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WindMyRoof relance l’éolienne de toit en la couplant au solaire

[L'instant tech] La start-up parisienne WindMyRoof a conçu un kit couplant éolien et solaire qu’elle installe sur les toitures de grands bâtiments. Cette innovation favorisant l’autoconsommation énergétique lui a permis de lever deux millions d’euros fin octobre.

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Les WindBox, qui s'installent sur l'arrête d'un toit, favorisent l'autoconsommation d'énergie renouvelable.

Mettre une éolienne sur le toit pour produire sa propre électricité : une idée qui a séduit de nombreux entrepreneurs, mais sur laquelle beaucoup se sont cassé les dents. La plupart des start-up lancées sur ce créneau à la fin des années 2000 ont en effet mis la clef sous la porte quelques années plus tard, à l’image d’Elena Energie, Apple Wind ou encore Aeolta.

Ce constat, Antoine Brichot l’avait bien en tête quand il décide, en 2017, de faire son projet de fin d’études à l’école des Ponts sur le sujet. «On a réalisé un gros travail bibliographique, qui nous a permis de comprendre que sur un toit, le vent n’est exploitable qu’au niveau de l’arrête : c’est là où il est le plus rapide et où il exerce le moins de contrainte sur la structure du bâtiment. On a donc refait un produit qui n’a rien à voir avec les éoliennes classiques.»

Deux technos pour gommer l’intermittence

Un an plus tard, l’ingénieur fonde WindMyRoof avec son camarade de promo, Yanis Maacha. Leur produit : une boite d'environ 7 m(pour 4 m² d'empreinte au sol) contenant une éolienne sans pale ni mât et équipée d’un panneau solaire d’une capacité de 800 watt.

«La première box qu’on a testée n’a jamais fonctionné, admet avec amusement Antoine Brichot. Une question de physique qui rendait impossible la récupération du vent.» Pour peaufiner le produit, les deux associés ont travaillé avec le centre scientifique et technique du bâtiment (CSTB) sur les aspects sécurité, performance et intégration, mais aussi pour l’écoconception de la box.

«Coupler le solaire et l’éolien permet d’avoir une production d’électricité plus stable et de gommer l’intermittence de chacune des technologies, fait valoir le dirigeant. S’il y a du surplus, nous avons un contrat de revente sur le réseau Enedis.» La box ne permet pas de stocker l'électricité – jugé à «gros impact carbone» – mais peut se brancher sur une solution tiers, comme c’est le cas pour le dernier projet, où 10 WindBox ont été installées sur le bâtiment de la Sicae de la Somme et du Cambraisis (voir la vidéo ci-dessous), près d’Amiens.

Simuler la production d’énergie sur 20 ans

La start-up, basée à Paris et employant 11 équivalents temps plein à date, prépare deux autres installations en France et trois à l’étranger. «Nos clients sont des professionnels – en majorité de l’immobilier, de la logistique et de la grande distribution – et des collectivités car c’est plus simple au niveau administratif, précise Antoine Brichot. Sur l’habitat, nous ne travaillons actuellement qu’avec des bailleurs, même si on pense aller à terme vers les grosses copropriétés.»

Pour valider la pertinence d’un projet, Windmyroof a développé ses outils de modélisation et de simulation avec EDF R&D. «En amont, nous faisons toute l’étude nécessaire pour savoir combien de kilowattheures notre installation pourra générer sur le toit, détaille l'entrepreneur. En se projetant sur 20 ans avec les coûts de maintenance, on est capable de calculer un prix de l’électricité, qui permet au client de voir si son autoconsommation est rentable.»

Même quand eux sont convaincus, la start-up ne s’interdit pas de refuser des projets. «Si un projet permet de produire peu d’électricité, cela veut dire qu’on n’amorti pas le coût environnemental de la fabrication de la machine, développe-t-il. On invite alors le client à chercher un autre bâtiment. »

Une box assemblée à Saint-Nazaire par Segula Technologies

La hausse du coût de l’électricité accroît mécaniquement la rentabilité des installations de la start-up. Mais celle-ci cherche aussi à perfectionner sa technologie. «Nous avons encore un gros effort de R&D à faire, notamment pour améliorer l’aérodynamique de la machine et l’électronique, afin d’augmenter le rendement global de l’installation et donc de rendre rentables des projets qu’on refuse aujourd’hui, pointe l’ingénieur. Ce qui est compliqué avec une éolienne, c’est qu’elle peut être à l’arrêt alors qu’il y a du vent, ou à l’inverse tourner en continu sans produire d’électricité. Il y a un point de fonctionnement optimum à chercher en permanence.»

C’est notamment pour financer cette R&D, mais aussi recruter pour délivrer les projets signés, que Windmyroof a réalisé une deuxième levée de fonds de deux millions d’euros, annoncée fin octobre. Outre les investisseurs historiques – Vinci Energies, l’institut européen EIT InnoEnergy et Bpifrance – elle a signifié l’entrée au capital du groupe Idec, qui doit également aider la start-up à chercher des fournisseurs français pour les 30% de pièces qu’elle importe encore d’Asie.

Le reste est déjà made in France et l’assemblage de la box réalisé à Saint-Nazaire (Loire-Atlantique) par Simra, une filiale du groupe d’ingénieriste Segula Technologies. 

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