines» dédiées à la rétention d’eau pour l’irrigation des cultures attisent les tensions, particulièrement dans les Deux-Sèvres, entre exploitants et militants écologistes.

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AFP - ne pas réutiliser / méga-bassine
Dans les Deux-Sèvres, une bassine avait déjà été endommagée à Mauzé-sur-le-Mignon en novembre 2021.

«Méga-bassines» pour les uns, «réserves de substitution» pour les autres : les projets de «bassines» dédiées à la rétention de l’eau afin d’irriguer les productions agricoles ont charrié leur flot de polémiques, notamment du côté des Deux-Sèvres. Fin octobre 2022, c'est l'acmé des tensions, lorsque plusieurs milliers de militants écologistes bravent l’interdiction préfectorale de regroupement pour saboter les travaux de construction de l'une des bassines du côté de Sainte-Soline.

Parade au stress hydrique face à la succession des aléas climatiques ou ultime hérésie de l’agriculture productiviste ? Petit rappel sur les «bassines» via l’étude des seize projets ciblés par les manifestants dans les Deux-Sèvres.

A l’origine des réserves de substitution

«Le réchauffement climatique devrait conduire à de plus fortes précipitations en hiver et des sécheresses estivales plus marquées qui impacteront les rendements des productions céréalières», pose l’arrêt interpréfectoral du 23 octobre 2017 qui a ouvert la voie à la construction de ces bassines. Dès lors, «la sécurisation de ces productions par une ressource en eau indépendante des conditions climatiques estivales nécessite le développement d’une infrastructure hydraulique de stockage d’eau en période hivernale, lorsque la ressource est disponible.»

L’idée est donc de puiser dans les cours d’eaux et nappes phréatiques l’hiver, lorsque ces dernières sont supposées faire le plein en eau, pour remplir de grands bassins qui seront vidés l’été pendant la période d’irrigation. Les ressources seraient ainsi ménagées. Ces «réserves de substitution», dixit l’arrêt, «sont des ouvrages étanches, et alimentées exclusivement par des prélèvements en période excédentaire en hiver qui se substituent à des prélèvements existants en période d’étiage (période où le cours d’eau est au plus bas, NDLR).» Elles sont réalisées «en déblais/remblais» et «rendues étanches artificiellement par la mise en place d’un dispositif d’étanchéité par géomembrane», des sortes de grandes bâches plastifiées.

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Mais le projet des Deux-Sèvres tel que conçu en 2017 a généré de fortes oppositions : il a été recalibré trois fois. Sur les dix-neuf bassines prévues initialement il n’en reste que seize, qui devraient sortir de terre d’ici 2026, d’après Ouest-France. Les volumes d’eaux prélevés sur la période hivernale ont aussi été revus significativement à la baisse : de plus de 8,6 millions de m3 à 6,2 millions.

Un accord avec les agriculteurs

En outre, le projet est désormais conditionné à des engagements des agriculteurs sur leurs pratiques. «La sécurisation de l’eau que ce projet de réserves de substitution apporte aux exploitants agricoles irrigants ne peut se faire qu’en contrepartie d'engagements individuels de ces exploitants et d’engagements collectifs des acteurs du monde agricole», rappelle aussi le protocole d’accord signé par les parties prenantes fin 2018.

Est prévu, parmi une longue liste de pratiques à faire évoluer, une «réduction substantielle de l’usage des produits phytopharmaceutiques». L’accord rappelle aussi que les volumes d’eaux attribués aux agriculteurs pour le remplissage des réserves «pourront évoluer, en fonction de plusieurs paramètres», comme les «impacts du changement climatique supérieurs aux prévisions des modèles» ou encore une «situation conjoncturelle (…) défavorable avant ou pendant la saison de remplissage».

Quels effets sur l’eau ?

Ce qui n’empêche pas les opposants au projet de critiquer une «privatisation» de la ressource en eau. De son côté, la Coop de l’eau 79, porteuse du projet, indique que les bassines permettront de «réduire de 70% les prélèvements autorisés en été». Le BRGM, le Bureau de recherches géologiques et minières, a tenté d'évaluer l’impact des bassines sur les ressources en eau de la région en faisant des simulations à partir d’un modèle de référence sur le bassin. En période d’étiage, le projet en l’état actuel «améliorerait sensiblement les piézométries (surface de la nappe phréatique, NDLR) et débits des cours d’eaux (…) avec des nappes pouvant voir leur niveau augmenter de plusieurs mètres», note l’agence publique dans son rapport final sur le projet daté de juin 2022.

Cette dernière estime par ailleurs que le débit des cours d’eaux pourrait croitre de +5% à +6%. La pression sur la ressource en période hivernale resterait contenue : autour de 50 cm sur la nappe et un débit des cours d’eau diminué d’environ 1%. L'estimation reste néanmoins purement théorique. Dans une précédente évaluation, le BRGM rappelait qu’il y avait en pratique «une gestion dynamique du remplissage hivernal et des prélèvements estivaux», non prise en compte dans les simulations. Les associations environnementales ont pu affirmer pour leur part que ces projections n’intégraient pas les effets du dérèglement climatique.

Quelles sont les critiques ?

Ces projets sont donc très critiqués par les écologistes. Sur son site, Greenpeace dresse un inventaire des reproches adressés. Ces bassines empêcheraient d’amorcer la transition climatique du mode agricole, ces dernières visant à «maintenir coûte que coûte un modèle agro-industriel dévastateur. (…) Les méga-bassines servent essentiellement à alimenter des productions très gourmandes en eau, comme le maïs, majoritairement destiné à l’élevage industriel. Elles servent avant tout les intérêts des acteurs agro-industriels, au détriment de solutions locales et paysannes.» L’efficacité réelle sur la consommation d’eau, au regard notamment de l’évaporation et de la qualité de l’eau ainsi conservée, est aussi questionnée.

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