Nouvelle tourmente pour les acteurs du bâtiment et du génie climatique. Face aux témoignages d’artisans pénalisés par les retards de paiement et les exemples de fraudes, le guichet va être suspendu, a annoncé Eric Lombard, le ministre de l’Économie, lors de la séance de questions au gouvernement du mardi 4 juin 2025.
«Nous voulons reprendre la main, puisqu’il s’agit de finances publiques, d’où la suspension. Mais naturellement, une fois que cela sera réglé, le processus pourra continuer», a-t-il annoncé à l’Assemblée nationale. Lundi 3 juin, Le Parisien faisait état d’une possible suspension des demandes de dossiers de juillet à décembre 2025 - ce que le ministre n’a pas confirmé. 16000 dossiers en cours d’instruction, soit 12% du stock, seraient «suspicieux».
Un retour attendu à la rentrée 2025… ou plus tard
Mardi 4 juin, le ministère du Logement a indiqué que les dépôts de dossiers pour la rénovation globale individuelle et pour les travaux individuels d’isolation ou de changement de système de chauffage seraient suspendus «cet été». Les dossiers de rénovation des copropriétés ne sont pas concernés.
D’ici à la fin septembre, les dossiers devraient de nouveau pouvoir être déposés «dans un cadre ajusté qui garantira visibilité, rapidité et fiabilité pour les ménages et les entreprises», sans plus de précisions. Si 229 millions d’euros de fraudes ont été évités en 2024, les outils de lutte doivent s’adapter à de nouveaux modes de montage, indique le ministère. Devant la commission des Affaires économiques du Sénat, Eric Lombard, a fait valoir que le gouvernement avait «bien l’intention de rétablir le fonctionnement avant la fin de l’année». Mardi 10 juin, Amélie de Montchalin, la ministre des Comptes publics, a annoncé que le dispositif reprendrait le 15 septembre, après une interruption estivale.

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La menace d’une désorganisation de la filière
Cette suspension intervient dans un contexte déjà chahuté pour les filières concernées par la rénovation énergétique. «Un tel gel casserait la dynamique de décarbonation engagée, désorganiserait les entreprises du bâtiment et découragerait les ménages. C’est tout l’écosystème de la rénovation énergétique qui serait réduit à néant», lançait, dès lundi soir, la Fédération française du bâtiment, qui met en balance le chiffre de 100000 emplois.
À la Confédération de l’artisanat et des petites entreprises du bâtiment, l’on souligne que le volume d’activité des entreprises artisanales du bâtiment recule depuis huit trimestres consécutifs. L'organisation plaide pour un nouveau parcours de travaux, destiné à favoriser une succession de mono-gestes plutôt qu’une rénovation globale des logements. En mai 2024, six mois après la réorientation de MaPrimeRénov’ vers les rénovations globales, le gouvernement avait fait marche arrière en assouplissant le dispositif.
La pompe à chaleur, déjà en difficulté
Du côté des industriels, les fabricants français de portes et fenêtres rappellent quant à eux que 75% de la production de fenêtres est destinée à la rénovation, soit près de 7 millions de menuiseries par an. Ils estiment que, sur un coût moyen compris entre 800 et 1000 euros pour la fourniture et la pose d’une fenêtre, la subvention est comprise entre 50 et 100 euros, pour des recettes fiscales et cotisations sociales estimées à 285 euros. «Rien que pour la TVA, ces recettes représentent entre 310 et 365 millions d’euros par an», font-ils valoir.
Fin mai 2025, avant les annonces actuelles, l’Association française pour la pompe à chaleur (Afpac) appelait, aux côtés de 17 organisations professionnelles, à «relancer» le marché de la rénovation énergétique, développer de nouveaux outils de financement et mieux lutter contre la fraude. «Le développement de la pompe à chaleur reste en effet indissociable d’un marché de la rénovation cohérent, lisible et durablement soutenu par les pouvoirs publics», indiquait l’Afpac.
Le marché de la pompe à chaleur (PAC) avait déjà souffert, en 2024, des allers-retours sur les conditions d’octroi de MaPrimeRénov’, ainsi qu'à la chute du marché de la construction. Face au retournement du marché de la pompe à chaleur, à l’été dernier, Saunier Duval avait procédé à des licenciements sur son site de Nantes (Loire-Atlantique). En mai 2025, à Mertzwiller (Bas-Rhin), le groupe néerlandais BDR Thermea a annoncé son intention de licencier 320 à 330 salariés sur ce site, sur un total de 850 emplois, face aux difficultés du marché de la PAC. L’usine avait accéléré son orientation vers ces produits en 2022, moyennant 20 millions d’euros d’investissements afin d’augmenter de moitié leur capacité de production. L’objectif fixé par Emmanuel Macron de 1 million de PAC fabriquées en France en 2027 date seulement du printemps 2024. Il est bien parti pour n’être déjà plus d’actualité.



