Un vrai raz de marée. Bercy a dû fermer le 12 mai de façon anticipée son guichet de subventions à l’industrie du futur. Le dispositif, lancé dans le cadre du plan de relance, avait pourtant été rouvert dix jours plus tôt le 3 mai, et devait s’étaler jusqu’au 30 juin. Mais Bercy a été littéralement submergé de demandes. Plus de 1500 dossiers ont été reçu en quelques jours, de quoi engager l’intégralité de l’enveloppe de 175 millions d’euros prévue. "On ne pensait pas que le guichet ne durerait que dix jours. Le fait que cela soit allé si vite est la preuve que le besoin est là pour un tel dispositif de soutien", pointe Philippe Contet, le directeur général de la fédération des industries mécaniques (FIM).
Cet engouement est une bonne nouvelle. Il confirme que les entreprises industrielles ont retrouvé l’appétit d'investir et n’hésitent pas à ressortir du tiroir leurs projets de modernisation de leurs outils de production, malgré les incertitudes qui pèsent encore sur la situation sanitaire. Le succès tient aussi au calibrage du dispositif, très avantageux pour les PME et ETI
Un soutien de 20 % des dépenses
Robots, cobots, logiciels de conception, machines à commandes numériques, capteurs, équipements de réalité virtuelle, fabrication additive… Les subventions permettent de couvrir 20 % des dépenses des PME et des ETI en équipements numériques, dans la limite d’un plafond de 800 000 euros. Contrairement aux autres mesures du plan de relance, comme les aides à la modernisation de l’aéronautique ou à la relocalisation qui font l’objet d’appels à projet, la subvention est accordée de façon automatique par l’agence de services et de paiement sur la base du « premier arrivé, premier servi » sur présentation d’un devis.
Le succès de la subvention industrie du futur n’est pas vraiment une surprise. Le premier guichet lancé en octobre 2020 avait lui déjà dû être suspendu le 21 décembre, dix jours avant la date limite initiale, victime de son succès. Les taux de subvention, jusqu’à 40 % des dépenses à l’automne, avaient été révisés en urgence à 10 % en décembre. Mais l’enveloppe initiale de 280 millions d’euros jusqu’en 2022 a été rapidement dépassée et l’Etat a réaffecté 600 millions d’euros début mars pour éponger le dérapage des engagements et donner un coup de pouce supplémentaire à la digitalisation des entreprises. « L’enveloppe est désormais considérée comme totalement engagée », estime Bercy. Au total, 8500 PME et ETI industrielles en ont profité, soit plus d’une entreprise industrielle sur quatre.
Un nouveau guichet espéré mais plus ciblé
Les industriels eux espèrent que l'histoire ne s'arrêtera pas là et plaident pour un nouveau guichet pour poursuivre la modernisation du tissu industriel. Pour encourager le PME à faire appel à des technologies françaises, une plateforme avait été lancée par les fabricants de biens d'équipement tricolores, structurés en filière depuis avril."Les industriels ont compris l'importance d'accélérer la digitalisation. A montant constant, des fonds pourraient être réaffectés des dispositifs dont le démarrage est plus lent comme les aides à la décarbonation", propose Philippe Contet. Les industriels reconnaissent toutefois que le dispositif devrait être plus limité. "Il faudrait limiter les soutiens au rattrapage et à la modernisation qui n'est pas vraiment 4.0 et cibler les aides sur ce qui permet d'accélérer la digitalisation", souligne encore le directeur général de la FIM. De quoi nourrir aussi le débat sur un second plan de relance.



