Vers une fin du conflit social chez Vencorex, mais l'avenir du site reste compromis

Chez Vencorex, usine chimique au sud de l’agglomération grenobloise (Isère), deux syndicats ont signé un accord de sortie de grève, déclenchée un mois après son placement en redressement judiciaire. Mais le site industriel demeure en péril.

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AFP NE PAS REUTILISER Vencorex
Deux syndicats sur trois un signé un accord de sortie de crise chez Vencorex, au Pont de Claix (Isère).

Après deux mois de grève, la tension descend d'un cran chez Vencorex. Le mardi 17 décembre, les représentants syndicaux CFDT et CFE-CGC du chimiste isérois, majoritaires à eux deux, ont signé un protocole d’accord de fin de conflit. Le troisième syndicat de l’entreprise, la CGT, souhaite lui davantage de garanties. “Nous sommes prêts à accepter l’offre de la direction à condition d’avoir une proposition écrite sur les modalités de départ plutôt qu’une promesse orale”, précise son élue Séverine Dejoux à L’Usine Nouvelle.

Fragilisé par la concurrence asiatique, Vencorex est placé en redressement judiciaire depuis le mois de septembre et n’a, pour l’heure, reçu qu’une offre de reprise émanant de son principal concurrent, le groupe chinois Wanhua, via sa filiale hongroise BorsodChem. Cette dernière prévoit de ne reprendre que 5 % des 450 emplois, inacceptable pour les salariés qui ont entamé une grève illimitée avec blocage du site en octobre.

Pour mettre fin à ce mouvement social, le propriétaire actuel de Vencorex, le groupe pétrochimique thaïlandais PTT Global Chemical, a fait une proposition qui était valide jusqu'à ce mardi : une prime supra-légale de 40 000 euros, ce qui représente, en ajoutant les indemnités légales, un montant supérieur à 100 000 euros par salarié en moyenne. “Nous faisons un premier pas afin de montrer notre volonté de trouver une solution, mais qui ne représente pas pour autant un blanc-seing”, indique Carole Fruit, secrétaire générale CFDT Chimie Energie Dauphiné Vivarais.

Afin de maintenir la pression, les salariés continuent malgré tout de bloquer un pipeline d’éthylène stratégique passant par le site, ce qui affecte la production de quatre usines Ineos, KemOne et LyonDellBasell dans les Bouches-du-Rhône et en Moselle. 200 salariés du site Ineos de Sarralbe (Moselle) ont été mis au chômage partiel.

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Demande de nationalisation temporaire

Réunis ce jeudi 19 décembre en CSE, les représentants syndicaux ont par ailleurs pu découvrir les détails de l’offre de reprise, récemment améliorée, du groupe Wanhua. 54 emplois de l’atelier de tolonates, le produit de Vencorex, seraient préservés au lieu des 25 initiaux, sans compter un investissement de dix millions d’euros promis sur les trois prochaines années. “Seulement trois salariés sur dix-huit seraient repris au conditionnement car ils envisagent d’automatiser les lignes”, déplore Séverine Dejoux, dubitative sur les conditions du maintien de l’activité.

Une sortie de crise sociale ne règlerait en rien l’enjeu de l’avenir des plateformes chimiques de Pont-de-Claix et de Jarrie, à proximité, pour lesquelles Vencorex fait figure de clef de voûte, en tant que fournisseur et client des entreprises sur place. Près de 6000 emplois directs et indirects seraient concernés. “À deux mois de la fin de la période d’observation, le 10 mars prochain, nous n’avons aucune garantie que 100 ans d’histoire industrielle puissent continuer”, s’inquiète-t-on dans l’entourage du président de la Métropole de Grenoble, Christophe Ferrari, par ailleurs maire de la ville du Pont-de-Claix.

Ce dernier, reprenant une proposition des syndicats, a envoyé au Premier ministre François Bayrou un courrier signé par 48 parlementaires et personnalités politiques (Jean-Luc Mélenchon, Marine Tondelier, Olivier Faure, Fabien Roussel notamment) afin de lui suggérer une nationalisation temporaire de Vencorex. Aurélie Trouvé, la présidente de la commission des affaires économiques de l'Assemblée nationale (LFI) doit se rendre à Grenoble ce vendredi 20 décembre pour évoquer le sujet. Le ministère de l'Industrie juge l'option d'une nationalisation irréaliste, l'activité s'avérant "structurellement déficitaire (...) dans un marché mondial en surproduction", selon une source proche du dossier.

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