Placée en sauvegarde judiciaire en janvier, puis en redressement au mois de mars, Ynsect ne voit toujours pas le bout du tunnel. L’entreprise qui se rêvait championne de l’élevage d’insectes a obtenu un nouveau sursis du tribunal d’Evry, a-t-elle annoncé par communiqué mercredi 2 juillet. Sa période d’observation est prolongée jusqu’au 25 septembre. Sept mois après, Ynsect n’a toujours pas de solution pour viabiliser son activité.
Nouvelle remise au pot des actionnaires
Le tribunal de commerce a toutefois validé plusieurs choses. Un plan de financement qui doit lui permettre de survivre aux prochains mois, ses actionnaires ayant remis 8,6 millions d’euros sur la table. Une solution très temporaire : l’entreprise, qui a levé plus de 600 millions d’euros, est acculée par les dettes. En 2023, elle aurait accusé une perte nette de 80 millions d’euros, en raison d’un chiffre d’affaires alors confiné sous la barre des 6 millions d’euros. Sollicité par L'Usine Nouvelle, Ynsect n’a pas souhaité indiquer quel est son chiffre d’affaires actuel.
Par ailleurs, son site pilote de Dole, dans le Jura, a bien été repris par Keprea, indique un porte-parole de l’entreprise. Cette toute jeune société est dirigée par Béatrice Vassy, une spécialiste du monde des start-up, et compte parmi ses membres… Antoine Hubert, cofondateur d’Ynsect.
Des «engagements fermes» de clients
En sus, le plan social visant à se séparer de 111 salariés sur les sites de Paris, d’Evry et d’Amiens a été validé. En juin, Ynsect avait indiqué vouloir se délester d’un total de 137 personnes. Le tribunal aurait aussi validé la bascule vers un modèle d’élevage simplifié, qui doit permettre de casser les coûts en limitant au maximum les interventions pendant la vie de l’insecte, le scarabée molitor.

- 1102.98+6.11
Mars 2026
Huile de palme - Malaisie$ USD/tonne
- 472.5+2.86
Mars 2026
Graines de soja - Etats-Unis$ USD/tonne
- 658.25+5.07
Mars 2026
Phosphate diammonique (DAP)$ USD/tonne
Des annonces qui permettent d’espérer un sursis de quelques semaines mais ne règlent rien fondamentalement pour l’entreprise : sept mois après son entrée en procédure de sauvegarde, elle n’a toujours pas de repreneur. Les discussions avec des industriels de la petfood, qui devaient aboutir sur des garanties commerciales et sécuriser les volumes, n’ont pas plus abouti. Nestlé avait par exemple engagé des discussions en ce sens, sans jamais conclure.
Ce 2 juillet, le porte-parole d’Ynsect se fait l’écho «d’engagements fermes» de certains clients via «des lettres d’intention», sans donner le nom de ces derniers.
Faut-il encore y croire ? L’insecte retenu par la jeune pousse a été critiqué en raison de son temps de croissance plus long que celui de son grand concurrent sur la scène nationale, Innovafeed. Ce qui expliquait aussi les écarts de coûts de production alors qu’Innovafeed, qui a misé sur la mouche du soldat noir, semble en passe de franchir la vallée de la mort de l’industrialisation. Le choix d’un modèle d’usine XXL, capable de produire 200000 tonnes d’insectes, là où Innovafeed a choisi une approche plus modulaire, s’adaptant à la demande, a généré des coûts fixes très importants – trop pour une industrie naissante.



